REM : au pays des chialeux

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« La multiplicité des critiques à l'égard du REM, leur acrimonie, leur rayonnement médiatique, ne réussiront sans doute pas à tuer le projet, mais risquent fort de tuer l'enthousiasme et la fierté », écrit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Le Réseau électrique métropolitain (REM) de la Caisse de dépôt est sans le moindre doute le projet collectif le plus structurant sur le plan économique, le plus dynamisant sur les plans social et environnemental que la métropole ait connu depuis des décennies.

Lisez les journaux, écoutez la télé et la radio, vous ne vous en apercevrez pas. Comme je le craignais, CDPQ Infra, la filiale de la Caisse qui gère le projet, après avoir été encensée, traverse maintenant un long et pénible chemin de croix.

Pour moi, la goutte qui a fait déborder le vase, c'est un texte de Denis de Belleval, ancien ministre péquiste, ancien PDG de VIA Rail, ancien directeur de la Ville de Québec, qu'on a pu lire jeudi dans ces pages. Il réclame l'abandon du REM dans un texte qui ressemble moins à une analyse structurée qu'à une diatribe pisse-vinaigre.

Un projet d'une telle ampleur, 5,5 milliards, doit faire l'objet d'un vaste débat public. Le REM a été développé par la Caisse en vase clos, et non pas par le gouvernement du Québec, au terme d'un processus politique classique. 

Le débat général sur les orientations et les principes, qui aurait dû avoir lieu avant, a donc lieu après.

Ce chantier majeur ne peut pas être mené à terme sans retourner souvent sur la planche à dessin, sans être modifié dans des négociations, des échanges ou des interventions comme celles qui ont lieu devant le Bureau d'audiences publiques en environnement, dont la deuxième partie de l'audience a pris fin la semaine dernière.

Mais certaines interventions peuvent avoir un effet plus débilitant, et illustrent bien les dérives du débat public.

La médaille d'or revient au Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente entre autres les chauffeurs d'autobus et opérateurs de métro de Montréal, ainsi que ceux de Longueuil. On aurait pu croire que nos chauffeurs se réjouiraient de ce développement du transport en commun. Mais non ! « Il est clair que le projet du REM tel que proposé par CDPQ Infra ne devrait pas être autorisé par le BAPE. » Pourquoi ? Parce que cela « privatise une bonne partie du transport en commun métropolitain ». 

Le corporatisme primaire et les croisades idéologiques ont passé avant le bien commun.

Ma médaille d'argent va à Marc Demers, le maire de Laval qui, après une liste interminable de demandes, recommande que « CDPQ Infra évalue des scénarios alternatifs au REM et dépose ses conclusions auprès de l'Autorité régionale du transport », qui n'existe pas encore. Il ne dit pas non, mais veut qu'on reparte à zéro à grands frais et qu'on repousse le tout aux calendes grecques. Pourquoi ? Le REM comporte trop d'inconvénients pour sa ville ? Il veut s'affirmer face à Montréal ? Mais surtout, le maire de ce qui est, sur papier, la troisième ville en importance du Québec, est incapable de s'insérer dans une logique métropolitaine.

Le bronze va aux groupes environnementaux. Certains sont carrément contre, comme le Sierra Club. Équiterre et le Regroupement des conseils régionaux de l'environnement décrivent le projet comme « structurant », saluent l'ouverture au dialogue de CDPQ Infra, mais sont incapables de vraiment appuyer le REM. Ils ont présenté une longue liste de demandes et avertissent que leur « appui dépend donc de leur réalisation ». L'une d'entre elles, les connexions au métro, sera résolue. Mais la liste est trop longue, coûteuse et complexe - politiques massives de mitigation de l'étalement urbain, adoption d'une politique de développement durable, relance du tramway et du prolongement de la ligne bleue - pour qu'un gouvernement puisse y répondre. 

Au lieu d'applaudir, on est restés prisonniers de la logique militante, où il faut demander toujours plus, continuer le combat.

On pourrait donner une médaille de bronze ex aequo au monde agricole pour sa bataille contre l'utilisation d'une terre en friche de 32,6 hectares, zonée agricole, à la rencontre des autoroutes 10 et 30. On parle de l'équivalent de 50 terrains de football. Ça a l'air énorme. D'autres chiffres mettent les choses en perspective. La ferme moyenne de la région montréalaise compte 84 hectares. Ce lopin de terre équivaut donc à environ un tiers de ferme.

Le territoire agricole de la Montérégie compte 953 420 hectares, dont 40 % ne sont pas cultivés, soit 380 000 hectares. C'est 10 000 fois plus que la parcelle que l'on veut protéger. Je ne veux pas minimiser le problème réel de l'étalement urbain. Mais on peut s'y attaquer de façon plus intelligente qu'avec cette bataille de principe qui passe par une défense mécanique de chaque pouce carré.

Le débat est un élément essentiel de la vie démocratique. Mais à force de regarder les arbres un à un, on finit par oublier la forêt. La multiplicité des critiques à l'égard du REM, leur acrimonie, leur rayonnement médiatique, ne réussiront sans doute pas à tuer le projet, mais risquent fort de tuer l'enthousiasme et la fierté, de l'empêcher de devenir l'étincelle d'un élan collectif dont nous avons tant besoin.

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