Nos universités sont-elles inefficaces?

Je m'apprêtais à défendre vigoureusement les universités. À réitérer l'importance de l'éducation de haut niveau pour le Québec. À dénoncer les nouvelles compressions.

Quoi, le gouvernement Couillard exige une nouvelle amputation de 25 millions? Après les coupes déjà réclamées de 172 millions du dernier budget? Mais à quoi pense le ministre Bolduc?

Or, en faisant des recherches, je suis tombé sur une étude qui m'a scié les jambes. Selon cette étude fouillée, les universités du Québec ne souffriraient pas de sous-financement en regard de leurs principales concurrentes, au contraire. Pire: le problème serait lié à la faible charge de travail des professeurs!

L'étude en question a été réalisée en mars 2011, mais elle est passée complètement inaperçue. Les comparaisons avec les universités hors Québec se basent sur des chiffres de 2009. Selon mes informations, une version pour l'année 2012 arrive aux mêmes conclusions, mais elle dort sur les rayons du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Science.

Qu'en est-il au juste? En moyenne, les universités du Québec ont reçu 27 628$ de revenus par étudiant au cours de l'année 2008-2009 (subventions, droits de scolarité, fonds de recherche, etc.). En comparaison, l'Ontario s'est débrouillé avec 25 587$ par étudiant et les provinces de l'Atlantique, 25 744$. Seuls les établissements de l'Ouest obtiennent plus (33 243$).

Autrement dit, pour 100$ de revenus par étudiant au Québec, les universités ontariennes en reçoivent environ 93$ et celles de l'Ouest, 120$. La moyenne canadienne sans le Québec est de 102$.

L'étude ne s'arrête pas là. Le type de clientèle des universités a une incidence importante sur ses dépenses. Les étudiants de deuxième cycle coûtent plus cher que ceux de premier cycle, par exemple. De plus, le coût de la vie est différent d'un endroit à l'autre. Au Québec, les immeubles sont moins dispendieux et coûtent moins cher à chauffer et à entretenir, ce qui avantage nos universités.

Tout pris en compte, pour 100$ de revenus par étudiant au Québec, le chiffre comparable serait de 88$ en Ontario, de 121$ dans l'Ouest et de 101$ pour le Canada sans le Québec. En somme, les universités québécoises disposeraient de plus de revenus par étudiant que leurs concurrentes ontariennes, mais moins que dans l'Ouest.

La charge de travail des profs

Qu'est-ce qui explique que, malgré tout, les universités québécoises ont cette impression de manquer sévèrement de fonds? Réponse suggérée de l'étude: la charge de travail moindre des professeurs.

En 2008-2009, il y avait 21,2 étudiants à temps plein par professeur au Québec, contre 25,2 en Ontario. La moyenne canadienne sans le Québec est de 22,5. Ce rapport englobe seulement les professeurs réguliers et exclut les chargés de cours, nombreux au Québec.

Cet écart Québec-Ontario n'est pas attribuable aux classes moins nombreuses. Il s'expliquerait surtout par le moins grand nombre de cours donnés par les professeurs, selon certaines observations, que l'étude ne rapporte pas.

Au Québec, faut-il savoir, les professeurs réguliers doivent donner deux cours différents par session ou quatre cours par année. Autrement dit, leur présence en classe est théoriquement de six heures par semaine (deux cours de trois heures). Le reste de leur semaine est réservé à la préparation des cours, aux rencontres avec les étudiants et à la recherche.

Or, il a été démontré que bien souvent, la moyenne est de moins de quatre cours par année. Par exemple, la firme PWC a constaté que cette charge était de 2,8 cours par année en 2008 à l'UQAM. En comparaison, en Ontario, la charge d'enseignement est plutôt de 3,4 cours par année, selon une étude de COQES menée auprès de quatre universités. Les profs qui se consacrent à la recherche y donnent moins de cours que les autres (3,0 contre 3,8), mais plus qu'à l'UQAM.

Ces observations feront sursauter les universitaires. Dans certaines facultés, on dit avoir de réelles difficultés à recruter des professeurs en raison des conditions nettement plus avantageuses ailleurs. C'est probablement le cas de certaines facultés, comme la finance et la médecine, mais est-ce vraiment le cas de toutes les disciplines?

Est-il possible qu'au Québec, pour des raisons syndicales, les professeurs de certaines disciplines soient au contraire mieux payés qu'ailleurs? Que l'écart soit moins grand entre les profs les moins payés et les mieux payés? Et, surtout, que les tâches soient moins lourdes?

Autres interrogations: le temps passé à la recherche est-il utilisé efficacement? Les recherches sont-elles toutes également pertinentes? Certains professeurs devraient-ils faire davantage de recherche et d'autres, donner davantage de cours, en fonction de leur efficacité relative, comme c'est le cas en Californie?

Je ne veux pas jeter la pierre aux professeurs ou aux universités, dont les finances sont sous pression. Et les observations ci-dessus devraient probablement être approfondies, comme le fait l'Ontario actuellement.

Mais à l'heure où se profilent de nouvelles compressions, il est indispensable de s'interroger sur la façon dont l'argent est dépensé. Et espérer qu'en plus de couper des cours ou d'augmenter le nombre d'étudiants par classe, on examinera aussi l'organisation du travail.

Pour consulter l'étude: http://www.mels.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/PSG/statistiques_info_decisionnelle/BulletinStatistique40_f.pdf




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