«On les attend avec impatience...»

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Au nom de la religion, on est capable du pire, mais aussi du meilleur. C'est ce que je me disais en écoutant James Marchant me raconter l'émotion qui l'habite en préparant la venue d'une famille de réfugiés.

James Marchant coordonne OEcumen-Refuge, un organisme créé pour parrainer des Syriens. Une initiative comme on n'en avait pas vu sur la Rive-Sud depuis, depuis... depuis la guerre du Viêtnam.

OEcumen-Refuge a ceci de particulier qu'il ne fait pas que rapprocher une famille syrienne du Québec, il rapproche aussi des Églises de différentes confessions, des athées, des élus, des membres de toute une communauté finalement.

On y retrouve en effet des fidèles des Églises presbytérienne, unie, anglicane, luthérienne, catholique, mais aussi des étudiants, des conseillers municipaux, des bénévoles athées.

Des gens que la foi réunit, en fait, même s'ils n'ont pas tous la foi. Dans le but de faire venir ici une famille dans le besoin, tous ensemble.

C'est que le parrainage privé n'est pas un petit engagement, qu'on prend seul dans son sous-sol. Il faut trouver une famille de réfugiés, il faut la faire venir, l'accueillir, la loger, l'intégrer, la franciser...

Bref, il faut l'aider à trouver son chez-soi, ici, après qu'elle a perdu le sien, là-bas. Avec les besoins et traumatismes qu'on imagine.

L'idée de réunir plusieurs communautés religieuses est venue au révérend Barry Mack, de la St. Andrew's Presbyterian Church, il y a un peu plus d'un an. Une idée qu'il a partagée lors d'une de ces rencontres oecuméniques que tiennent les Églises pour échanger à l'occasion.

Les gens ont hésité. Puis ont fini par embarquer, avec enthousiasme.

Rapidement, les choses ont commencé à s'organiser, et à prendre de l'ampleur. Des Églises se sont impliquées, de Candiac à Hemmingford, en passant par Saint-Bruno. Les bénévoles ont embarqué en nombre record. Une campagne de financement a été lancée pour recueillir 30 000$. Des associations étudiantes ont passé le chapeau dans les écoles.

«Le nombre de personnes qui nous approchent pour s'impliquer dans le projet, je ne vous dis même pas! Ça n'arrête pas! Il y a même une petite fille qui a fait sa propre levée de fonds à l'école et qui a réussi à amasser 2000$ en deux semaines!», raconte James Marchant, ancien marguiller à l'église Saint-Thomas-d'Aquin.

Parallèlement, il fallait trouver une famille à parrainer, le plus grand défi de tous, car contrairement à l'accueil gouvernemental, le parrainage privé se fait habituellement entre membres d'une même famille.

OEcumen-Refuge a alors frappé à la porte des jésuites, qui ont des antennes partout. «On avait un principe clair: on voulait une famille qui n'aurait jamais pu venir au Canada sans nous. C'était chose faite deux semaines plus tard.»

Une famille de réfugiés installée à Beyrouth avait été choisie, un père dans la quarantaine, une mère dans la trentaine, un garçon de 11 ans et une fille de 9 ans. Tous très impatients de venir ici.

«Ils ont passé leur examen médical hier. Ils devraient prendre l'avion d'ici trois semaines. On attend l'appel pour aller les chercher à l'aéroport. Nous aussi, on est vraiment impatients!»

Le billet d'avion est payé. L'appartement est loué. Les meubles sont trouvés. Les vêtements aussi. Et avec l'hiver qui approche, le club de tricot travaille comme il n'a jamais travaillé.

«Après ce sera la francisation, l'intégration. On a d'ailleurs cinq personnes qui parlent arabe parmi nos bénévoles. On va aussi les aider avec leurs finances, avec le système de santé. On va s'assurer que leurs enfants aillent dans de bonnes écoles, qu'ils soient bien encadrés. Tout le kit!»

L'engagement des parrains, il touche en effet tous les aspects du quotidien pour une durée de 12 mois. Si bien qu'OEcumen-Refuge a dû mettre sur pied trois groupes d'une vingtaine de bénévoles pour s'occuper de tout.

En plus de l'installation, il faut leur offrir un soutien moral, les aider à obtenir une carte d'assurance maladie et un numéro d'assurance sociale, les épauler dans l'apprentissage du français et la recherche d'emploi, car on souhaite qu'ils soient autonomes à la fin du parrainage. Il faut aussi leur faire connaître leur terre d'accueil, leur expliquer les valeurs d'ici.

Je n'ai pas la foi. Je n'ai pas mis le pied à l'église depuis Dieu sait quand. Mais je reconnais qu'un tel engagement est dur à imaginer sans l'apport de l'Église, sans son ascendant sur les fidèles, sans sa présence dans la communauté.

Un beau clin d'oeil aux thèses du philosophe Alain de Botton qui, dans son essai Religion for Atheists*, louange justement l'esprit de communauté qui émane encore aujourd'hui de l'Église. Une chose, se désole-t-il, que bien des athées ont jetée avec la religion.

«Les Églises ont servi de catalyseur, c'est vrai, souligne James Marchant. Mais c'est la communauté qui a décidé de s'impliquer pour accueillir cette famille de réfugiés. Et je peux vous dire que ça nous fait autant de bien qu'à ceux qu'on aide...»

Tellement, qu'on prépare déjà les papiers pour en faire venir d'autres.

* Traduit en français sous l'horrible titre Petit guide des religions à l'usage des mécréants.

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