Radio-Canada et les pompiers

Il me semble que si j'étais pompier, je serais gêné. Gêné de mes conditions de travail en or, alors que des milliers d'autres perdent leur job, qu'il croyait permanent.

Avez-vous lu la chronique de ma collègue Stéphanie Grammond, samedi dernier, sur le régime de retraite des pompiers de Montréal? Sidérant. Les pompiers peuvent prendre leur pleine retraite à 50 ans sans aucune pénalité. Et voilà qu'ils manifestent et exhortent le maire, Denis Coderre, à ne pas se présenter sur les lieux des sinistres.

D'accord, les pompiers risquent parfois leur vie. D'accord, le projet de loi du gouvernement Couillard est dur. Entre autres, les rentes à la retraite des pompiers ne seront plus indexées automatiquement. Mais la situation des régimes de retraite des municipalités est dramatique, avec un déficit de 3,9 milliards.

Les syndiqués font valoir que ces conditions de travail ont été librement acceptées par leurs patrons. Mais pas un économiste, pas un seul, ne pouvait prévoir la chute quasi permanente des taux d'intérêt qui a pour effet de diminuer la valeur de l'actif accumulé. Pourquoi faudrait-il que les contribuables, qui paient leurs régimes, soient les seuls à assumer ce brusque changement de paradigme économique?

Pendant ce temps, des centaines d'employés de Radio-Canada, souvent des jeunes, se retrouvent sur la paille. Des amis, des collègues, de Montréal comme du Saguenay, vivent une angoisse autrement plus grande que ces malheureux pompiers. Et les licenciements sont appuyés sur des motifs souvent discutables.

Plus précisément, la haute direction de Radio-Canada a annoncé qu'elle abolira 1500 postes d'ici cinq ans, dont le tiers au cours de la prochaine année. Ces compressions s'ajoutent à celles annoncées en avril, qui touchent 657 postes. Pensent-ils à leur régime de retraite?

D'autres employés sont aussi durement frappés, qu'on mentionne ceux de Bombardier, dont les licenciements se sont succédé ces dernières années. Encore en février, l'entreprise a licencié 1700 salariés, dont plus de la moitié dans la région de Montréal. Pensent-ils à leur régime de retraite?

En passant, à La Presse, les rentes de retraite accumulées depuis 2010 ne sont plus indexées, contexte économique oblige. De plus, les nouveaux employés n'ont plus droit aux régimes à prestations déterminées, mais à cotisation déterminée. Dans la négociation d'alors, les employés devaient manger leur pain noir sans quoi l'entreprise risquait de fermer.

Dans le secteur municipal, les conditions de travail des employés ont été bonifiées au fil des années par des politiciens en mal de réélection et qui avaient, faut-il dire, peu de pouvoir de négociation. Contrairement aux entreprises privées, les villes ne peuvent fermer ou déclarer faillite. Et quand ils manifestent, leurs collègues syndiqués de la police ne font pas de zèle.

Quand j'ai critiqué l'incroyable rémunération des employés municipaux, en décembre dernier, c'est-à-dire l'écart de 38% avec la fonction publique du Québec, entre autres, certains lecteurs m'ont reproché de vouloir «niveler par le bas». Ces lecteurs voudraient qu'on ne diminue pas les conditions de ceux qui les ont obtenues de chaude lutte, mais qu'on tente plutôt de hausser celles des autres.

Le problème, avec les pompiers et autres employés municipaux, c'est que leur train de vie est payé avec l'argent des contribuables, dont plus de la moitié n'ont pas de régime de retraite. Cet argent dont ils sont privés, les contribuables pourraient le dépenser ailleurs, par exemple pour acheter des vêtements, et permettre à des commerçants comme Bedo ou Jacob de maintenir des emplois plutôt que de recourir à la Loi sur la faillite.

Autrement dit, la bonification des conditions de travail des employés publics, au-delà d'une certaine limite, se fait nécessairement au détriment d'autres emplois dans le privé.

Les employés de Radio-Canada ont toute ma sympathie. Pas les pompiers.




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