Démission de Bernard Drainville : Puni par où il a péché

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« S'il y avait un large consensus sur la pertinence de baliser les accommodements raisonnables, le projet de charte de M. Drainville manquait de sagesse », écrit Alain Dubuc. Ci-dessus, le ministre Bernard Drainville pendant la commission parlementaire sur le projet de charte des valeurs, en 2014.

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Alain Dubuc
La Presse

Je n'ai pas beaucoup d'affection pour les politiciens populistes, du moins pour ceux dont le populisme attise la colère, carbure à l'indignation et avive les tensions.

C'est cette forme de populisme qui m'irrite chez Gaétan Barrette, et qui m'irrite tout autant chez Bernard Drainville. Voilà pourquoi je ne me désole pas du fait qu'il quitte la vie politique et qu'il démissionne de son poste de leader parlementaire de l'opposition officielle et de député de la circonscription de Marie-Victorin.

Dans les commentaires sur sa démission, ses proches ont bien tenté de dire que son véritable héritage, c'étaient les modifications qu'il a apportées à la loi électorale.

Mais il me semble assez évident que sa contribution la plus marquante, celle qui a eu le plus d'impact sur la vie politique québécoise et à laquelle son nom restera associé, c'est la charte des valeurs.

L'exemple même d'une politique populiste qui a fait un grand tort à la société québécoise.

S'il y avait un large consensus sur la pertinence de baliser les accommodements raisonnables, le projet de charte de M. Drainville manquait de sagesse, parce qu'il allait trop loin dans sa chasse aux signes religieux ostentatoires, ses menaces de congédiement des femmes voilées dans le secteur public et l'interdiction de la kippa qui auraient isolé le Québec en Amérique du Nord.

Mais surtout, derrière un noble discours de défense des grands principes de la laïcité et de l'égalité des sexes, le projet lui-même, et la façon dont il l'a défendu, a nourri des courants d'intolérance et réveillé ce qu'il y a de moins beau dans le nationalisme québécois. Ce double discours trahissait hélas un calcul politique, remuer les craintes identitaires pour marquer des points auprès d'un électorat moins urbain et plus traditionnel.

Bernard Drainville a cependant été puni par où il a péché. L'opération démagogique dont il était l'artisan s'est retournée contre lui. D'abord, son projet de charte a certainement contribué à la défaite du Parti québécois. Ensuite, c'est devenu un boulet qui a compromis sa carrière au sein de son parti. Il a été désavoué par de nombreux collègues qui ont révélé, après coup, leur malaise par rapport à ce projet et c'est ce qui explique sans doute pourquoi il n'a pas réussi à se classer deuxième derrière Pierre Karl Péladeau dans la course à la direction. Le fait qu'il se soit rallié à M. Péladeau et que celui-ci partageait cette même vision ethnocentrique du nationalisme l'a sans doute aidé à obtenir le poste de leader parlementaire. Mais le départ de M. Péladeau, comme il l'a expliqué hier, a précipité son propre départ.

Et comme tout bon populiste, il manie avec facilité l'art de dire une chose et son contraire. « Un élu qui choisit de son plein gré de démissionner en cours de mandat ne respecte pas le contrat moral qu'il a pris avec ses électeurs », a-t-il déjà déclaré. Je peux donc dire, sans me faire accuser de mauvaise foi, que Bernard Drainville n'a pas respecté son contrat moral. Et peut-être que je pourrais ajouter, l'indignation dans la voix, le sourcil froncé, comme il le faisait si bien, qu'il imposera aux citoyens des dépenses inutiles de 600 000 $ pour l'élection partielle qui choisira celui ou celle qui le remplacera.

Certains regretteront le départ de ce qu'on appelle un « parlementaire aguerri », redoutable dans la période des questions avec son ton agressif et ses effets de toge. C'est un talent apprécié par la classe politique prise dans son sens large, les parlementaires eux-mêmes, leur entourage, les commentateurs et observateurs qui les suivent de près.

Mais je crois que cette culture pugilistique, qui transforme les débats parlementaires en véritable cirque, a des effets désastreux sur la vie démocratique.

Les attaques répétées que favorise le parlementarisme de combat rendent l'exercice du pouvoir extrêmement éprouvant. Les excès verbaux nourrissent le cynisme des citoyens à l'égard des politiciens. Et surtout, la dénonciation systématique des gestes des gouvernements et des organismes publics finit par miner la confiance envers les institutions.

Bernard Drainville a décidé de poursuive sa vie professionnelle comme commentateur à la radio... à Québec, là où ça brasse. Ce passage représente un prolongement naturel de sa carrière. La station FM 93,3 est connue pour ses échanges musclés et ses propos démagogiques. Il sera dans son élément.

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