Universités : le grand trou noir

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« La porte s'est refermée, l'argent n'a jamais été au rendez-vous et le monde universitaire a replongé dans un trou noir », précise notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Il n'y a pas très longtemps, les universités québécoises avaient le vent dans les voiles. Leurs efforts pour faire valoir leur importance pour la société et l'économie avaient porté leurs fruits. Le gouvernement de l'époque reconnaissait aussi le sous-financement dont elles souffraient et promettait d'injecter 3 milliards additionnels en six ans. C'était au printemps 2011.

Cinq ans plus tard, la porte s'est refermée, l'argent n'a jamais été au rendez-vous et le monde universitaire a replongé dans un trou noir, celui de l'indifférence générale.

Cela est bien illustré par deux interventions récentes dont le ton montre à quel point nous avons reculé en si peu de temps.

La première est une étude, très bien faite, de la chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) et Montréal international sur l'importance des universités montréalaises. On y parle en termes éloquents de leur contribution à l'économie, de leur rôle social. Ce qui m'a frappé toutefois, c'est qu'il s'agit d'un exercice de pédagogie de base pour convaincre de ce qui devrait être une évidence. Pas le moindre mot sur une question cruciale : le financement des universités. Un silence qui s'explique manifestement par la peur de susciter des réactions négatives.

La seconde, c'est une lettre ouverte des recteurs et dirigeants des institutions d'enseignement supérieur publiée dans La Presse+ dimanche dernier, « Valorisons et soutenons nos universités », un plaidoyer qui prend presque des accents de supplication.

Bref, on est obligés de repartir à zéro.

QU'EST-CE QUI S'EST PASSÉ ?

Dans l'avant-dernier budget du gouvernement Charest, au printemps 2011, le ministre des Finances d'alors, Raymond Bachand, proposait un réinvestissement massif dont la moitié venait du trésor public, mais dont le tiers d'une hausse des droits de scolarité, ce qui a déclenché une mobilisation historique et contribué à la défaite du gouvernement libéral. Une mobilisation dont on mesure mal les conséquences.

D'abord financières. Le gouvernement péquiste de Pauline Marois a aboli les hausses des droits de scolarité libérales, ce qui a privé les universités d'une source de financement qui n'a jamais été remplacée. Aux prises avec un déficit croissant, il a en outre multiplié les compressions, comme le fera ensuite le gouvernement Couillard.

Ensuite politiques. Les directions universitaires ont été larguées par le gouvernement Marois, qui a pris fait et cause pour les associations étudiantes et rejeté l'idée même, qui faisait consensus, que les universités québécoises étaient sous-financées en comparaison des universités canadiennes et américaines. L'organisme représentant les universités, la CREPUQ, a éclaté. En période de compressions, ceux qui crient le plus fort résistent mieux au couperet. Le monde universitaire, discrédité et sans voix, est passé dans le tordeur.

Le sort des universités n'a pas été aidé par le fait que le ministère de l'Éducation est devenu celui des portes tournantes, avec cinq ministres en quatre ans.

J'ai cru que la nomination d'Hélène David comme ministre responsable de l'Enseignement supérieur, en février dernier, pourrait améliorer les choses, parce que le monde universitaire pourrait compter sur une alliée issue de ses rangs.

Ce n'est pas ce qui semble s'être passé sur le terrain. Le virage du gouvernement Couillard, qui a fait de l'éducation sa priorité, favorise le primaire et le secondaire. Le vrai ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, occupe toute la place. En apparence, l'enseignement supérieur n'est pas oublié : dans le dernier budget, il touche 165 des 500 millions additionnels consacrés à l'éducation sur trois ans. Mais le gros de cette somme ira aux cégeps qui, en vertu d'une spécificité québécoise, font officiellement partie de l'enseignement supérieur.

Et pourtant, le développement des universités est au coeur du succès économique, par la formation qu'elles dispensent, leur contribution à la recherche et à l'innovation. C'est même une industrie en bonne et due forme, qui crée des emplois, qui attire des étrangers. C'est aussi un levier de développement social quand on réussit à augmenter la fréquentation universitaire. Or, le succès, ça se paye. Pour assurer ce succès, il faut investir dans nos universités.

D'autant plus que nous avons encore des retards à rattraper. Montréal est peut-être une ville universitaire, avec une concentration d'institutions et un pouvoir d'attraction mondial, mais on ne réussit pas à avoir ce même degré d'attraction auprès de nos propres jeunes. Le taux de diplomation universitaire, même chez les 25-34 ans, n'est que de 36,6 % à Montréal contre 54,4 % à Boston, 49,6 % à San Francisco, et 43,3 % à Toronto.

Il y a un blocage politique. Aucun politicien ne voudra réactiver le dossier des droits de scolarité pour longtemps.

Aucun gouvernement en période d'austérité ne voudra accréditer la thèse du sous-financement universitaire. Personne ne voudra aller au bâton pour des universités dont la cote de popularité est au plancher.

Mais derrière ce blocage politique, il y a quelque chose de beaucoup plus profond : l'indifférence, et parfois la méfiance des Québécois à l'égard de leurs universités. Cela nous rappelle que, malgré la Révolution tranquille, nous n'avons pas totalement comblé nos retards.

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