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« L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est que ce mouvement puisse faciliter une convergence, mais à l'extérieur du Parti québécois », écrit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Un nouveau courant politique est né ! Jean-Martin Aussant, Gabriel Nadeau-Dubois et trois compères ont lancé un mouvement, « Faut qu'on se parle », qui s'apprête à parcourir le Québec dans une tournée de consultation sur l'avenir de la province.

Bravo ! On n'aura jamais assez de réflexion dans le débat public. Mais la sagesse devrait nous imposer un minimum de prudence pour attendre de voir ce que cet exercice donnera avant d'applaudir.

Ce qui m'a surtout frappé, c'est le contraste entre la couverture médiatique très généreuse dont a joui ce mouvement naissant et la marginalité de la mouvance politique dans laquelle il s'inscrit, la gauche de la gauche, là où la très grande majorité des Québécois ne sont pas.

Peu importe la forme que prendra « Faut qu'on se parle », il devra se trouver une place dans un périmètre politique assez restreint et pourtant déjà pas mal occupé par Québec solidaire, Option nationale et la frange du Parti québécois qui se reconnaît dans Martine Ouellet.

Comment expliquer ce déséquilibre ? Par la passion des médias pour la chose politique. Par les espoirs que suscite toute initiative hors de la politique traditionnelle. Pour la même raison, par l'attrait de la jeunesse, de la fraîcheur et de la nouveauté, avec le risque d'engouement pour la saveur du mois. Par l'espoir, chez des souverainistes, que cette initiative puisse donner un nouveau souffle à l'option et empêcher son implosion.

Et pourtant, on ne trouve pas grand-chose de particulièrement nouveau dans cette initiative. Les idées, qu'on peut deviner en regardant le programme d'Option nationale ou le site web de « Faut qu'on se parle », sont celles des courants qui se définissent comme progressistes, à gauche de la social-démocratie traditionnelle - opposition au modèle économique dominant, nationalisation des ressources naturelles, attachement à un système de santé complètement public, accession rapide à l'indépendance.

La méthode, celle d'une tournée de consultation, n'est pas non plus particulièrement originale. François Legault l'a fait, Bernard Drainville aussi pour le Parti québécois, sans oublier Justin Trudeau. N'oublions pas non plus qu'une consultation n'est jamais neutre. Les 10 questions que le mouvement veut poser dans sa tournée sont déjà des réponses, et il y a tout à parier que ceux qui participeront au processus ou qui voudront organiser des assemblées de cuisine appartiennent au club de ceux qui se demandent, comme les initiateurs du mouvement, « Indépendance : comment se remettre en marche ? », ou qui déplorent le fait que « les politiques de développement économique misent fortement sur l'entreprise privée traditionnelle ».

Qu'est-ce qui est différent, alors ? La personnalité des cinq initiateurs du mouvement, bons communicateurs, assez connus, surtout chez les auditeurs de Radio-Canada : Jean-Martin Aussant, fondateur d'Option nationale, Gabriel Nadeau-Dubois, la vedette du mouvement des carrés rouges, Alain Vadeboncoeur, urgentologue connu comme ancien président de l'organisme de gauche Médecins québécois pour le régime public, Claire Bolduc, agronome, ancienne présidente de Solidarité rurale, et la jeune militante crie Maïtée Labrecque-Saganash. La force du mouvement, à ce stade, réside surtout dans son fort potentiel médiatique.

Je me pose quand même des questions sur le pilier du mouvement, Jean-Martin Aussant, qui fait l'objet d'un buzz certain, avec son aura de dauphin de Jacques Parizeau, intelligent et éloquent, mais au parcours à la fois mince et méandreux.

Élu député péquiste en 2008, il quitte le PQ et fonde un nouveau parti, Option nationale. Le succès de ce parti aux élections de 2012 sera modeste ; 1,89 % des voix, surtout auprès de péquistes déçus ou pressés. Il quitte ensuite, à la surprise générale, le parti qu'il a fondé pour travailler à Londres dans une banque d'affaires au service du 1 % qu'il dénonce. Il revient ensuite au Québec pour diriger le Chantier de l'économie sociale. Il vient de réadhérer au PQ avant de fonder ce nouveau mouvement.

À quoi peut mener ce mouvement ? À un premier niveau, grâce à l'intelligence et à la visibilité de ses porte-parole, il pourra certainement dynamiser et faire progresser dans l'opinion publique les idées dites progressistes. Quoique ce ne soit pas une démarche sans écueils, notamment sur la question de la souveraineté : Jean-Martin Aussant est un ténor du référendum rapide quand la gauche, surtout chez les jeunes, ne se définit pas à travers l'indépendance.

Mais ensuite ? L'hypothèse la plus vraisemblable, quoiqu'on soit dans la haute spéculation, c'est que ce mouvement puisse faciliter une convergence, mais à l'extérieur du Parti québécois, à sa gauche, entre Québec solidaire, Option nationale et les éléments plus radicaux du PQ.

Car il serait vraiment étonnant qu'une telle démarche puisse donner un nouveau souffle au Parti québécois. Les protagonistes de ce mouvement sont trop à gauche, trop loin de la social-démocratie classique. Le virage qu'ils imposeraient serait trop radical pour aider ce parti à redevenir un parti de pouvoir.

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