Parce qu'il le faut

Le déversement par la Ville de Montréal de... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Le déversement par la Ville de Montréal de huit milliards de litres d'eaux usées dans le fleuve Saint-Laurent se fera à partir de 24 points différents compris entre les arrondissements de LaSalle et de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

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La Ville n'a pas compris le message, finalement...

Elle a géré le déversement tout croche. Elle s'est fait varloper par bon nombre d'experts et de commentateurs. Elle a été dénoncée par Erin Brockovich et Paris Match. Elle a été ridiculisée et caricaturée.

Et malgré tout, malgré l'esclandre international, malgré les difficultés qui l'ont obligée à reporter le déversement, la Ville de Montréal n'a pas compris le message : on est en 2015, on n'est plus en 1985.

On jetait encore nos eaux usées dans le fleuve il y a 30 ans. On le faisait sans communiqué, sans s'interroger, sans se justifier. Comme on jetait le contenu de nos cendriers d'auto dans la rue. Parce que c'était ce qu'on faisait.

Or ça ressemble pas mal à l'attitude adoptée par la Ville dans le dossier du déversement, la négligence en moins. Une attitude qu'elle ne semble même pas regretter...

Au tout début, la Ville a cru qu'elle pouvait simplement ouvrir les vannes... parce qu'il fallait qu'elle ouvre les vannes, c'est tout. Une attitude très « papa a raison ». Très « business as usual ». Très « on connaît ça, pas vous ». Tassez-vous.

Puis l'histoire est tombée sur un os. Il y a eu les questionnements, les critiques, l'intervention hyper partisane des conservateurs, le rapport d'experts, puis le feu vert avec conditions d'Ottawa, qui a permis à la Ville d'entamer le déversement la nuit dernière.

Elle n'avait aucun autre choix. Mais devant une telle levée de boucliers, on croirait néanmoins les élus et les fonctionnaires dans leurs petits souliers, en mode humilité, genre «on aurait pu faire mieux». On croirait que, déjà, des leçons ont été apprises, des façons de faire risquent d'être abandonnées, des procédures sont sur le point d'être révisées.

Mais non. Le maire refuse de parler d'un manque de transparence, se limitant à dire qu'il aurait fallu en parler plus tôt. Les fonctionnaires estiment qu'il n'y a rien à changer dans « l'organisation », sinon l'améliorer un peu. Le problème, finalement, serait une simple question de communication. Et encore, Denis Coderre évoque un « problème de perception »...

C'est vrai que les communications ont été le grand trou noir de cet enjeu, je l'ai dit et je le redis. Mais les dernières semaines ont montré l'existence de bien d'autres failles, dans le protocole, la transparence, l'apport des scientifiques, l'accès à l'information, l'écoute, etc. Tout le travail en amont d'une si grande décision, en fait.

Le déversement a été géré comme s'il s'agissait d'un banal dossier de fonctionnaire, un projet technique parmi d'autres. Comme s'il n'y avait qu'à « remplacer les quatre rainures de batardeaux du puits de vanne sud ». Genre.

Puis Ottawa est intervenu pour recadrer l'intervention, comme il se doit. Pas le maire Coderre, pas le ministre Heurtel, la ministre McKenna, fraîchement nommée. In extremis.

Il n'y a aucun doute que les conservateurs ont fait de la petite politique en réagissant en pleines élections alors que le dossier s'empoussiérait sur leur bureau depuis un an. Mais si on expurge le dossier de la partisanerie, on voit que dans le fond, le fédéral a fait ce que la Ville aurait dû faire en partant.

Pas besoin d'un doctorat en sciences de l'eau pour voir que les conditions d'Ottawa tombent sous le sens : surveiller visuellement le déversement, élaborer un plan d'urgence en cas d'imprévus et tester l'eau avant et après. Autant de choses, de précautions, de procédures qui auraient dû se retrouver dans le dossier original de la Ville. Avec les avis scientifiques, les solutions de rechange, les raisons qui forcent Montréal à les écarter, etc.

Le maire a raison de dire que l'intervention de la ministre McKenna n'est pas un rappel à l'ordre comme tel. Mais chose certaine, c'est un rappel qu'on ne fait plus les choses comme avant. Parce qu'on est en 2015.

«La Ville a cru qu'elle pouvait ouvrir les vannes... parce qu'il fallait qu'elle ouvre les vannes. Comme en 1985.»


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