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La culture du beau

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Les problèmes de collusion et de laxisme administratif ont permis à certains de s'en mettre plein les poches, on le sait. Mais ces déviances ont eu une autre conséquence: elles ont enlaidi Montréal.

C'est l'angle mort de la commission Charbonneau. Une conséquence dont on ne parle pas, même si elle est plus grave, d'une certaine façon, que les pots-de-vin qu'on tente de récupérer. Ce qu'on a construit, on ne peut le déconstruire.

Prenez le plus récent exemple, ces deux horribles tours qui ont poussé sur la pointe nord de L'Île-des-Soeurs, là où rien n'aurait dû dépasser quelques étages (visibles à votre droite quand vous sortez du pont Champlain en direction de Montréal). À sa face même, c'est une aberration, un obstacle visuel de 30 étages qui contamine la vue sur l'oratoire Saint-Joseph, le mont Royal et le centre-ville.

Selon un rapport du contrôleur général, dévoilé par le Journal de Montréal, le projet Evolo serait entaché par un grand nombre d'irrégularités, voire par une collusion entre promoteur, élus et fonctionnaires.

Proment s'en défend. Le promoteur affirme qu'il a agi en respectant les règles. Tout comme, d'ailleurs, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM) affirmait récemment avoir agi en respectant les règles lorsqu'il a donné huit étages hors sol à son stationnement... «souterrain».

Mais dans le fond, peu importe que les deux disent vrai ou pas. Peu importe si les règles ont été tordues, et par qui. Ce que l'on retient, c'est que les décisions ont été prises sans souci pour l'impact de ces nouvelles constructions sur le paysage urbain.

***

Le maire de l'arrondissement de Verdun a juré, lundi, que l'«urbanisme créatif» de ses prédécesseurs n'a plus sa place à L'Île-des-Soeurs. Tant mieux. Mais n'allons pas croire qu'en changeant quelques fonctionnaires, on se convertira soudainement à l'architecture de qualité. Pas plus dans ce quartier qu'ailleurs à Montréal.

L'emplacement des tours Evolo, le stationnement du CUSM et les constructions douteuses de Laval sont autant de manifestations d'une absence de souci pour l'harmonieux, le durable, le fonctionnel. Mais elles n'en sont qu'un épiphénomène.

Tout cela a pu lever de terre dans l'indifférence la plus totale parce qu'on n'a pas, au Québec et à Montréal, une grande préoccupation pour la qualité architecturale, pour l'impact des constructions sur le paysage et le cadre bâti. On n'a pas, autrement dit, une culture du beau, comme l'a souvent laissé entendre le designer Frédéric Metz, à qui l'on rendra hommage ce soir, d'ailleurs, à la suite de sa mort récente.

On a ainsi des arrondissements qui délivrent des permis pour des horreurs sans que cela fasse sourciller. On a des municipalités qui permettent de construire n'importe quoi, n'importe où. Et on a un gouvernement qui choisit ses professionnels et ses entrepreneurs selon un critère qui prime les autres: la facture.

Que ce soit par l'approche du plus bas soumissionnaire ou les sacrosaints partenariats public-privé, Québec en vient ainsi à élever le prix en critère suprême. On a même vu certains concours d'architecture être ainsi détournés de leur mission.

Or, Montréal a beau profiter de quartiers dynamiques, de commerces designs et de quelques nouvelles constructions intéressantes, il ne se démarque pas, globalement, par une architecture de grande qualité.

Sans avoir besoin de vedettes internationales de l'architecture pour se distinguer, Montréal gagnerait donc à soigner son look à chaque occasion qui lui est donnée, à miser sur une architecture non pas spectaculaire, mais fonctionnelle et harmonieuse.

Certes, le lien peut sembler ténu entre les irrégularités constatées à L'Île-des-Soeurs et au CUSM, l'obsession du plus bas soumissionnaire à Québec et le désintérêt des décideurs pour la qualité. Pourtant, ce sont autant de facettes d'une même attitude qui consiste, hélas, à brader le paysage urbain.

POLITIQUE D'ARCHITECTURE - Discrètement, l'Ordre des architectes du Québec a entrepris une tournée de la province pour promouvoir une idée qui lui tient à coeur: l'adoption d'une politique nationale de l'architecture. Les Pays-Bas l'ont fait, la Norvège aussi, l'Écosse, le Danemark. Pourquoi? Pour élever la barre, en somme, pour que la qualité ait autant d'importance, sinon plus, que le prix.

«On veut que l'on reconnaisse que la qualité est payante, dit la présidente, Nathalie Dion. On souhaite que les interventions des différents ministères soient plus uniformes. On veut, en somme, élever la qualité de l'ensemble des projets construits au Québec.»

LE VÉLO DEVIENT INTÉGRÉ - Avez-vous remarqué? Le vélo, qui était perçu jusqu'ici comme une lubie de grano aux États-Unis, est en train de s'immiscer dans la culture populaire américaine.

On le voit dans la série télé Suits, par exemple, où un des deux personnages principaux se déplace à vélo, même en «suit». On le voit dans la série Girls, où les vélos «fixies» sont partout. Et on l'a vu lundi soir, quand le scénariste de Mad Men Tom Smuts s'est présenté sur le tapis rouge des Emmys à vélo afin de sensibiliser les élus à l'importance de ce moyen de transport. Times they are a-changin'.




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