Québec néglige les meilleurs

En principe, plus un employé est compétent et responsable, mieux il est payé. La raison est simple: les employeurs veulent garder les meilleurs, sur qui repose le succès de leur organisation.

Or, au gouvernement du Québec, ce principe fait clairement défaut, peut-on conclure à la lecture de la dernière enquête de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Jeudi, l'ISQ a publié son étude annuelle qui compare la rémunération des employés du gouvernement du Québec à celle du privé, du municipal et du fédéral, entre autres. Les grandes conclusions restent les mêmes que l'an dernier: les fonctionnaires du gouvernement sont globalement sous-payés de 8% par rapport à l'ensemble des autres employés du marché.

En particulier, leur rémunération est en retard de 39% par rapport au municipal, 21% par rapport au fédéral, 21% par rapport au privé syndiqué et 13% par rapport aux universités (ce qui exclut les profs). Le seul secteur sur lequel l'administration québécoise a un avantage (+ 10%) est le privé non syndiqué.

Rappelons que l'ISQ tient compte de tout dans la rémunération: les salaires, le nombre d'heures travaillées, les congés, les vacances, les assurances, les régimes de retraite, alouette. L'étude est faite pour 77 emplois comparables dans des organisations de 200 employés et plus.

Or, en analysant attentivement le document de 251 pages, une constante frappe: le retard de l'administration québécoise est significativement plus grand pour les employés dont les tâches sont plus complexes, pour ceux qui ont des responsabilités ou pour les chefs d'équipe.

Pour illustrer mon propos, j'ai fait seulement une comparaison des salaires, mais la tendance serait la même en tenant compte des autres éléments de la rémunération (vacances, retraite, etc.).

Ainsi, les salaires des professionnels de niveau 2 du gouvernement - le groupe de professionnels le plus nombreux - sont presque à parité avec le privé, avec un retard de 3% seulement. Par contre, les professionnels de niveau 3 (le niveau le plus élevé de l'ISQ), recrutés pour leur compétence, sont sous-payés de 16% par rapport au privé.

Même chose pour les techniciens, que l'ISQ sépare en deux niveaux. Le groupe du premier niveau gagne 9% de moins que dans le privé, tandis que le second, formé des meilleurs spécialistes et des chefs d'équipe, a un retard salarial de 15% sur le privé.

Autrement dit, les moyennes de l'ISQ montrent des retards importants, mais elles cachent surtout un phénomène préoccupant: ce ne sont pas tous les employés qui sont sous-payés, mais surtout les plus compétents.

Des exemples précis? Les informaticiens du deuxième de trois niveaux reçoivent un salaire moyen de 67 990$ au gouvernement, soit 8% de moins qu'au privé. Par contre, les informaticiens de niveau 3 touchent un salaire moyen de 80 028$, 18% de moins qu'au privé.

Autre exemple: les professionnels de la gestion financière de niveau 2 reçoivent un salaire moyen de 66 687$, soit 6,8% de moins qu'au privé. Au niveau 3, c'est 74 191$, soit 35% de moins qu'au privé.

Encore? Un magasinier de niveau 1 touche un salaire de 33 669$, soit 12% de moins qu'au privé, tandis que celui de niveau 3 est à 45 076$, soit 35% de moins qu'au privé.

Le phénomène est répandu dans presque toutes les catégories d'emplois. N'est-ce pas préoccupant? Comme toujours, certains emplois font exception, pour des raisons inexpliquées. C'est le cas de la catégorie avocats et notaires, dont les salaires sont presque alignés sur le privé, peu importe le niveau (salaire moyen de 63 255$ à 123 716$).

Les ouvriers

Par ailleurs, l'étude de l'ISQ fait ressortir une autre constante, année après année: les ouvriers de l'administration publique québécoise sont nettement sous-payés par rapport à leurs semblables d'ailleurs, même en tenant compte des avantages sociaux.

Le retard de la rémunération globale est de 29% avec le privé, de 32% avec le fédéral et de 45% avec le municipal. Par ouvriers, l'ISQ entend les peintres, les électriciens d'entretien, les conducteurs de véhicules lourds et les menuisiers, entre autres.

Bref, il n'est pas faux de dire que la rémunération des employés du gouvernement a globalement pris du retard. Mais le phénomène n'est pas uniforme, il est surtout concentré chez les employés les plus talentueux de plusieurs catégories d'emplois.

Dans ce contexte, le gouvernement devrait ajuster ses offres salariales pour en tenir compte, sans quoi il risque, éventuellement, de perdre ses meilleurs employés. Ainsi, certains pourraient toucher une hausse annuelle de 3,5% et d'autres, de 0,5%. Il n'est pas évident, cependant, que les syndicats seront prêts à négocier sur cette base.

Pour consulter la liste détaillée des salaires, il faut se rendre sur le site internet de l'ISQ, à l'annexe «Rémunération globale».

www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/travail-remuneration/remuneration-salaries.html




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