Vivre très vieux

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« Vivre jusqu'à 90 ans deviendra la norme plutôt que l'exception », explique notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Plus tôt cette semaine, La Presse nous apprenait que l'espérance de vie des Québécois atteint maintenant 82 ans. Les progrès sont considérables : les Québécois vivent sept ans de plus qu'il y a 35 ans.

Mais une autre mesure décrit de façon encore plus saisissante ce grand phénomène de société qu'est la prolongation de la vie humaine : le fait que les gens, au Québec comme dans la plupart des sociétés industrialisées, vivront longtemps, comme jamais dans l'histoire de l'humanité. Cette mesure, l'espérance de vie à 65 ans, permet de dire que le fait de vivre jusqu'à 90 ans deviendra la norme plutôt que l'exception.

L'espérance de vie à la naissance, la mesure la plus utilisée, tient compte de l'ensemble des facteurs qui déterminent la durée de la vie, y compris la mortalité infantile, les suicides et les accidents, qui touchent davantage les adolescents et les jeunes adultes.

L'espérance de vie à 65 ans nous dit combien d'années il reste à vivre à quelqu'un qui arrive à l'âge officiel de la retraite en ayant évité tous ces écueils. Elle est de 19,1 années pour les hommes et de 22,2 années pour les femmes, selon le Bilan démographique 2015 de l'Institut de la statistique du Québec (ISQ).

En moyenne, un Québécois de 65 ans peut donc s'attendre à vivre jusqu'à 84,1 ans, une Québécoise, jusqu'à 87,2 ans : 85,8 ans pour les deux sexes. On peut exprimer les choses d'une autre façon. Un homme de 65 ans a une chance sur deux de dépasser 84 ans et une femme, 87 ans. On peut aussi dire que la moitié des gens dépasseront ces seuils.

Ce n'est pas tout. Le bond de l'espérance de vie des dernières décennies est dû aux gains chez les personnes plus âgées, surtout grâce aux progrès de la médecine et des changements dans les habitudes de vie. Mais il y a d'importantes disparités dans l'espérance de vie. Les gens plus éduqués ou aux revenus plus élevés vivent plus longtemps parce qu'ils ont un meilleur accès aux soins de santé, sont mieux informés et sont plus susceptibles de modifier leurs habitudes. Ces gens plus favorisés - c'est le cas de la plupart des lecteurs de La Presse - peuvent ajouter 3 ans à leur espérance de vie.

Ce n'est pas fini parce que l'espérance de vie continue de progresser : elle a grimpé de 3,2 années en à peine 20 ans. Si la tendance se maintient, les Québécois qui ont 45 ans aujourd'hui pourront rajouter un autre trois ans à l'espérance de vie qu'ils auront à l'âge de la retraite.

Ces données nous disent que les Québécois, tant les hommes que les femmes, doivent se préparer, en moyenne, à vivre jusqu'aux alentours de 90 ans ou au-delà.

Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Tout dépend. De façon générale, les gens veulent vivre, et la prolongation de la vie est donc une victoire. Encore faut-il que l'on puisse profiter de ce temps que nous avons collectivement volé à la mort. Mais ces années additionnelles sont souvent hypothéquées par les maladies chroniques, par l'Alzheimer, et ne s'accompagnent donc pas toujours d'une grande qualité de vie. C'est pourquoi il faut aussi regarder une autre mesure, l'espérance de vie en santé.

La prolongation de la vie complexifie également le phénomène du vieillissement. Celui-ci s'explique d'abord par le déséquilibre entre le poids élevé des générations plus âgées, gonflées par le baby-boom d'après-guerre, et le poids plus faible des générations qui les suivent, réduites par les faibles taux de natalité. Le fait que ces retraités vivront beaucoup plus longtemps accroît le déséquilibre.

Cela pose des défis pour les gens plus âgés eux-mêmes, qui devront prévoir des épargnes pour une période beaucoup plus longue et seront confrontés à des problèmes d'hébergement croissants à mesure qu'ils vieillissent. Cela crée des pressions considérables, dont on a beaucoup parlé, sur les régimes de retraite ou les dépenses de santé.

Mais il y a d'autres enjeux dont on parle beaucoup moins. En 2011, on dénombrait 333 000 Québécois de plus de 80 ans. En 2061, selon les projections de l'ISQ, il y en aura 1,2 million. Il y avait 1200 centenaires en 2011, il y en aura 33 600 en 2061. Si rien ne change, une Québécoise sur vingt peut s'attendre à vivre jusqu'à 100 ans.

Le défi du Québec, ce sera celui de la prise en charge de cette armée d'octogénaires, de nonagénaires et de centenaires.

Ce défi n'est pas que financier. Il nous forcera à une réorganisation importante de notre vie collective - le logement, les transports, les infrastructures publiques, les services gouvernementaux - d'une ampleur dont nous n'avons pas conscience et pour laquelle nous ne sommes pas prêts.

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