Les entreprises, responsables du tiers du déficit du Québec

Le mystère entourant les compressions sera finalement dissipé la semaine prochaine, soit le 4 juin, quand le gouvernement Couillard déposera son premier budget. Coupes dans les services, gel des salaires, hausses de tarifs?

En attendant, de nouveaux chiffres viennent nous indiquer à quel point le ralentissement de l'activité des entreprises, depuis un an, a eu un impact important sur le déficit du gouvernement. Essentiellement, le tiers du déficit du Québec de 2013-2014, estimé à 3,1 milliards, est attribuable au passage à vide des entreprises, peut-on déduire en lisant le plus récent Rapport mensuel des opérations financières du ministère des Finances, rendu public le 16 mai.

Ce rapport donne le détail des entrées et sorties de fonds au gouvernement entre avril 2013 et janvier 2014, soit les 10 premiers mois de l'exercice terminé le 31 mars dernier. Au cours de ces 10 mois, les impôts sur les profits des entreprises versés au gouvernement ont atteint 2,1 milliards, en baisse de 26,2% par rapport à la période correspondante de l'année précédente. Aucun autre poste de revenus n'a reculé autant. En comparaison, les recettes tirées de l'impôt des particuliers ont grimpé de 3,2%.

Le recul de l'impôt des entreprises a été particulièrement sévère au cours des derniers mois. La chute a été de 65% en janvier, de 22% en décembre, de 58% en novembre et de 23% en octobre.

Pour avoir une idée de l'impact annuel, nous avons extrapolé la chute de 26,2% aux chiffres de l'ensemble de l'année. Comme le gouvernement avait engrangé 4,1 milliards de revenus d'impôts à ce chapitre au cours de l'exercice précédent, on peut estimer que le recul de 26,2% avoisine le 1,1 milliard pour l'exercice 2013-2014 en entier, à 3,0 milliards.

Cette déconfiture de 1,1 milliard représente le tiers du déficit attendu. En février, en présentant son budget, le gouvernement péquiste avait annoncé un déficit de 2,5 milliards pour 2013-2014. Dans son rapport, en avril, le duo Godbout-Montmarquette, qui a eu accès à des données plus récentes, voyait plutôt le dernier déficit à 3,1 milliards.

Certes, dans son budget, Nicolas Marceau avait constaté la contribution moindre des entreprises, dont il estimait les recettes d'impôts à 3,6 milliards, en recul de plus de 400 millions. Le rapport Godbout-Montmarquette avait ramené ce chiffre à quelque 3,2 milliards. Il n'est pas impossible que ce soit moins, à la lumière du Rapport mensuel des opérations financières.

Les indicateurs économiques nous laissaient entrevoir cette déconfiture. Par exemple, les livraisons manufacturières des entreprises québécoises ont reculé de 0,9% durant la période annuelle qui se termine en même temps que le rapport financier du gouvernement, soit janvier 2014. Pendant ce temps, les livraisons manufacturières augmentaient de 0,6% en Ontario et de 3,7% en Alberta, selon les données de Statistique Canada.

Connaissant maintenant le net recul de la profitabilité des entreprises du Québec, certains jugent-ils encore pertinent de les imposer davantage, du moins à court terme?

Cela dit, derrière ce constat sombre se cache tout de même une bonne nouvelle. Le déficit du Québec n'est pas seulement structurel, c'est-à-dire attribuable à notre structure de dépenses trop élevée pour nos revenus, il est également conjoncturel.

En effet, aucun économiste sérieux ne peut prétendre que la chute annuelle de 26% des impôts des entreprises - et donc de leurs profits - est une constante à long terme. D'ici 18 mois, on peut s'attendre à un retour à la normale. Un rebond de 1 milliard des impôts sur les profits des entreprises sera autant d'argent que le gouvernement n'aurait pas à puiser en comprimant les dépenses.

Pour l'année 2014-2015 en cours, rappelons-le, les péquistes prévoyaient un déficit de 1,75 milliard, mais le rapport Godbout-Montmarquette calcule plutôt qu'on se dirige vers un déficit de 3,7 milliards. On en saura plus le 4 juin, au dépôt du budget libéral.

Minicentrales, une blague?

L'intention de Philippe Couillard de relancer la construction de minicentrales hydroélectriques est très difficile à comprendre. Et après seulement quelques semaines au pouvoir, elle entache la crédibilité du gouvernement.

Depuis son élection, le 7 avril, le premier ministre répète que la situation budgétaire est très difficile au Québec. Or, son intérêt renouvelé pour les minicentrales, la semaine dernière, envoie un signal contraire.

Hydro-Québec prévoit d'énormes surplus d'énergie d'ici 2017. Lancer des minicentrales, c'est obliger Hydro à acheter de l'électricité inutile de ces promoteurs à un prix généralement supérieur à son prix coûtant. Où est la logique financière?

La fin du programme des minicentrales par le PQ aurait permis à Hydro d'économiser 24 millions par année. Cet argent représente beaucoup dans le contexte actuel.

En principe, les minicentrales pourraient ne pas être toutes de mauvais projets, si l'on exclut les questions environnementales. En pratique, elles sont injustifiables actuellement.




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