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Mon voisin

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Je suis en deuil. Personne n'est mort dans mon entourage, pas de disparition dans ma famille. Et pourtant, je ressens une douleur proche de celle qu'on éprouve lors de la perte d'un être cher.

Mon voisin a quitté le voisinage.

Je sais, je sais. Je suis le premier surpris. Ressentir une émotion parce que la personne qui habite à côté déménage, ce n'est pas mon genre non plus. Je ne suis ni le plus sociable ni le plus affable. Quand je suis à la maison, je suis plutôt du genre sauvage ascendant solitaire...

Et pourtant, depuis quelques années, j'ai pris goût aux relations de proximité, aux échanges de trottoir, aux discussions qui se prolongent avec les voisins. Je mets de côté ma crainte de déranger et je frappe à la porte pour demander une demi-tasse de sucre ou une paire de bras pour déplacer un meuble.

Rien d'extraordinaire, mais pas quelque chose d'ordinaire pour moi. Cela m'a obligé à sortir de ma zone de confort avec mes voisins immédiats, mais aussi les plus éloignés.

J'ai demandé certains avis avant d'écrire un mémoire pour une consultation publique. J'ai fait du porte-à-porte avec une pétition. J'ai demandé le courriel des résidants de ma rue pour qu'on demande en groupe des mesures d'apaisement de la circulation.

J'ai ainsi élargi ma connaissance du voisinage, ce qui me permet maintenant de saluer ceux que je croise. Et parallèlement, j'ai appris à connaître mes voisins les plus proches de manière plus amicale, personnelle.

On jase sur une base quotidienne. On s'entraide pour des menus travaux (eux m'aident, en réalité), on s'invite à manger, on se fait signe quand on oublie une lumière dans l'auto, on ramasse notre courrier respectif quand on s'absente, on possède chacun une clé de la maison de l'autre en cas d'oubli.

Et avec mon voisin qui ne l'est malheureusement plus, on avait poussé la complicité plus loin encore. On possédait une tondeuse à deux. Je promenais son chien, il amenait le mien au parc. Je tenais son échelle quand il installait ses décorations de Noël, il faisait de même quand je vidais mes gouttières. Je l'appelais sur son cellulaire si j'oubliais de barrer la porte, il m'appelait pour me demander d'aller retirer sa cafetière de la cuisinière.

On ne faisait que se voisiner, c'est vrai. Mais ces petits actes de bon voisinage, justement, sont en voie de disparition. C'est ce qui donnait un caractère singulier à une simple relation entre voisins.

Nous sommes en effet de plus en plus isolés, en ville comme en banlieue. Les sondages le prouvent. Le nombre de personnes importantes autour de nous, qui peuvent accourir, nous écouter ou nous prêter de l'argent est en baisse.

Le bon voisin n'est plus celui qui affiche un sourire, mais celui qui ne fait pas de bruit. On ne passe plus du temps devant la maison, mais dans la cour arrière. On ne supervise plus les enfants dans la rue, on les laisse pitonner devant la télé pendant qu'on fait cocooning.

Rien de surprenant, on court de plus en plus, on stresse, on s'enferme, et parallèlement, on texte, on facebooke, on tweete plus que jamais. On ne frappe plus à l'improviste chez le voisin, on diminue le nombre d'interactions personnelles, on perd l'habitude des rencontres inopinées.

Et plus on se regroupe par affinités sur le web, moins on a d'affinités avec la personne qui habite à côté...

Du coup, c'est le voisinage qui se meurt, la vie de quartier, la communauté... et la santé de ses membres. C'est la conclusion à laquelle arrivent un nombre grandissant d'études scientifiques, précise la journaliste montréalaise Susan Pinker dans son dernier livre, The Village Effect.

«La recherche révèle que jouer aux cartes une fois par semaine ou voir des amis tous les mercredis au Starbucks ajoute autant d'années à notre existence que prendre des bêtabloquants ou cesser de fumer un paquet par jour», écrit-elle.

Les relations face à face sont aussi importantes que les bonnes habitudes alimentaires et l'activité physique, ajoute-t-elle. Ceux qui ont une vie sociale riche se relèvent plus vite d'une maladie. Les femmes atteintes d'un cancer du sein ont quatre fois plus de chances de s'en remettre si elles sont entourées. Les contacts sociaux déclenchent même les gènes qui stimulent notre réponse immunitaire au cancer.

Sartre disait que l'enfer, c'est les autres. Pinker soutient plutôt que la santé physique et morale, c'est les autres. Elle met ainsi des chiffres et des données là où je n'avais que des impressions et des intuitions. Voisiner nous fait du bien. Connaître les gens de son quartier nous rend plus forts. Faire partie d'une communauté nous aide à mieux affronter les aléas de la vie.

Je ne perds donc pas qu'un voisin, je perds un élément de mon bien-être, un élément de ma qualité de vie, un ami. C'est ce qui transforme un déménagement en deuil.

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