Que sont devenus nos hivers ?

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« Pour la moitié la plus âgée de la population, les hivers de notre enfance, avec leurs tempêtes, leurs énormes bancs de neige, étaient bien plus hivernaux que ceux d'aujourd'hui », rappelle notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Le Noël sans neige que la nature nous a donné cette année à Montréal a certainement renforcé la conviction pour bon nombre d'entre nous qu'on n'a plus les hivers qu'on avait.

Pour la moitié la plus âgée de la population, celle qui peut se souvenir du premier Star Wars, les hivers de notre enfance, avec leurs tempêtes, leurs énormes bancs de neige, étaient bien plus hivernaux que ceux d'aujourd'hui.

Il est vrai que nos souvenirs peuvent être imprécis. Il n'y a rien de plus subjectif et de sélectif que la mémoire météorologique. Encore plus celle d'un enfant pour qui un banc de neige bien ordinaire pourra paraître gigantesque.

Mais les statistiques donnent raison aux nostalgiques des hivers d'antan. Ça a vraiment changé. Peut-être avez-vous vu les topos des météorologues d'ICI Radio-Canada, ou leur blogue, qui voulaient répondre à la question qu'on a dû leur poser des centaines de fois avec le mois de décembre que nous avons eu : « Est-ce qu'on va avoir un Noël blanc ? » Les Québécois, on le sait, même ceux qui détestent l'hiver, veulent quand même de la neige pour le réveillon.

On sait que la réponse, c'est non. Mais les météorologues, en répertoriant les niveaux de neige au sol depuis 1955, ont recensé 12 Noëls sans neige depuis cette époque. Cela permettait de dire que la probabilité qu'il y ait de la neige pour le Noël de cette année était de 78 %. À Québec, où il fait plus froid et où il neige beaucoup plus, cette probabilité était de 98 %.

Mais ces statistiques montraient quelque chose d'autre, à mon avis plus révélateur, et c'est que la probabilité d'avoir un Noël blanc baisse d'une décennie à l'autre. Entre 1965 et 1984, cette probabilité était de 85 % à Montréal. Pour les années les plus récentes, la période entre 1994 et 2013, elle n'est plus que de 70 %.

Cette transformation du climat est bien documentée dans le Plan d'adaptation aux changements climatiques publié par la Ville de Montréal en novembre, qui repose sur les données climatiques et les projections d'Ouranos, un consortium canadien de scientifiques spécialisés dans les changements climatiques.

Comme ailleurs sur la planète, on a observé une augmentation de la température moyenne. Entre les années 1970 et les années 2000, elle a augmenté d'un degré dans le sud du Québec. Un petit degré qui a provoqué des changements énormes.

Quand on compare la période de 30 ans entre 1955 et 1984 à la période de 30 ans qui suit, celle de 1985 à 2014, on découvre qu'il y a neuf jours de plus de croissance végétale, et donc, à l'inverse, 9 jours de moins où le gel et le froid imposent une pause à la nature. On observe également une réduction de cinq jours de la période de gel ainsi qu'une réduction, encore plus spectaculaire, de 30 jours, de la période d'enneigement.

Le nombre de jours où la région montréalaise est couverte de neige l'hiver est passé de 103 à 73, un mois de moins.

Tout cela montre que ce n'est plus comme avant. Cela s'explique sans doute par les premiers effets du réchauffement climatique, quoique d'autres facteurs aient pu jouer, comme le hasard météorologique. La météo est imprévisible. On l'a vu l'an dernier quand la planète a connu son mois de février le plus chaud depuis qu'on tient des statistiques, sauf au Québec, où ce fut le mois de février le plus froid.

Mais les projections sur les effets du réchauffement climatique montrent aussi que le processus s'accélérera. Ouranos prévoit une augmentation de 2 à 4 degrés entre 2041 et 2070, ce qui raccourcira la période de gel de deux à quatre semaines et celle de l'enneigement de six à huit semaines. Mais s'il fait moins froid, il y aura d'autres désagréments, plus d'épisodes de gel-dégel, plus de tempêtes destructrices, plus de verglas, plus de crues brutales.

Il ne faut cependant pas oublier que, malgré l'adoucissement observé depuis 30 ans, Montréal n'est pas pour autant une ville tempérée. En faisant la recherche pour un livre sur l'hiver, le froid et la nordicité que je publierai en janvier, dont le titre, Maudit hiver, indique où je me situe, j'ai découvert que Montréal est la métropole la plus froide du monde industrialisé, plus froide même que Moscou. Nous n'avons peut-être plus les hivers d'antan, mais nous avons toujours de terribles hivers.

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