Anticosti : à la défense de Pauline Marois

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« La politique du gouvernement Marois reposait sur une logique solide qui consistait à dire qu'il faudrait commencer par savoir s'il y avait du pétrole ou du gaz dans l'île d'Anticosti avant de se lancer dans de grands débats », écrit Alain Dubuc.

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La Presse

Les principaux candidats à la direction du Parti québécois se sont entredéchirés ce week-end pour savoir qui s'opposait avec le plus de vigueur à l'exploration pétrolière dans l'île d'Anticosti.

Martine Ouellet a dénoncé le fait que ses deux principaux adversaires, Alexandre Cloutier et Jean-François Lisée, aient voté en faveur d'une motion de la CAQ enjoignant le gouvernement Couillard à respecter ses engagements relatifs à l'exploration pétrolière et gazière dans l'île. Mais elle s'est fait rappeler que c'est elle, en tant que ministre de l'Énergie et des Ressources, qui avait signé le décret officialisant le contrat entre le gouvernement et les entreprises pétrolières.

Autrement dit, ces trois anciens ministres se chicanent à qui mieux mieux pour se distancer d'une décision du gouvernement dont ils étaient membres, celui de Pauline Marois, une politique qu'ils avaient appuyée et sans doute à laquelle ils ont adhéré, pas il y a un quart de siècle, il y a à peine deux ans.

Ce débat interne vigoureux fait oublier que la politique du gouvernement Marois reposait sur une logique solide qui consistait à dire qu'il faudrait commencer par savoir s'il y avait du pétrole ou du gaz dans l'île d'Anticosti avant de se lancer dans de grands débats. Si les travaux d'exploration nous apprenaient qu'il y avait effectivement un potentiel intéressant, ce serait alors le moment d'enclencher le processus d'évaluation, et surtout les audiences du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement.

C'est cette idée que l'ex-première ministre, reniée dans ce dossier par ses anciens collègues, a rappelé cette semaine : « Allons explorer et, s'il y en a, nous procéderons à un BAPE. »

C'était une démarche logique. Il n'y a aucune raison de déclencher un vaste processus de consultation et de débat public sur la production de pétrole au Québec s'il n'y en a pas dans notre sous-sol ou si les réserves n'ont pas d'intérêt commercial. À l'inverse, il est évident que la nature des débats serait influencée par l'ampleur des réserves. Cela s'inscrit parfaitement dans une logique de gouvernance de politiques reposant sur des faits probants.

Mme Marois a manifesté du courage en prenant cette décision à l'aube d'une campagne électorale, parce qu'elle allait à l'encontre de ceux - et ils étaient nombreux dans les strates de l'électorat qu'elle voulait séduire - qui s'opposaient à toute forme d'activité pétrolière dans le Golfe, y compris de modestes travaux d'exploration comme ceux qu'elle voulait encourager.

Rappelons que son adversaire, Philippe Couillard, alors chef de l'opposition, pensait la même chose : « Je suis pour ça, l'exploitation du pétrole. Ce que je regrette, c'est la façon dont le PQ a commencé ça. Je vais demander des explications. »

Ce qu'il reprochait à Mme Marois, ce n'était pas qu'elle ait donné le feu vert à une phase d'exploitation, mais qu'elle ait choisi d'investir massivement dans cette aventure, en s'associant à des entreprises d'exploration et en engageant des fonds publics importants, jusqu'à 115 millions, dans une activité hautement spéculative où un gouvernement n'a rien à faire.

À l'époque, j'avais appuyé cette participation gouvernementale, malgré son caractère risqué, parce qu'elle permettait au Québec, si les travaux débouchaient sur des résultats favorables, de mieux profiter de la manne pétrolière. Mais aussi parce que ce geste fort, quoique coûteux, était nécessaire pour que le gouvernement péquiste se remette sur les rails et compense les effets des messages extrêmement négatifs qu'il avait multipliés, notamment à l'égard de l'industrie minière.

Mais M. Couillard, une fois au pouvoir, s'est écarté de son approche rationnelle initiale. Il a d'abord exprimé son inconfort avec l'entente signée par le gouvernement précédent, pour ensuite dénoncer en termes très vifs l'idée même de faire de l'exploration dans l'île d'Anticosti, allant jusqu'à mettre des bâtons dans les roues du processus d'exploration dont son gouvernement était partenaire. Assez pour qu'on puisse craindre qu'il ne respecterait pas une entente signée par le Québec qui le liait, ce qui a donné lieu à la motion de la CAQ que les députés péquistes, sauf Mme Ouellet, qui s'était absentée de la Chambre, ont appuyée.

Mais le revirement qui étonne le plus, c'est la volte-face unanime des ex-ministres péquistes qui souhaitent maintenant succéder à Mme Marois.

Il est encore plus étonnant dans le cas de Mme Ouellet, qui renie une décision qui, officiellement, était la sienne comme ministre, et qui se trouve ainsi à contrevenir au principe de la responsabilité ministérielle.

Plus profondément, ce débat met en relief l'absence de continuité et de cohérence interne dans ce qui est toujours le deuxième grand parti au Québec. C'est comme s'il n'y avait pas un seul Parti québécois, mais une succession de Partis québécois, qui font table rase du passé et qui recommencent à zéro à l'arrivée de chaque nouveau chef - et il y en a eu plusieurs. Les bonnes âmes diront que c'est un parti qui se réinvente. Je dirais plutôt qu'il se cherche, et qu'il ne se trouve pas.

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