Cette banlieue qui se réinvente

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Laval et Longueuil sont en pleine transformation. Qu'ont fait Marc Demers et Caroline St-Hilaire au cours des deux dernières années ? François Cardinal a profité de la mi-mandat pour inviter les deux maires à expliquer l'évolution de leur ville à partir d'un endroit qui traduit bien, à leurs yeux, ce qu'ils cherchent à faire. Suivez le maire...

LONGUEUIL S'URBANISE

Alors que je marche sur l'esplanade de la place Charles-Lemoyne avec la mairesse de Longueuil, un hipster nous croise, avec sa barbe, sa chemise de chasse et son longboard. Il roule lentement entre les étudiants assis à gauche et à droite, puis il file vers la rue Saint-Charles.

Caroline St-Hilaire me regarde et sourit. La scène semble arrangée avec le gars des vues, ou plutôt des relations publiques...

Quand j'ai demandé à la mairesse de choisir un lieu qui résumait à ses yeux la première moitié de son mandat, elle a choisi l'esplanade située devant la station de métro. Pour me montrer le nouveau visage de Longueuil, justement, qui n'est plus cette ville de banlieue terne et pauvre, victime du tout-à-l'auto, dont l'attrait principal était le bas niveau des loyers.

« Cette esplanade est un symbole fort qui montre notre nouvelle façon de faire, explique Mme Saint-Hilaire. On développe, mais de façon intelligente, en densifiant, avec l'intention d'attirer les jeunes familles. »

Vrai que le changement saute aux yeux. Il y a deux ans encore, l'esplanade n'était qu'un débarcadère où s'immobilisaient des voitures avec le moteur qui tourne à vide. Aujourd'hui, grâce à la venue de l'Université de Sherbrooke notamment, c'est une place publique entourée d'un nombre grandissant de tours d'habitation, à laquelle on a greffé une piste cyclable et des vélos en libre-service. Des tours s'ajouteront sur l'édicule du métro, puis un complexe culturel sera construit l'autre bord de la rue Saint-Charles.

L'idée est de faire ici un TOD, en bon français un transit oriented development, c'est-à-dire un secteur que l'on densifie autour d'un important pôle de transports en commun. Ce n'est pas encore un endroit très charmant, à mes yeux, car le lieu est enclavé, entouré de larges rues qui le rendent peu attrayant à pied. Mais c'est une nette amélioration par rapport à ce qui s'y trouvait, c'est certain.

« Mon premier mandat a servi à faire le ménage de l'administration, à changer les directeurs de services notamment. Le deuxième, il sert à faire des choses, comme cette esplanade. À densifier la ville, à développer une autre mobilité que l'auto », dit Caroline St-Hilaire, mairesse de Longueuil.

Mais ça, c'est quand les événements lui permettent de garder les yeux sur ses priorités... Car l'année 2015 n'a pas été de tout repos pour la mairesse St-Hilaire.

Il y a eu l'affaire Joël Legendre, qui a jeté un éclairage cru sur la fréquentation douteuse du parc Marie-Victorin, laissé sans grand entretien depuis des années.

Il y a eu cette passerelle arrachée par un camion de déneigement, qui a rompu le lien piéton qui enjambait la 132, dont le chantier n'a pas encore été relancé.

Il y a eu la fuite de diesel dans une station de pompage d'eau brute. Une crise pour laquelle la mairesse a « manqué le bateau », selon le chef de l'opposition, Robert Myles. « Ç'a été un fiasco, elle n'a vraiment pas agi assez rapidement. »

Et il y a eu la mort de Jenique Dalcourt sur une piste multifonctionnelle, toujours non résolue un an plus tard.

Autant de « crises » qui ont obligé la mairesse à mettre ses énergies ailleurs que dans ses priorités. Des crises auxquelles elle a répondu avec plus ou moins de succès. La crise de l'eau a montré de grandes failles dans le niveau de réponse de la municipalité, beaucoup trop lent. Alors que le meurtre de Jenique Dalcourt a rapidement été suivi de consultations et d'actions qui ont permis de renforcer la sécurité des citoyens.

« Cette histoire a rappelé que Longueuil est une grande ville qui n'est pas à l'abri de ce genre de meurtres. Mais en même temps, elle a permis aux citoyens de s'exprimer sur la sécurité, ce qui est bien plus important que le niveau des taxes, avouons-le », dit Caroline St-Hilaire, mairesse de Longueuil.

