Vers un déficit de 30 milliards ?

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Alain Dubuc
La Presse

Depuis quelques mois, on savait que le déficit du gouvernement fédéral serait plus élevé que les 10 milliards dont avaient parlé les libéraux en campagne électorale. Mais on se demandait jusqu'où irait le ministre des Finances Bill Morneau. Nous avons probablement la réponse. À la lumière des projections financières qu'il a présentées lundi, on pourrait fort bien se retrouver, dans son budget du 22 mars prochain, avec un déficit de 30 milliards.

Le contraste est saisissant. En avril dernier, quand le budget conservateur annonçait le retour aux surplus, l'idée d'un déficit de plusieurs dizaines de milliards aurait été impensable. À peine 10 mois plus tard, elle est devenue acceptable, parce que tout a changé, le contexte politique, mais aussi le contexte économique.

Le budget du printemps dernier prévoyait une croissance de 2,2 % du PIB réel canadien pour 2016, ce qui avait été ramené à 2,0 % cet automne. Dans les plus récentes projections du secteur privé, dont se sert le gouvernement fédéral pour établir son budget, elles sont encore révisées à la baisse, à 1,4 %. Ce n'est pas une surprise. Ces chiffres rejoignent ceux de la Banque du Canada et de l'OCDE.

Ils reflètent l'impact sévère pour l'économie canadienne des prix bas du pétrole et le ralentissement mondial.

Mais pour le gouvernement fédéral, ce n'est pas le PIB réel qui compte, mais le PIB nominal, celui qui englobe l'inflation, parce que celle-ci contribue à gonfler les revenus fiscaux. Ce PIB nominal est beaucoup plus affecté par le contexte économique actuel où la croissance est faible et l'inflation aussi. Ce PIB nominal augmentera de 2,4 % plutôt que de 4,2 % comme on le croyait à l'automne. C'est cela qui explique que le document fédéral Perspectives de l'économie canadienne prévoit maintenant que le déficit, au lieu d'être de 3,9 milliards comme on le croyait à l'automne, bondira à 18,4 milliards en 2017 et à 15,5 milliards l'année suivante.

Soulignons que les politiques libérales n'y sont presque pour rien. Leurs mesures -  des baisses d'impôt en janvier et quelques nouvelles dépenses, comme l'accueil des réfugiés syriens - ne totalisent qu'environ deux milliards. Le reste, soit la quasi-totalité, tient à la chute des revenus fiscaux, et peut être considéré comme le fruit du contexte économique et financier dont a hérité le nouveau gouvernement.

Cela soulève néanmoins une question. Si le ministre Morneau se retrouve maintenant avec un déficit substantiel, peut-il y ajouter les engagements additionnels de 10 milliards promis en campagne, ce qui ferait grimper le déficit à plus de 25 milliards ? Ou au contraire, étant donné ce contexte financier plus difficile, devrait-il prendre des mesures pour éviter une explosion ?

En campagne, les libéraux n'avaient pas convaincu tout le monde de la nécessité de stimuler l'économie. Rétrospectivement, le contexte économique leur donne raison. 

Le ralentissement est assez prononcé pour justifier des politiques de relance. Mais 18,4 milliards de déficit, n'est-ce pas suffisant ? Ce déficit ne constitue pas un effort de relance, ce n'est pas de l'argent que l'on injecte dans l'économie, mais tout simplement de l'argent qui n'entre pas dans les coffres publics, parce que les revenus des citoyens et des sociétés ne sont pas au rendez-vous.

L'idée d'injecter des fonds publics dans l'économie se défend donc encore plus que pendant la campagne électorale. On pourrait aller plus loin et dire que le déficit de 10 milliards prévu par les libéraux n'est sans doute plus suffisant. C'est ce qui me fait croire que le déficit atteindra les 30 milliards. Le gouvernement Trudeau pourra en cela compter sur des appuis importants, à commencer par ceux du Fonds monétaire international et de l'OCDE qui enjoignent aux pays de prendre des mesures pour stimuler la croissance. C'est également ce que semble souhaiter la Banque du Canada.

Cela laisse toutefois entière la crainte que ce retour aux déficits déclenche un engrenage dont on aura du mal à se sortir. Certains éléments permettent d'atténuer ces inquiétudes : les traditions canadiennes de déficit zéro, tant chez les libéraux que les conservateurs, le fait que le ralentissement dont souffre le Canada sera de courte durée selon les organismes de prévision, le fait que les dépenses fédérales ne sont pas en explosion et la marge de manoeuvre du gouvernement fédéral, relativement peu endetté.

Mais nous serons tous plus rassurés si le premier budget du ministre Morneau comporte des garde-fous solides, qui identifient clairement les mesures de relance temporaires, qui font en sorte que celles-ci ont un début et une fin. Et surtout, s'il comporte un plan précis et crédible de retour à l'équilibre, comme on en a retrouvé dans les budgets conservateurs ou dans ceux des gouvernements du Québec.

Je serais encore plus rassuré si le nouveau ministre s'éloignait du jovialisme électoral. Le communiqué où il a annoncé lundi le début des consultations prébudgétaires et le dépôt de ces nouvelles projections financières était bavard lorsqu'il s'agissait de parler de la « nouvelle voie » de son gouvernement pour « renforcer la classe moyenne », mais silencieux lorsqu'il s'agissait de donner l'heure juste. Le communiqué disait tout au plus que la mise à jour des projections « a entraîné un ajustement à la baisse des perspectives budgétaires ». Pas de chiffres, pas un mot sur le déficit. Ce n'est pas ma définition de la transparence.

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