Comment payer les rues cash à Montréal

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Afin de pouvoir « payer cash » les améliorations à faire dans la métropole, la Ville de Montréal doit d'abord faire des économies.

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La meilleure façon d'assainir Montréal et ses finances, c'est de « payer cash » les rues et les pistes cyclables qui sont rénovées. Cash comme dans pas de dette. Or, c'est précisément ce à quoi s'affaire l'administration Coderre-Desrochers. Voici pourquoi et comment elle y parvient.

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D'abord, le contexte. Pendant des années, Montréal a choisi la solution facile pour boucler son budget. Plutôt que de restreindre ses dépenses courantes, notamment ses énormes coûts de main-d'oeuvre, la Ville a souvent négligé la réfection de ses immeubles, de ses routes et de ses égouts, entre autres.

Ce sous-investissement chronique a multiplié les nids-de-poule et les mauvaises surprises, comme cet immense trou apparu dans la chaussée en plein centre-ville, en juin 2012, à l'angle de Sainte-Catherine et McGill.

Des chiffres ? Entre 2006 et 2012, Montréal investissait 668 millions par année dans ses routes et immobilisations, en moyenne. Depuis deux ans, la tendance s'est inversée : les investissements ont grimpé à 931 millions en 2015 et passeront à 1,1 milliard en 2016, soit le double de 2006. L'objectif est d'atteindre un rythme annuel de 1,5 milliard d'ici quelques années.

Seulement voilà, Montréal doit investir massivement, mais ne doit pas, en même temps, trop alourdir une dette nette appréciable de 4,8 milliards (en excluant la STM).

Où prendre l'argent ? Oui, les fonds peuvent venir des gouvernements supérieurs, mais ce n'est pas suffisant. Augmenter les taxes ? Mauvaise idée, car les contribuables et commerces sont déjà très imposés, d'où l'objectif de plafonner les hausses de taxes annuelles autour de 2 %.

Il faut plutôt réduire les dépenses, notamment les coûts de main-d'oeuvre, et injecter l'essentiel des économies ainsi dégagées dans les rues et les égouts. Bref, faire des économies pour payer cash la rénovation de Montréal.

En 2015, Montréal a ainsi dégagé 250 millions de dollars comptant pour ses immobilisations, soit 84 millions de plus qu'en 2014. Ces liquidités destinées aux infrastructures passeront à 370 millions en 2016 et grimperont jusqu'à 800 millions en 2024, espère l'administration Coderre-Desrochers. Attention, il s'agit bien de paiement comptant annuel.

Dit autrement, la Ville veut investir une somme globale de 5,3 milliards au cours des 10 prochaines années pour rénover Montréal et payer 80 % comptant ! Le pari est audacieux et pour y parvenir, le plus difficile est évidemment de dégager les économies.

Au cours d'un long entretien téléphonique, le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, s'est montré confiant. Il énumère les mesures prises pour optimiser les dépenses.

D'abord, sur cinq ans, la Ville réduit progressivement le nombre de ses employés (en équivalent temps complet). Depuis deux ans, la baisse se chiffre à 624 employés et elle atteindra 2200 employés à la fin de 2018, moment où la Ville comptera 20 220 employés. À chaque départ à la retraite, un poste sur deux est aboli.

Déjà, la Ville en voit les effets. La masse salariale accaparait près de 52 % du budget en 2013, un sommet, contre 49,5 % en 2015. Notez que cette proportion était de 43 % en 2002. Les régimes de retraite et leur déficit fluctuant expliquent en partie les majorations dans le passé et leur amélioration actuelle.

À ce sujet, la récente loi 15 du ministre Pierre Moreau, au gouvernement du Québec, a aussi permis à la Ville d'économiser, avec la non-indexation automatique des régimes. En 2015, l'économie est de 33 millions.

Autre élément : la modification des processus d'appel d'offres. Par exemple, la Ville a dernièrement attribué le contrat de collecte des matières résiduelles à un nouvel acteur, Derichebourg, ce qui réduit notablement la facture. Ce changement aurait été impensable avant la commission Charbonneau.

Enfin, mentionnons que la Ville a accepté de comparer son efficacité à celle des autres grandes villes au Canada, en adhérant au système OMBI (Ontario Municipal Benchmarking Initiative). Coût des services policiers, de la collecte des ordures, des bibliothèques, tout y passe.

« Les négociations avec nos employés pour les conventions collectives sont difficiles, car la Ville est en demande », explique Pierre Desrochers.

À ce jour, la Ville a réussi à avoir une entente de principe avec ses cols blancs (8000 employés) et à signer une convention collective avec ses architectes. Les policiers sont en arbitrage, tandis que les conventions des cols bleus et des pompiers viennent à échéance à la fin de 2017.

Voilà donc le plan qui est en branle : être plus efficace pour payer cash les infrastructures et ménager la dette. Ces nouvelles infrastructures auront un effet vertueux : elles allégeront les budgets d'entretien (moins de nids-de-poule) et assainiront encore davantage les finances.

Il est long, très long, le chemin du rétablissement financier d'un gouvernement ou d'une ville. L'exercice est parsemé d'embûches et d'ajustements, fait l'objet de critiques, justifiées ou non, mais c'est un passage obligé pour retrouver ses moyens d'action.




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