De l'avis de la mairesse, toutes ces histoires, tous les changements administratifs, toutes les nouvelles mesures urbanistiques des dernières années montrent que Longueuil s'urbanise, qu'elle se diversifie, qu'« elle est passée à un autre niveau ».

« On est loin de la petite ville de Jacques-Cartier. Longueuil n'est plus une ville où les gens vont parce qu'ils ne sont pas capables de se payer un loyer à Montréal. Longueuil est de plus en plus un milieu de vie où se développe un sentiment d'appartenance. La fierté change, tranquillement... »

LAVAL S'ORGANISE

J'avoue que le choix du lieu m'a laissé perplexe. Marc Demers m'a donné rendez-vous dans la salle 6255 du pavillon de l'Université de Montréal, à Laval. Une salle anonyme, plutôt banale, sans âme.

Je me suis demandé si c'est vraiment comme ça qu'il voit la première moitié de son mandat.

Erreur. Ce que le maire Demers voulait me montrer, finalement, c'était la vue en contrebas. Une vue qui montre comment évolue Laval, avec sa future Place Bell et son amphithéâtre en construction de 12 000 sièges, ses condos et bureaux en chantier, son secteur commercial en expansion.

« C'est un secteur propice au développement, je dirais même idéal, avec la station de métro Montmorency, la salle André-Mathieu, le pavillon universitaire, le cégep, l'école secondaire. C'est le modèle du nouveau Laval. »

Ce que le maire souhaite faire ici, c'est un TOD, un transit oriented development comme à Longueuil. Il souhaite en faire le centre de Laval. Il souhaite ainsi, morceau par morceau, mettre fin au développement anarchique de la ville des dernières décennies.

Un désordre que le maire Demers a vu s'installer, sur le terrain, en tant que policier. 

« J'ai fait de la patrouille pendant 30 ans. Je me souviens qu'en 1971, il n'y avait encore aucun restaurant sur le boulevard Saint-Martin. Il y avait des champs. Les terres étaient en culture. Le Centre Laval n'existait même pas », dit Marc Demers, maire de Laval.

Puis il y a eu le développement que l'on sait durant des années. Puis il y a eu les mandats de Gilles Vaillancourt, qui se sont étirés de 1989 à 2012.

« Laval s'est développé au gré des initiatives des promoteurs, explique Marc Demers. Il n'y a jamais eu de plan de développement d'ensemble. Nous voulons changer ça. Nous voulons mettre fin au désordre qui a caractérisé Laval trop longtemps. »

Et ce désordre, avant d'être urbanistique, il est administratif et politique. Un désordre qui a rongé jusqu'au fondement même de la troisième ville en importance du Québec.

« Nous refaisons la fondation de la ville. C'est ce qui va nous survivre. Nous avons reconfiguré la haute direction. Nous avons mis sur pied le Bureau d'intégrité et d'éthique de Laval. Nous avons augmenté les budgets de la vérificatrice générale et de l'ombudsman. Pour eux, le père Noël est passé quand nous avons été élus... »

Le chef de l'opposition, Jean-Claude Gobé, trouve cependant que les gestes manquent d'éclat, que le mandat est « terne et sans imagination jusqu'ici ». « Ça tient peut-être à la personnalité de M. Demers. Il n'y a pas de rêve et de vision comme à Montréal, on se rabat sur l'administratif. »

Cela dit, un autre travail de refondation est en cours, parallèlement : celui du territoire, pour lequel un vaste exercice de consultation a été lancé.

Chose rare, peut-être même sans précédent dans cette ville où il manque souvent de trottoirs, mais pas de centres commerciaux ni d'artères commerciales hideuses.

Le défi est immense, car ce ne sont pas les problèmes qui manquent à Laval. La pauvreté augmente, mais pas le nombre de logements sociaux. L'offre culturelle se diversifie, mais les Lavallois continuent de lui préférer celle de Montréal. La ville se voit comme urbaine et proche de la nature, alors qu'elle est souvent perçue comme désorganisée et suburbaine.

« On a un énorme potentiel à Laval. Il y a encore beaucoup de terres à développer, mais il y a aussi des boisés bien situés, des zones agricoles, des berges, des milieux humides. C'est tout ça que nous voulons mettre en valeur au cours du mandat, tout en continuant de développer l'aspect commercial de la ville », conclut le maire Demers.

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