Un siège social pour cinq «cennes»

Cinq «cennes». Le Québec pourrait perdre le siège social d'un fleuron minier, Osisko, pour cinq «cennes» par action.

Bon d'accord, ce n'est pas cinq «cennes». C'est cinq «cennes» multiplié par le nombre d'actions en jeu, soit environ 23 millions de dollars. Je parle bien sûr de l'écart entre la nouvelle offre de Goldcorp (7,65$ l'action), de Vancouver, et celle du groupe Yamana-Caisse de dépôt, évaluée à 7,60$.

Québec inc. doit-il céder la Corporation minière Osisko et sa mine d'or de Malartic, dans le nord du Québec, pour une différence de 23 millions de dollars sur une offre de 3,6 milliards? Et perdre encore un siège social?

La question est simpliste, j'en conviens. L'offre du groupe Yamana-Caisse est complexe et pourrait plutôt valoir 7,50$ ou même 7,17$, selon des analystes, soit entre 70 et 220 millions de moins que l'offre bonifiée de Goldcorp.

Tout de même, c'est la question que doivent se poser le conseil d'Osisko, la Caisse de dépôt et même le gouvernement du Québec: combien faut-il mettre pour garder le siège social d'Osisko au Québec? L'enjeu en vaut-il la chandelle?

Un siège social, faut-il le rappeler, c'est un centre de décisions qui fournit des emplois payants à des avocats, à des comptables et à des sous-traitants du Québec. Un siège social, c'est une direction avec un réseau de contacts avant tout local, soucieux des préoccupations locales et qui répond rapidement aux questions des intervenants, notamment des journalistes, et en français.

Du côté de Goldcorp, on est perplexe. Après tout, l'acheteur Yamana est de Toronto et n'a rien investi au Québec. En comparaison, Goldcorp, de Vancouver, a injecté plus de 2 milliards dans la mine d'or Éléonore, à la baie James. Et maintenant, elle promet de garder un «bureau régional» à Montréal. Quelle est la différence entre Vancouver et Toronto, au fond?

Du côté de la Caisse de dépôt, l'offre bonifiée sera certainement analysée. Avant tout, la Caisse a pour mission d'offrir un bon rendement à ses déposants - des caisses de retraite - mais dans une telle situation, elle doit aussi voir si son intervention ne pourrait pas permettre de conserver un précieux siège social à Montréal.

À quel moment le second intérêt deviendra-t-il trop coûteux pour le premier? doit-elle se demander. Peut-elle participer à une bonification équivalant à 10 cents par action? 25 cents? Un dollar? La Caisse aurait une meilleure idée de la décision à prendre si elle avait une bonne boule de cristal lui indiquant les tendances du prix de l'or.

Enfin, de son côté, le nouveau gouvernement libéral doit suivre la transaction de près. L'équipe Couillard, rappelons-le, a proposé de piger dans le Fonds des générations pour intervenir dans des transactions stratégiques d'entreprises où le siège social serait en jeu.

La transaction Osisko est-elle stratégique pour le Québec? Est-elle stratégique pour le Parti libéral, dont le développement minier est au coeur de son plan d'affaires? Le Plan Nord libéral sera-t-il plus profitable aux Québécois si les mines qui s'y trouvent sont parfois contrôlées par des entreprises d'ici?

Dans le cadre juridique actuel, le conseil d'administration d'Osisko doit normalement accepter l'offre la plus généreuse pour les actionnaires, même si le conseil constate que cette offre pourrait être moins avantageuse à long terme pour l'organisation et ses parties prenantes (fournisseurs, résidants, etc.).

Certes, un jugement de la Cour suprême dans la transaction avortée BCE-Teachers' a reconnu que les conseils d'administration doivent aussi tenir compte de l'intérêt des parties prenantes, pas seulement des actionnaires.

En pratique, toutefois, la réglementation canadienne n'accorde pas une telle latitude aux conseils d'administration, comme c'est le cas au Delaware, par exemple. L'Autorité des marchés financiers du Québec voudrait bien changer cette réglementation, mais les autres provinces, notamment l'Ontario, font la sourde oreille.

Le conseil d'Osisko pourrait évidemment risquer de refuser l'offre de Goldcorp et faire trancher l'affaire en Cour suprême, après une poursuite, mais c'est risqué.

Bref, les financiers, les avocats et les politiciens ont amplement matière à réflexion dans cette affaire.




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