Un monorail, vraiment ?

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Une nouvelle organisation a vu le jour, cette semaine, avec le mandat d'implanter une ligne de monorail suspendu entre Québec et Montréal. Rien de moins.

En novembre dernier, le gouvernement du Québec a... (Image fournie par Frédéric Laurin-Lalonde, ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL) - image 1.0

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En novembre dernier, le gouvernement du Québec a annoncé sa Stratégie d'électrification des transports, qui prévoit confier à une «firme externe indépendante» une étude préliminaire sur le projet de monorail à grande vitesse (MGV), suivie d'une étude de préfaisabilité.

Image fournie par Frédéric Laurin-Lalonde, ÉCOLE POLYTECHNIQUE DE MONTRÉAL

Cet ambitieux projet de navettes à grande vitesse, beaucoup de monde y croit... beaucoup. Un intense travail de lobbying se fait depuis sept ans déjà. Des présentations ont été faites devant les gens d'Investissement Québec et de plusieurs sociétés de développement économique.

Pas moins de trois organisations travaillent sur le projet, dont la Coop MGV, qui a annoncé sa création mardi dernier. Des personnalités comme Bernard Landry et Claude Béland sont impliquées. Des organisations comme la FTQ et Option nationale ont donné leur appui. Un institut de recherche planche sur les finances du monorail.

Bref, on investit énormément de temps et d'énergie sur un projet... qui est, hélas, chimérique. Du temps et de l'énergie qui pourraient être consacrés à un projet plus réaliste... pour lequel on semble paradoxalement avoir perdu tout intérêt.

***

Drôle comme certaines choses ne changent pas. Ça prenait deux heures trente pour se rendre à Québec il y a 50 ans. Ça prend aujourd'hui deux heures trente pour se rendre à Québec. Un corridor pourtant névralgique.

Le projet de monorail a cela de bon, il veut raccourcir considérablement le temps de trajet : une heure, pas plus. D'un centre-ville à l'autre. En longeant la 20. Pour un tarif de 65 $.

Trop beau pour être vrai ? Si seulement c'était ça, le problème...

Pour la petite histoire, le monorail est une conception de Pierre Couture, le fameux inventeur du moteur-roue, cette technologie qui semble avoir raté son rendez-vous avec l'histoire. L'idée est de relier Montréal et Québec par des véhicules de la taille d'un bus, suspendus à un rail.

Les navettes seraient dotées de 16 moteurs-roues propulsés à l'électricité. Elles accueilleraient une soixantaine de passagers et fileraient à 250 km/h, sans émettre de polluants.

Ça, c'est pour la brochure promotionnelle. Qu'on pourrait confondre avec un roman d'Isaac Asimov ou une pub du projet Hyperloop d'Elon Musk.

Car un regard attentif au projet montre qu'il est irréaliste. Autant que le monorail du fameux épisode des Simpsons : « Monorail, monorail, monorail... »

Il y a d'abord la technologie, qui n'a jamais été testée à grande échelle. Il existe certes des monorails suspendus dans le monde, mais aucun n'est doté de moteurs-roues. Aucun n'atteint une vitesse similaire. Aucun de cette envergure. Il faudrait donc étudier, prototyper, tester, ce qui coûterait facilement 200 millions. Juste pour savoir si le concept a du bon sens !

Il y a ensuite la rentabilité du projet. Dans un contexte où le pétrole est si peu cher, je ne vois pas comment un tel projet pourrait coexister avec le train, les bus, la voiture et les services de covoiturage.

Et il y a finalement l'horreur que constituerait ce projet, peut-être le plus grand écueil du monorail. Jetez un oeil à la vidéo ci-dessus : on veut ériger de gros pylônes de béton sur le terre-plein de l'autoroute 20, tout au long des 250 km qui séparent Montréal et Québec. À raison d'un pylône aux 50 mètres !

Une menace claire à la sécurité routière, mais surtout, une balafre qui défigurerait la vallée du Saint-Laurent et les entrées de ville de la métropole et de la capitale.

Im-pen-sa-ble.

***

Comprenez-moi bien, je me réjouis que des citoyens s'impliquent avec autant de vigueur dans un projet de transports collectifs. Je suis impressionné par le travail acharné de TrensQuébec, qui a réussi à donner de la crédibilité à ce concept de science-fiction.

Mais le mieux est l'ennemi du bien.

Toute cette énergie serait tellement mieux investie dans un autre projet à grande vitesse, celui du train. Tellement plus réaliste.

Rappelez-vous l'« EcoTrain », étudié en 2011 par Dessau et KPMG : un TGV entre Québec et Windsor qui relierait les deux grandes villes en moins d'une heure et demie. Rappelez-vous aussi le projet ViaFast : un train rapide, moins cher et moins vite que le TGV, qui constituerait néanmoins une grande amélioration par rapport à la situation actuelle.

Deux projets qui font moins jaser que le monorail, je le sais bien, mais qui ont bien plus de chances de voir le jour.

Contrairement aux navettes suspendues, ces deux projets auraient le mérite d'enjamber deux provinces, et ainsi, de permettre un partage de la facture avec Ottawa et l'Ontario. Ce n'est pas à négliger au moment où les premiers ministres Couillard et Wynne se cherchent des projets communs. Au moment où la Caisse prend le virage infrastructures, aussi.

Le projet n'est pas dans les priorités des partis fédéraux ? Peut-être pas, mais VIA Rail travaille néanmoins en coulisses en vue de la construction d'un corridor ferroviaire exclusif pour les trains de passagers, entre Montréal et Toronto.

Bref, même si l'EcoTrain n'est pas une priorité politique pour l'heure, il a plus de chances de voir le jour qu'un illusoire monorail qu'il faudrait inventer de toutes pièces. Aussi propre et québécois soit-il.

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