Briser le mur de l'indifférence

Si on se pose des questions sur l'éducation,... (Photo Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Si on se pose des questions sur l'éducation, ces jours-ci, c'est grâce à la Coalition avenir Québec, qui a eu le mérite de les lancer sur la place publique, écrit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Faut-il rendre les classes de maternelle accessibles à tous les enfants de 4 ans ? Faut-il rendre l'école obligatoire jusqu'à 18 ans ? On peut avoir d'interminables débats sur la pertinence et l'utilité de mesures comme celles-là. Mais d'une certaine façon, le fait de poser ces questions est plus important que les réponses qu'on pourrait leur donner.

Parce qu'évoquer ces pistes de solution montre qu'on accorde de l'importance à l'éducation, qu'on se préoccupe du sort des enfants que l'on confie au système d'éducation, et surtout de ceux dont le parcours scolaire est le plus difficile.

Et si on se pose ces questions, ces jours-ci, c'est grâce à la Coalition avenir Québec qui a eu le mérite de les lancer sur la place publique, avec l'essai du député caquiste Jean-François Roberge Et si on réinventait l'école ?, un colloque à Trois-Rivières la fin de semaine dernière et une déclaration non équivoque de François Legault qui fait de l'éducation la priorité de sa formation politique. Pas une des priorités, la priorité.

Dans son cas, on sait que ce n'est pas une simple manoeuvre de positionnement. D'abord, parce que François Legault a mis l'éducation au coeur de sa démarche tout au long de sa carrière. À ma connaissance, il a été, avec André Boisclair, le seul chef de parti à faire de l'éducation la priorité des priorités. Ensuite, parce que l'expérience nous montre qu'une telle profession de foi n'est pas politiquement rentable.

Comme le sujet mobilise relativement peu l'opinion publique, les politiciens hésitent à en faire un cheval de bataille. Les élections se gagnent sur la santé, pas sur l'éducation.

Par contre, cela protège François Legault du risque de se faire voler ses idées. D'autres partis peuvent bien flirter avec la maternelle à 4 ans ou l'école obligatoire jusqu'à 18 ans. Mais personne ne le suivra dans une démarche où c'est l'éducation qui passe d'abord. Le gouvernement Couillard, malgré un virage récent, est plutôt allé dans le sens contraire, et le PQ de Pierre Karl Péladeau n'a envoyé aucun signal en ce sens.

Le chef caquiste a raison de consacrer tant d'importance à l'éducation. Prise dans son sens large - de la CPE au doctorat, en passant par la formation professionnelle et les cours de français aux immigrants -, l'éducation est la politique sociale la plus puissante pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion, elle est aussi l'outil le plus puissant dont on dispose pour favoriser l'élévation du niveau de vie, en misant sur les compétences, la créativité, l'atteinte du plein potentiel de chacun.

Parce que c'est à la fois un vecteur de progrès social et un vecteur de prospérité, c'est l'avenir de notre système d'éducation qui devrait être notre grand projet de société.

Pourtant, on a du mal à mettre l'éducation au coeur de nos préoccupations au Québec. On le voit au peu d'appui que l'on donne à notre réseau universitaire. À notre grande tolérance à un taux de décrochage intolérable - ça change, on fait des progrès, mais notre taux de décrochage reste le pire au Canada. On le voit aussi à nos pratiques dans des domaines liés à la réussite scolaire, comme nos tristes habitudes de lecture - là aussi, les pires au Canada.

Les mesures évoquées par la CAQ méritent d'être étudiées. L'instauration de la maternelle à 4 ans repose sur l'idée que tout se joue avant 6 ans, et donc qu'il faut donner des outils aux enfants en bas âge pour mieux les préparer à l'école et éviter éventuellement l'échec. Mais faut-il généraliser cette formule ou plutôt concentrer les énergies sur les enfants dont le milieu familial prépare mal à l'école ? À l'autre bout du spectre, la formule de l'école jusqu'à 18 ans est intéressante. Elle semble permettre une réduction du décrochage, tout en dotant les jeunes d'un bagage de connaissances plus solide. Mais elle aura peu d'effets dans les milieux vraiment défavorisés : quand on décroche à 14 ans, le fait que l'école soit obligatoire à 18 ans plutôt qu'à 16 ne changera pas grand-chose. Bref, ce ne sont pas des solutions magiques.

Mais le premier devoir d'un leader politique, dans le dossier combien important de l'éducation, c'est de réussir à briser le mur de l'indifférence. Il faut voir les propositions de M. Legault comme des mesures phares, qui donnent un but, qui symbolisent l'effort collectif que nous serions prêts à entreprendre pour renverser la vapeur.

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