Quand une petite erreur confond les chômeurs

Vendredi, de nombreux chômeurs ont probablement été déçus d'apprendre que le chômage avait baissé dans leur région. Ils ont probablement été déçus de constater que Statistique Canada avait corrigé son erreur par une création d'emplois beaucoup plus forte que prévu.

Pardon? Eh bien oui, ainsi fonctionne le mécanisme de l'assurance-emploi. Pour certains chômeurs, un taux de chômage régional plus faible signifie paradoxalement la perte de plusieurs centaines de dollars de prestations. Il est même possible que la durée de leurs versements hebdomadaires diminue avec la baisse du chômage.

Comment cette logique est-elle possible? Comment une création d'emplois plus forte peut-elle faire diminuer les prestations? Voyons voir.

D'abord, j'exagère quand je parle de chômeurs déçus, bien sûr, mais l'erreur de Statistique Canada nous fait prendre conscience de l'impact d'un mauvais calcul, des particularités de l'assurance-emploi et de la complexité du système.

Pour commencer, il faut savoir que les chômeurs ne sont pas tous uniformément admissibles à l'assurance-emploi. Pour tenir compte des disparités régionales sur le marché de l'emploi, le programme accorde des prestations différentes aux chômeurs selon les régions.

Ainsi, pour les régions où le chômage dépasse 16%, comme en Gaspésie, les chômeurs peuvent obtenir des prestations dès qu'ils ont accumulé 420 heures de travail au cours des 52 semaines de référence. Ces 420 heures correspondent à environ 10,5 semaines de travail à temps plein.

Le nombre d'heures accumulées pour être admissible varie directement avec le taux de chômage d'une région. Pour une région dont le chômage est de 10,5%, par exemple, le nombre d'heures requis est de 525 (13 semaines à temps plein). Et pour celles dont le taux de chômage est de moins de 6%, comme à Québec, les travailleurs qui perdent leur emploi doivent avoir travaillé un minimum de 700 heures (17,5 semaines à temps plein) pour être admissibles.

Ce n'est pas tout. Non seulement faut-il travailler beaucoup plus d'heures à Québec qu'en Gaspésie pour avoir droit aux prestations, mais encore le nombre de semaines de versements est plus petit. Ainsi, le chômeur qui a accumulé 700 heures dans son année à Québec peut recevoir des prestations durant 14 semaines, comparativement à 36 semaines pour le Gaspésien dans la même situation.

Le taux de chômage régional influe aussi sur le montant des prestations. Pour reprendre l'exemple, le programme accorde aux chômeurs de Québec des prestations basées sur la moyenne des 22 meilleures semaines de salaire de leur dernière année. En Gaspésie, le calcul est plutôt basé sur 14 semaines.

Ainsi, un chômeur de Québec qui a travaillé un total de 700 heures à temps plein (40 heures) aura dans les faits travaillé 17,5 semaines. Comme le calcul de ses prestations est basé sur la moyenne de 22 semaines de travail, il verra ses prestations hebdomadaires réduites par les 4,5 semaines où il n'a eu aucun revenu.

La mécanique est complexe, c'est clair. Tout pris en compte, pour un travailleur de Québec à temps plein qui gagne 20$ l'heure pendant 700 heures, les prestations seront de 350$ par semaine (55% de 636$), comparativement à 440$ pour le Gaspésien (55% de 800$).

Cette différence est fort importante, mais elle se justifie par les très grandes disparités dans les marchés de l'emploi des deux régions. En Gaspésie, la création d'emplois est anémique, tandis qu'à Québec, c'est pratiquement le plein emploi depuis plusieurs années. Certains diront que le programme d'assurance-emploi, tel qu'il est conçu, encourage les chômeurs de certaines régions à perpétuer leur statut de chômeurs. Certes, ils ont raison dans certains cas: le programme a des effets pervers. Néanmoins, dans bien des régions, le travail est une manne saisonnière, qui varie au gré du tourisme et de la pêche, ce qui justifie les ajustements régionaux du programme.

Précisons qu'au fil des réformes, de moins en moins de chômeurs sont admissibles aux prestations. Aux dernières nouvelles, à peine 40% des chômeurs y avaient droit, contre environ 85% il y a 25 ans. Les travailleurs à temps partiel, comme les mères de famille, entre autres, ne sont pas protégés par le programme, ne pouvant accumuler suffisamment d'heures.

Bref, en corrigeant vendredi la création d'emplois du mois de juillet à la hausse - de 200 à 41 500 au Canada -, Statistique Canada a probablement privé certains chômeurs de revenus non négligeables, en quelque sorte. Pour l'instant, il n'est pas possible de chiffrer cet impact, mais l'erreur permet de mettre en lumière la complexité du système.




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