Sainte-Catherine: un beau risque

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Le projet dévoilé mercredi pour la rue Sainte-Catherine comporte un risque. Mais il est beau. Très beau. Plus que je l'anticipais, pour tout vous dire.

On parle ici d'un projet piloté par la Ville de Montréal. Cette même ville qui a réussi à refaire le boulevard Saint-Laurent et l'avenue du Parc... sans que ça ne paraisse.

On a tout ouvert, on a travaillé, travaillé et travaillé encore, puis on a tout refermé. Presque à l'identique. Sans qu'on puisse cerner les différences entre les photos « avant » et « après ».

Pas une, mais deux occasions ratées.

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Cette fois, avec la principale artère de Montréal, l'administration Coderre s'y est prise avec doigté.

Notons qu'on ne parle ici que de la phase 1, entre Mansfield et de Bleury. La phase 2 viendra plus tard. De même que l'aménagement du square Phillips, de McGill College et d'un éventuel stationnement souterrain.

Ce premier tronçon est franchement intéressant. Il ne réinvente pas la roue, c'est vrai, mais il la pousse dans la bonne direction. La Sainte-Catherine est un lieu emblématique, populaire, qui possède une personnalité forte et une grande attractivité malgré la concurrence de la banlieue.

Pas le temps, donc, de jouer à l'apprenti sorcier avec une piétonnisation dont on ne peut prévoir l'impact. La Catherine n'est pas une rue, c'est une destination métropolitaine. Qui marche.

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Le maire Coderre a dit avoir été guidé par « l'audace, l'innovation et la flexibilité ». C'est en grande partie vrai, même s'il a énuméré ces qualités à l'envers. Car le plus grand mérite du projet est le dernier, sa flexibilité.

On sent la touche de son acolyte, Richard Bergeron. C'est lui qui avait proposé une Sainte-Catherine modulable, comme celle qui a été présentée hier.

Le projet est, grosso modo, la continuation de ce qui a été implanté entre la Place des Arts et le Complexe Desjardins. Un concept hybride, avec des matériaux nobles, qui permet à la rue d'être confortable lorsqu'elle est piétonnisée, mais fonctionnelle pour la circulation et le stationnement le reste du temps.

On va ainsi niveler la chaussée avec le trottoir, de telle sorte qu'on pourra conserver du stationnement sur rue à certains moments, ou l'éliminer à d'autres pour élargir les trottoirs, installer des terrasses, accueillir des camions de bouffe. Au gré des envies, des saisons, des événements.

Cette flexibilité est importante, car elle permet de garder toutes les options ouvertes à long terme. Qui dit que dans 10 ans, on n'aura pas envie d'interdire le stationnement sur un côté de rue ? Ou carrément de l'éliminer dans 15 ans ?

Surtout que l'on fait déjà un geste fort sur un tronçon de 300 mètres, entre Aylmer et McGill College, la future « Promenade urbaine ». Là, on interdira carrément le stationnement pour élargir le trottoir en permanence.

Une bonne façon de tester le concept...

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Après la flexibilité, il y a l'innovation. Un terme que les trottoirs chauffants expliquent quasiment à eux seuls.

Cette idée semblait farfelue aux yeux du maire, au début. Puis il y a tranquillement pris goût, avec raison. Car voilà une valeur ajoutée par rapport aux DIX30 de ce monde.

Le projet contient en plus le WiFi gratuit, des promesses de « stationnement intelligent » et des bornes de recharge pour tous les véhicules électriques.

Autre élément intéressant : le concours de design qui sera lancé pour éviter que le trou du chantier ait l'air d'un... trou. Et que la Catherine soit désertée jusqu'en 2021.

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Reste l'audace. Dernière qualité citée par le maire Coderre, hier. Une qualité dont la présence est moins évidente... simplement parce qu'elle se jugera dans l'application, une fois la rue refermée.

Le risque du beau risque, il est là.

Bien beau d'avoir une rue modulable, mais va-t-on s'en servir ? Va-t-on élargir les trottoirs en condamnant fréquemment le stationnement de rue ? Ou va-t-on se contenter d'attendre le défilé de la Coupe Stanley pour réduire l'espace réservé à l'auto ?

Prenez les terrasses dont on a parlé hier lors du dévoilement. Il n'y en aura pas plus qu'aujourd'hui si on conserve les cases de stationnement en tout temps. Car le trottoir ne sera pas plus large.

Prenez le partage de la rue que l'on promet « meilleur ». Il ne sera pas différent si on ne touche jamais au stationnement. Car on gardera la même configuration qui pose problème aujourd'hui.

Prenez la vitesse de circulation dont on promet qu'elle sera ralentie. Si personne ne surveille le respect d'une limite à 30 km/h, les cyclistes ne se sentiront pas mieux accueillis sur Sainte-Catherine.

L'audace, elle va se faire sentir dans les décisions que prendra le maire de Ville-Marie, Denis Coderre, de concert avec le maire de Montréal, Denis Coderre. Le projet qu'il pousse est bien beau, mais sans une application audacieuse, on se retrouvera avec une Sainte-Catherine peu différente de l'actuelle Sainte-Catherine. Comme sur Parc et Saint-Laurent.

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