La remontée tranquille de la CAQ

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Selon le dernier sondage CROP-La Presse, le chef de la CAQ, François Legault, devançait Philippe Couillard comme celui qui ferait le meilleur premier ministre, 22 % contre 20 %, écrit notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Ces jours-ci, on parle tellement du Parti québécois, parce qu'il est au coeur d'une campagne à la direction, qu'on ne se rend peut-être pas compte qu'il est redevenu le troisième parti du Québec.

Pendant que les candidats péquistes s'embourbent dans les stratégies référendaires, la Coalition avenir Québec poursuit sa remontée. En novembre dernier, les appuis au PQ étaient plus que le double de celles de la Coalition avenir Québec, 35 % contre 16 %. Mais en mai, selon le dernier sondage CROP-La Presse, la CAQ, avec 27 % des intentions de vote, devançait légèrement les 26 % du PQ.

Le même sondage montrait aussi que le chef de la CAQ, François Legault, devançait Philippe Couillard comme celui qui ferait le meilleur premier ministre, 22 % contre 20 %.

Est-ce que cela signifie quelque chose ? Est-il possible que l'échiquier politique québécois soit en train de se transformer et que, tranquillement pas vite, la CAQ se dirige vers un nouveau rôle, celui de solution de rechange au pouvoir ?

Je le dis avec prudence. L'avance de la CAQ sur le PQ est minime et est peut-être éphémère.

D'autant plus que la carrière de François Legault à la tête de la CAQ a été une succession de moments d'espoirs suivis d'échecs décourageants.

Mais il est clair qu'il y a un espace politique que ce parti pourrait occuper, parce que le PQ est très vulnérable et que les libéraux au pouvoir suscitent un niveau élevé de mécontentement.

On pourrait rétorquer que la CAQ devance le PQ parce que ce parti n'a pas de chef. Mais en fait, la remontée de popularité de la CAQ remonte au mois de mars quand ses appuis sont passés de 18 % à 24 %. Le PQ avait un chef à ce moment-là, Pierre Karl Péladeau, et celui-ci, disait-on, était en pleine maîtrise de ses moyens. C'est la CAQ, ce printemps, qui a profité des difficultés du gouvernement Couillard, pas le PQ.

Est-ce que cela pourra changer avec un nouveau chef ? Si le Parti québécois n'a pas réussi à s'imposer avec un sauveur depuis un an et demi, on voit mal, parmi les candidats actuels, aussi sympathiques soient-ils, celui ou celle qui pourrait créer une espèce d'engouement ou qui pourrait représenter une menace pour le gouvernement libéral. Les chances de victoire du Parti québécois sont assez faibles et resteront faibles tant que le parti n'aura pas un débat transparent et lucide sur son option.

Bref, dans un contexte où le gouvernement est impopulaire et où l'opposition officielle, embourbée dans ses débats existentiels, n'est plus une alternative, il y a un vide que la CAQ peut combler.

C'est d'autant plus possible que la CAQ, au-delà des intentions de vote révélées dans les sondages, n'est pas un tiers parti marginal. Il joue un rôle majeur dans les débats publics et la production d'idées.

La relève du gouvernement Couillard, les deux jeunes ministres qui donnent une énergie nouvelle au cabinet, proviennent de cette mouvance.

Sébastien Proulx qui brasse de bonne façon la cage à l'Éducation était un député adéquiste. Dominique Anglade, qui donne un souffle nouveau au ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation, était présidente de la CAQ.

On sait aussi que les idées de François Legault ont souvent inspiré le gouvernement libéral. C'est encore une fois le cas avec le virage du gouvernement qui fait maintenant de l'éducation sa grande priorité, la marque de commerce de François Legault et qui, en plus, reprend une par une les propositions de la CAQ.

À cela s'ajoute le fait que c'est sans doute François Legault et son équipe qui ont été les plus redoutables dans leur opposition au gouvernement Couillard. Avec, je dois dire, un glissement qui m'inquiète. On avait vu dans la campagne électorale, et on le voit encore ce printemps, que la cote de François Legault monte quand il hausse le ton. Ce qui peut s'expliquer par la nécessité de se démarquer des libéraux avec lesquels il partage le même espace idéologique. Mais quand on hausse le ton, on risque parfois de sacrifier la rigueur. Et c'est ce que j'ai senti dans certains dossiers, comme la vente de Rona, où la CAQ a réussi à transformer en drame national ce qui n'était qu'un événement malheureux, mais mineur.

Quand la victoire devient possible pour un parti de l'opposition, celui-ci ne peut plus intervenir de la même façon. Dans ses critiques contre le gouvernement, il doit aussi penser à ce qu'il ferait s'il était au pouvoir. C'est là où François Legault est rendu.

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