Chronique «plate» pour l'éducation (2)

Ma récente chronique «plate» pour l'éducation a suscité une montagne de réactions. Elle affirmait que les dépenses en éducation ont crû plus vite que l'inflation et la croissance économique depuis 10 ans, contrairement à la croyance répandue.

Le constat a fait jaser, d'autant plus que les exemples illustrant la rareté des ressources dans les écoles publiques sont nombreux. Et ce ne sont pas seulement les professeurs qui le disent: plus de 8 directeurs d'école sur 10 jugent que les ressources sont insuffisantes et que les compressions affectent les services aux élèves, selon un récent sondage Léger.

Face à ces constats, une question fondamentale se pose: le Québec a-t-il les moyens de financer ses grands besoins en éducation? Malheureusement, ma réponse est «plate», encore une fois.

D'abord, il me faut revenir sur cette chronique «plate» du 25 septembre. Certains ont remis en question les chiffres, notamment l'illustre économiste Pierre Fortin.

Dans cette chronique, j'affirmais que la croissance des fonds consacrés à cette mission avait été de 67% depuis 2004, soit bien davantage que l'inflation (19,4%) ou la croissance économique au Québec (38%). J'y expliquais que la croissance ne peut être justifiée par une hausse de la clientèle, notamment au primaire et au secondaire. Au contraire, le nombre d'élèves y a diminué depuis 10 ans.

Dès la chronique suivante, toutefois, je publiais un malheureux erratum. La hausse n'est pas de 67%, mais de 50%, écrivais-je. Mon erreur venait du fait que je n'avais pas tenu compte du changement de méthode comptable du gouvernement survenu en 2009. Sachant mon engagement envers l'éducation, je suis presque heureux que ce ne soit pas 67%, mais 50%. Ce dernier chiffre vient d'une étude de trois universitaires commandée par le ministère des Finances du Québec.

Mais pour Pierre Fortin, le chiffre de 50% n'est toujours pas le bon, et la hausse serait plutôt de 35%, soit légèrement sous la croissance économique de 38% (1).

Ce qu'il faut savoir, c'est que personne ne sait précisément de combien les dépenses globales ont augmenté sur 10 ans, puisque les chiffres de 2014 ne sont pas pleinement comparables à ceux de 2004. Depuis 2009, entre autres, les dépenses d'éducation dites consolidées englobent non seulement les fonds versés directement par le gouvernement, mais aussi les dépenses des réseaux financés autrement (taxes foncières pour les commissions scolaires, droits de scolarité et frais afférents pour les universités, etc.). Ces dépenses représentent environ 20% du total (2).

Pour en avoir le coeur net, j'ai refait des estimations de la croissance des dépenses au moyen de deux autres méthodes. La première me donne une hausse de 41% et la seconde, également de 41% (3).

Je sais, ça fait beaucoup de chiffres, mais la question est cruciale, car elle influence le débat et elle interpelle les gens, qui se demandent où est allé cet argent. Au bout du compte, il en ressort donc que les dépenses d'éducation ont vraisemblablement crû dans une fourchette de 35 à 50%, soit pratiquement aussi vite que l'économie sinon davantage, et bien plus que l'inflation, malgré une baisse de la clientèle (sauf au postsecondaire).

Dès lors, la question se pose: le Québec a-t-il assez d'argent pour combler ses grandes ambitions en éducation? C'est loin d'être certain.

Les dépenses des missions du gouvernement ne peuvent pas, à long terme, grossir toujours davantage que l'économie. Tôt ou tard, il faut revenir à équilibre, sinon l'État prendrait une part sans cesse plus grande de l'économie, au détriment du privé. Et le gouvernement devrait taxer toujours davantage ou s'endetter.

Or, depuis 10 ans, c'est exactement ce qui s'est produit. Les deux missions principales du gouvernement ont justement crû davantage que l'économie. Les dépenses de santé ont grossi de 57% et celle de l'éducation, de 41%. Pendant cette période, l'économie progressait de 38%. Les missions éducation et santé accaparent les deux tiers des dépenses du gouvernement.

Conséquence? Le gouvernement occupe une place de plus en plus importante dans l'économie, puisque ses dépenses représentent aujourd'hui 26% du PIB contre 23% il y a 10 ans, selon le ministère des Finances. Ce bond a fait augmenter les impôts, les taxes et la dette. Ce cercle vicieux finit par être nuisible à la croissance du PIB, sur quoi l'on compte, justement, pour financer nos besoins. Heureusement, on a pu compter sur la forte progression des transferts fédéraux, mais cela ne pourra pas durer.

Bref, le Québec ne peut continuer dans cette voie. Pour nourrir nos ambitions, il nous faut absolument compter sur une croissance économique plus forte ou encore devenir plus productifs, deux aspects sur lesquels nous avons des retards.

En attendant, le Québec doit dépenser judicieusement chaque dollar consacré à l'éducation. Dans ma prochaine chronique, j'analyserai justement où est allé l'argent dans l'éducation au cours des dernières années. Des surprises à prévoir.

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1- Pierre Fortin prend les données de Statistique Canada pour estimer la croissance avant la réforme de 2009 et celle du ministère des Finances du Québec pour la croissance après 2009. Les deux hausses combinées lui donnent 35% sur 10 ans.

2- Les recettes de taxes scolaires ont crû d'environ 65% depuis 10 ans et les droits de scolarité universitaires, d'environ 38%.

3- Pour la première méthode, j'ai utilisé les dépenses de programmes du Conseil du trésor entre 2004-2005 et 2014-2015. Pour la deuxième, j'ai combiné la croissance des dépenses de programmes en éducation entre 2004-2005 et 2009-2010, soit avant le changement de méthode comptable, à celle des dépenses consolidées redressées après la réforme, soit jusqu'en 2014-2015.




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