Ah, la jolie politique !

La Politique énergétique du gouvernement propose le passage... (PHOTO ANDRÉ TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE)

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La Politique énergétique du gouvernement propose le passage de 47,6 à 60,9 % des énergies renouvelables dans le bilan énergétique, souligne Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Ce qui frappe le plus avec la nouvelle politique énergétique du gouvernement Couillard, c'est qu'elle est jolie. L'énergie des Québécois, source de croissance, politique énergétique 2030 est surtout un beau document.

Soixante-cinq pages présentées à l'horizontale avec plein de couleurs, de dessins, de graphiques, de photos. Une mise en pages enjouée qui suggère du matériel scolaire pour élèves de cinquième secondaire. Je ne suis certainement pas contre les efforts de présentation graphique, mais il y a une place pour chaque chose. La plupart des éditoriaux ou des chroniques, par exemple, se prêtent mal à un traitement en bande dessinée.

Au Québec, une société qui compte beaucoup sur la production d'énergie et qui se préoccupe d'environnement, la politique énergétique du gouvernement est un outil important. On sait aussi que c'est très complexe. Comment peut-on réussir à la présenter dans une plaquette de 65 pages où, une fois qu'on a enlevé les préfaces, photos et dessins, il ne reste plus qu'un texte d'une trentaine de pages ? Le Plan économique du Québec 2016-2017 - le plus récent budget - en compte 560.

La réponse, c'est qu'on ne peut pas. Si la politique énergétique dévoilée en grande pompe la semaine dernière par le premier ministre, accompagné du ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand et de trois collègues ministres, tient en si peu de pages, c'est tout simplement parce que ce n'est pas une politique énergétique.

C'est tout au plus un énoncé général, une déclaration d'intentions.

En soi, il n'est pas mauvais qu'un gouvernement annonce ses intentions, qu'il nous dise où il veut aller. Pour résumer, Québec propose un changement important dans nos façons de produire et consommer l'énergie : une baisse de 40 % de la consommation de pétrole d'ici 15 ans ; des gains de 15 % en efficacité énergétique ; le passage de 47,6 à 60,9 % des énergies renouvelables dans le bilan énergétique, et donc plus d'énergies vertes ; un rôle important pour Hydro-Québec, pour exporter ses services et son énergie, pour augmenter son efficience ; un rôle plus important pour le gaz naturel dans cette période de transition ; le traitement des économies d'énergie comme une filière énergétique à part entière ; un organisme indépendant pour gérer ces grands changements.

Dans l'ensemble un plan ambitieux, mais raisonnable, capable de concilier les préoccupations environnementales et le développement économique. Mais on sait que l'important, ce n'est pas d'établir des cibles, mais bien de les atteindre. Cela dépendra des ressources qu'on y consacrera et de l'efficacité des moyens que l'on mettra en place. Comme dirait Yvon Deschamps, « On veut pas le sawoère, on veut le woère ».

Et c'est là le problème, qui explique sans doute le remplissage avec des petits dessins. Il n'y a pas de détails, pas de mesures concrètes. Comment se fait-il que le gouvernement, après deux ans au pouvoir, après plein de consultations, avec en poche l'exercice de réflexion du gouvernement Marois, soit si peu avancé ?

Ça donne, dans le document, plein de phrases du genre : le gouvernement « sensibilisera davantage les citoyens », « fournira des pistes de solution », « accompagnera les ménages et les entreprises qui feront le choix d'acquérir un véhicule neuf électrique ou à faible empreinte carbone ». Comment ? Un lift pour aller chez le concessionnaire ?

La perle, pour moi, est la suivante : le gouvernement « entreprendra une réflexion sur ce qui fait obstacle à l'adoption, par les citoyens et les entreprises, de meilleures pratiques ». Bref, on va commencer à essayer de comprendre pourquoi les moyens qu'on n'a pas encore annoncés ne fonctionneront pas.

On note aussi une disproportion entre les ambitions, surtout la réduction de la consommation de pétrole, et les moyens relativement modestes qui sont proposés, une somme de 4 milliards, 285 millions par année, qui n'est pas de l'argent frais.

Je reste enfin perplexe sur un autre élément : le fait qu'on espère réduire la consommation d'énergie sans signal de prix. La politique réitère la volonté de maintenir la hausse des tarifs d'électricité sous le rythme d'inflation. Cela veut dire que notre électricité, à peu près la moins chère d'Occident, sera encore moins chère. Difficile, quand la facture n'est pas lourde, de convaincre les gens de faire des efforts, d'économiser l'énergie ou d'investir dans des sources d'énergie alternatives plus coûteuses.

Je sais que toucher aux tarifs d'électricité est un tabou. Mais ne pas le faire limite la capacité du Québec de s'engager de façon crédible dans une révolution énergétique.

«Si la politique énergétique tient en si peu de pages, c'est tout simplement parce que ce n'est pas une politique énergétique. C'est tout au plus une déclaration d'intentions.»


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