Hypocondriaques et médecins craintifs coûtent une fortune

Les médecins craintifs et les patients hypocondriaques coûtent une fortune au système de santé. Ils font partie des facteurs qui dopent inutilement les coûts du système de plus de 2 milliards de dollars par année au Québec.

Cette évaluation ne vient pas d'économistes avides de compressions ou de comptables stressés du ministère des Finances. Non, ce phénomène, appelé le «surdiagnostic», est le nouveau cheval de bataille de l'Association médicale du Québec (AMQ), qui vient de lancer une campagne pour aider médecins et patients à doser les interventions.

Le surdiagnostic est essentiellement la prescription de tests ou de médicaments inutiles, qui gonflent la facture du système sans incidence sur les résultats. Il représente de 9 à 18% du budget de la santé (sans compter les services médicaux), soit de 2,3 à 4,7 milliards, selon l'AMQ. C'est le cas de la prescription d'antibiotiques ou de tests d'imagerie (radiographie, IRM, etc.) non appropriés, par exemple.

Bien sûr, le diagnostic n'est pas une science parfaite, et les tests sans résultats probants ne sont pas tous inutiles. De même, les patients exigeants ne sont pas tous hypocondriaques. Toutefois, le phénomène du surdiagnostic est suffisamment préoccupant pour que la communauté médicale mondiale se penche sur ce coûteux problème.

En septembre 2013, une première conférence regroupant des centaines de scientifiques a eu lieu en Allemagne. Le Québec y était très bien représenté. L'objectif était de détecter le phénomène et de proposer des moyens de prévenir le «surdiagnostic et autres problématiques sous-jacentes, tels la surmédicalisation, la surdétection, l'obsession diagnostique et le surtraitement».

Le Québec a ensuite organisé un symposium, en mars dernier, regroupant des dizaines de médecins et de décideurs.

La crainte d'être poursuivi

Diverses raisons expliquent le surdiagnostic, selon les études. Chez les médecins, il y a la crainte d'être poursuivi, la propension à être trop prudent, le recours à des tests pour compenser le manque d'expérience, de connaissances ou de confiance, l'influence de l'industrie et la médiatisation des nouvelles technologies, notamment.

Les médecins subissent bien sûr la pression des patients. Certains malades se disent convaincus du besoin d'un traitement ou veulent «en avoir le coeur net». L'accès à l'information sur l'internet peut souvent accentuer les problèmes plutôt que de les atténuer.

«Il faut souvent moins de temps à un médecin pour prescrire un test que pour expliquer pourquoi la meilleure option est de ne rien faire», souligne l'AMQ, qui a même conçu une formation vidéo pour aider les médecins à converser avec leurs patients.

Ces surdiagnostics ont des conséquences. En plus d'engorger le réseau et de priver de soins les autres patients, les tests peuvent avoir des effets indésirables sur la santé, comme le cancer (radiographie). Les médicaments peuvent aussi avoir des effets secondaires (maux d'estomac, etc.).

À ce jour, neuf associations de médecins et de spécialistes ont dressé des listes de surdiagnostics dans leur domaine d'activité, validés par des recherches scientifiques. Une quarantaine de cas de surdiagnostic ont été relevés. Une autre liste suivra à l'automne.

Maux de dos, sinusite, etc.

Des exemples? Pour les douleurs au bas du dos, les radiographies ou les tests d'imagerie par résonance magnétique (IRM) sont souvent inutiles, sauf en cas de signaux d'alarme (abcès ou hématome, cancer soupçonné, etc.). Bien souvent, la douleur d'une lombalgie disparaît après quelques jours, voire quelques semaines, grâce aux anti-inflammatoires en vente libre.

Pour une sinusite, des médecins prescrivent souvent des antibiotiques. La sinusite, dont les symptômes sont la congestion, l'écoulement nasal et les douleurs faciales, sont souvent d'origine virale plutôt que bactérienne. Or, les antibiotiques ne sont d'aucune utilité contre les virus.

Pour les maux de tête, plusieurs patients veulent subir une tomodensitométrie (TDM) ou une IRM, craignant une tumeur au cerveau ou une autre maladie grave. «Les médecins acquiescent souvent à leur demande pour les rassurer. Cependant, tout ce qui est habituellement nécessaire est l'examen des antécédents médicaux et un examen neurologique», écrit l'AMQ, qui rappelle que les TDM peuvent augmenter le risque de cancer.

Parmi les autres tests à utiliser avec parcimonie, il y a l'électrocardiogramme, le test PAP, la coloscopie, les radiographies de la cheville, l'examen de densité osseuse et des dizaines d'autres.

Dans certains pays, l'informatisation des dossiers patients a permis de comparer les tests prescrits selon les régions. En Nouvelle-Zélande, la comparaison a révélé d'importants écarts entre les régions concernant les tests d'imagerie pour les maux de dos. L'information a réduit les IRM de 35%, ce qui a permis des économies de 150 millions.

Au Québec, l'informatisation des dossiers n'a été réalisée qu'à 50%; en Ontario, elle est faite à 95%.

Bien sûr, il est possible qu'une complication ou un décès survienne à la suite d'un sous-diagnostic. Cependant, l'engorgement et les coûts qu'engendrent les surdiagnostics peuvent eux aussi provoquer des complications pour les patients qui attendent.

Pour en savoir plus: www.choisiravecsoin.org




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