Tribulations dans un système opaque

« S'il y a une chose que les gens... (Photo Olivier PontBriand, archives La Presse)

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« S'il y a une chose que les gens veulent savoir sur leur système de santé, c'est combien de temps ils attendront aux urgences », rappelle notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

S'il y a une chose que les gens veulent savoir sur leur système de santé, c'est combien de temps ils attendront aux urgences. Parce que c'est une information essentielle quand il faut aller à l'hôpital. Parce que c'est une mesure de performance du système de santé qui, malgré ses limites, revêt une valeur de symbole.

C'est pour cette raison que ma curiosité a été piquée en lisant, juste avant Noël, une intéressante nouvelle de ma collègue Louise Leduc où elle présentait des données produites pour la première fois par le ministère de la Santé et des Services sociaux sur le temps d'attente aux urgences avant d'être vu par un médecin : 2 heures et 25 minutes.

Mon premier étonnement, c'était d'apprendre que ces données n'existaient pas avant. Le second, c'est de découvrir que le ministère n'a pas publié ces données. C'est ma collègue qui a réussi à les obtenir. Et pour y parvenir, il a fallu qu'elle évoque un recours à la loi sur l'accès à l'information.

Ces données ne sont toujours pas disponibles au grand public. L'incident illustre la culture d'opacité de notre système de santé.

Cette absence de transparence est grave, non seulement parce que les gens ont le droit de savoir, mais aussi parce que l'information est un outil précieux pour améliorer le système de santé, en fournissant des éléments qui permettent de poser des questions et de nourrir le débat public, en facilitant les comparaisons qui encouragent l'émulation.

Le Québec, on le sait, est en retard en ce qui a trait à l'accès à son système de santé. Il est également très en retard pour l'information. Les deux choses sont liées. Pour montrer l'ampleur de ce retard, je vous propose de parcourir trois sites officiels, celui de notre ministère, celui de nos voisins ontariens, et celui de l'État de Nouvelle¬Galles du Sud, en Australie, un modèle en la matière, pour voir l'information qu'on y trouve sur les urgences. La comparaison est assassine.

AU QUÉBEC

Le site de notre ministère propose une page d'accueil brouillon, avec une quarantaine d'éléments. Le sujet principal, qui fascinera les foules, portait sur la « Réorganisation du réseau de la santé et des services sociaux ». Les urgences ? Nulle part.

Mais à droite, un petit onglet « accès aux services », qui semble prometteur. Fausse alerte. Il ne porte que sur les délais pour certaines chirurgies.

Je reviens donc à la page d'accueil. J'essaie de faire une recherche dans l'espace prévu à cette fin, en demandant « urgence, temps d'attente ». Dans les 2600 résultats obtenus, le premier, « RSSS 06 Situation dans les salles d'urgence Montréal », semble prometteuse.

Ça m'amène à une page sur la situation quotidienne dans les salles d'urgence à Montréal. Yé ! Je clique. Zut ! : « Rapport temporairement hors service ! ». (Miracle, vendredi après-midi, il était finalement disponible !)

Mais la page où je m'étais retrouvé me donnait un indice. Le début de son adresse me dit qu'il semble y avoir un site nommé « informa ».

Je me suis donc rendu à l'adresse en question, décrite comme un « espace informationnel ». Il est quand même curieux que le ministère ne fasse aucune allusion à ce site plein d'information sur sa page d'accueil. On y trouve, en cherchant un peu, un onglet « situation des salles d'urgence ».

Je clique pour retrouver la liste des rapports pour les régions du Québec. Ces données décrivent le nombre de lits dans les urgences, les lits occupés, les délais d'attente - autour de 20 heures - , qui présentent surtout le temps pour obtenir un vrai lit d'hôpital. Pas très utile quand son enfant a une otite. Bref, c'est l'échec.

Les Québécois disposent toutefois d'un autre recours, le Commissaire de la santé et du bien-être.

Celui-ci a, entre autres mandats, celui d'informer le public. Mais il faut aimer les rapports savants et sans doute avoir un doctorat pour apprécier l'information qu'il propose, être intéressé par des « résultats en pourcentage d'atteinte de la balise ».

EN ONTARIO

Et l'Ontario ? Le site bilingue du ministère ontarien de la Santé est épuré. Une page d'accueil dont le thème principal, tiens, tiens, est « vos services en santé ». Celui-ci comporte six éléments, dont « délais d'attente en Ontario ». Je clique. Trois choix : urgences, chirurgie et soins de longue durée. Je clique sur urgences. On y explique que « la déclaration du temps que les patients passent à l'urgence est un élément important de l'engagement du gouvernement ». Tiens, tiens. On arrive sur une page où on peut mettre le nom de sa ville ou son code postal pour avoir une carte des hôpitaux à proximité et le temps d'attente pour chacun d'entre eux entre le triage et le départ à la maison. En général, deux ou trois heures. C'est sommaire, mais clair et convivial.

EN AUSTRALIE

Enfin, la Nouvelle-Galles du Sud, l'État australien où se retrouve Sidney, qui, avec ses 7,2 millions d'habitants, ressemble un peu au Québec. Cet État, traumatisé il y a quelques années par une erreur médicale qui a provoqué la mort d'une fillette, a lancé une vaste réforme de son système de santé. L'information était un élément central parce qu'elle permet le benchmarking, parce qu'elle force à la reddition de comptes et favorise l'émulation. L'État a ainsi créé un Bureau of Health Information, indépendant, qui publie une masse de données, très fouillées, notamment un rapport trimestriel extrêmement complet sur les hôpitaux, avec une foule d'indicateurs sur les admissions et l'attente, comme le temps médian d'attente pour le début du traitement, en minutes. J'ai découvert l'existence de cette institution quand son PDG faisait une présentation à Montréal sur le système de santé de la Nouvelle-Galles du Sud avant Noël au Conseil des entreprises privées en santé et mieux-être, le CEPSEM.

Le grand paradoxe, c'est que cet organisme est dirigé par un Québécois, le Dr Jean Frédéric Lévesque.

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