Se hâter... lentement

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C'est un Denis Coderre auquel on n'est pas habitué qui a parlé au micro, hier après-midi à l'hôtel de ville.

Un Denis Coderre avec sa fougue habituelle. Toujours aussi va-t-en-guerre. Mais un Denis Coderre qui laissait aussi entrevoir une pointe d'humilité derrière la cuirasse. Ce qui est nouveau et rassurant, en quelque sorte.

La sortie du maire visait à présenter la nouvelle mouture du projet de réaménagement du square Viger. Plus poussée, plus respectueuse de l'oeuvre de Daudelin.

Je ne vous cacherai pas que j'étais personnellement favorable au réaménagement initial. J'avais des réserves sur le concept proposé, qui «laissait à désirer», ai-je écrit. Mais je voyais d'un bon oeil la volonté de l'administration de désembourber ce dossier enlisé depuis 20 ans. Quitte à y aller brusquement.

On connaît la suite. Esclandre. Levée de boucliers. Manifestations artistiques. Et lettres de protestation.

D'où l'annonce d'un nouveau concept moins de quatre mois après le premier. Un concept plus raffiné, qui conserve toujours la fontaine Mastodo, mais aussi la moitié des 23 pergolas de béton, qui serviront essentiellement à dissimuler les cheminées de l'autoroute qui circule dessous.

Donc, on choisit avec soin les pergolas à réchapper, on arrache leur toit, on anime le tout avec buvette et café. Puis on démolit les autres afin d'ouvrir la place vers l'extérieur, le CHUM, la gare Viger.

Je serais malvenu de critiquer, bien franchement. Car ce que le maire a fait, c'est tendre l'oreille aux critiques de la famille Daudelin et élaborer un compromis qui permet de construire sur les fondations de l'oeuvre initiale plutôt que sur ses cendres.

J'applaudis, donc. Surtout que le maire donne souvent l'impression de n'avoir qu'une vitesse, la cinquième. Ça apporte de l'allant, du dynamisme à une ville qui en a trop longtemps manqué. Mais aussi des décisions précipitées. Redpath. Village des tanneries. Maison Alcan.

Pas que chacune de ces décisions soit mal fondée, mais elles ont en commun d'avoir été prises dans la précipitation. Comme s'il fallait absolument expédier les choses pour bouger. Ce que Luc Ferrandez appelle le «fétichisme de l'action».

Avec le square Viger, Denis Coderre a plutôt choisi de se «hâter lentement», comme il a dit hier. Il s'est permis un acte d'humilité. Il ne recule donc pas, il change de vitesse. Il rétrograde. Il ralentit pour prendre le temps de mieux faire les choses, cette fois.

C'est tout à son honneur... et à celui de Daudelin.

Les carottes sont cuites

Mont-Royal a donné le feu vert au projet QUINZE40, cette semaine. Une décision qui a incité les opposants à se tourner vers le maire Coderre: va-t-il, oui ou non, bloquer le centre commercial Royalmount?

La réponse est non... peu importe la réponse que donnera le maire.

Les défusions ont donné plus de latitude qu'on ne croit aux villes reconstituées. Peu importe ce qu'en pense Montréal, Mont-Royal peut aller de l'avant avec ce projet pharaonique (huit Centre Eaton plus une Place Ville Marie, a calculé mon collègue Maxime Bergeron).

Fou de même.

En fouillant les dédales administratifs de l'agglomération, cette organisation qui relie les villes de l'île, j'ai réalisé qu'aucun projet n'est analysé quant à sa conformité au schéma d'aménagement. On élabore un beau plan tous ensemble. Après, on en fait ce qu'on veut...

Mont-Royal n'a eu qu'à adopter un «programme particulier d'urbanisme», puis le tour est joué. Le quartier Royalmount peut être reconverti. Magie!

Je sais bien que le maire Coderre prétend avoir encore une certaine latitude pour décider du sort du QUINZE40. Mais je ne vois pas ce qu'il pourrait faire. À part sortir son marteau-piqueur...

Le prix plancher

Vous vous souvenez de l'école Saint-Gérard, dont je vous ai récemment parlé? Cette école de Villeray qu'on construira pour pas cher, au risque de faire gonfler les coûts d'opération et d'entretien à long terme?

Ainsi va la vie au ministère de l'Éducation, m'écrit un lecteur. Pas seulement à l'école Saint-Gérard. Pour me convaincre, il me cite un exemple trivial, mais éloquent: les revêtements de plancher.

«Dans les écoles, m'écrit-il, les planchers sont généralement faits de tuile de vinyle composite. Tous les architectes connaissent. Ce matériau nécessite beaucoup d'entretien. Il faut décaper et cirer deux fois par année. L'eau contaminée est jetée dans les égouts. Tout ça coûte très cher.

«Et pourtant, il existe plusieurs produits respectant les normes Floor Score avec points LEED qui sont certes plus coûteux à l'achat, mais qui sont plus performants et résistants. Le coût d'entretien est minime, si bien qu'en moins de 10 ans, on rentre dans son argent. Ce type de plancher est plus beau, plus économique, plus écologique, mais on l'écarte volontairement. Juste parce qu'il augmente les budgets de départ!»

Comment on dit déjà? Le Québec est trop pauvre pour être cheap...

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