Une ville, une île

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Jean Doré a dû sourire en ouvrant son journal ce week-end...

On y apprenait que le maire Coderre comptait lancer un grand chantier de réappropriation des berges, qu'il souhaitait rouvrir des fenêtres sur un fleuve négligé depuis trop longtemps.

«Montréal, a dit le maire, est une île qui a oublié qu'elle est une île.» Une île qui n'offre aux citadins que deux plages pour profiter des cours d'eau qui ceinturent Montréal (Cap-Saint-Jacques et Bois-de-l'Île-Bizard, la plage Doré étant un bassin artificiel).

Deux plages à peine, alors que la métropole constitue la principale île de l'archipel Hochelaga, qu'elle baigne dans un fleuve majestueux et surtout, que l'eau qui l'entoure a été assainie... à coup de milliards de dollars publics.

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Je soupçonne Jean Doré d'avoir souri, hier, car c'est lui, le premier qui a lancé l'idée d'une réappropriation des berges. Une décision courageuse, à l'époque... qu'il a - hélas! - payée très cher.

Il faut se rappeler comment, en 1998, en pleine crise économique, son adversaire Pierre Bourque avait critiqué, dénigré, ridiculisé son intention de démanteler l'autoroute Bonaventure pour rouvrir des fenêtres sur le fleuve.

Sa campagne de dénigrement avait été si efficace, en fait, qu'elle lui avait permis... de ravir la mairie.

Aujourd'hui, au tour du maire Coderre de pousser avec vigueur le projet de démantèlement de l'autoroute, tout en faisant du développement des berges un projet porteur pour Montréal, avec le Plan de l'eau dévoilé vendredi dernier.

Il reprend ainsi un projet amorcé par Jean Doré il y a 20 ans. Un projet qui avait ensuite été détaillé par la Société du Havre il y a 10 ans, au grand plaisir de l'ancien maire, d'ailleurs. Il se réjouissait alors qu'on ressuscite l'idée d'améliorer l'accessibilité au fleuve, comme le préconisait le tout premier plan d'urbanisme de la Ville, que son administration avait adopté.

«Vous verrez, m'avait d'ailleurs confié Jean Doré en 2004, l'histoire me donnera raison...»

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L'histoire confirme en effet la justesse de ses intentions aujourd'hui, tout en faisant un clin d'oeil à Montréal. Car il en va des berges comme des tramways: leur retour est souhaité, car leur disparition était une erreur, tout simplement.

Il y a une bonne centaine d'années, les baigneurs étaient nombreux autour de l'île. Puis, les berges se sont graduellement détériorées, polluées, refermées sans qu'on réagisse. Jusqu'à ce qu'on se réveille et qu'on construise une grande usine d'épuration dans l'est de l'île dans les années 70 et qu'on adopte des politiques de dépollution des cours d'eau.

Grâce à ces mesures, à la volonté de l'ancien maire Doré puis à celle de Projet Montréal, les Montréalais ont tranquillement redécouvert leur littoral. Ils ont commencé à surfer derrière Habitat 67. À se prélasser sur la plage du Vieux-Port. À pêcher dans les eaux glacées de la marina. À compléter le tour de l'île en kayak.

C'est donc cet élan qui permet aujourd'hui au maire Coderre de pousser ce projet plus loin, de mener à terme la vision audacieuse qu'avaient présentée ses prédécesseurs.

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Le Plan de l'eau de l'administration Coderre est intéressant en ce qu'il ratisse large. Il donne une impulsion à nombre de projets qui touchent les rives. Et surtout, il s'accompagne d'enveloppes budgétaires et d'échéances.

D'ici 2017, on veut créer une plage de sable à Verdun, au coeur d'un parc riverain. On veut réaliser la plage de l'Est dans Pointe-aux-Trembles et y ajouter des jeux d'eau, une promenade, des activités nautiques.

On veut aussi, à court terme, consolider les vagues éternelles Guy et Habitat 67, à la fois pour satisfaire les surfeurs et pour protéger les berges qu'abîme l'érosion. On veut soutenir les activités de plein air, acquérir des terrains le long de la rivière des Prairies et corriger enfin les raccordements inversés qui continuent de contaminer certains cours d'eau.

Et par-dessus tout, on veut aménager un bain portuaire au pied de la tour de l'Horloge pour le 375e de la ville, certainement le projet le plus enthousiasmant du lot.

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Si on a malheureusement peu de détails sur le projet de bain portuaire imaginé par Richard Bergeron, on le devine. N'empêche, on imagine déjà le grand quai de bois accueillir les baigneurs et donner enfin à la plage du Vieux-Port ce qui lui manquait si cruellement: un accès à l'eau.

Pour se faire une meilleure idée du projet, on n'a qu'à jeter un oeil aux Harbour Baths de Copenhague, ces grandes passoires aux allures de piscines qui donnent accès à l'eau libre tout en offrant confort et sécurité.

Cela permettrait de donner un second souffle au Vieux-Port - qui se cherche un peu, avouons-le -, tout en permettant aux Montréalais de profiter de l'eau assainie du fleuve et de renouer enfin avec les plaisirs de la villégiature riveraine d'antan.

Pour joindre notre chroniqueur: fcardinal@lapresse.ca

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