Il n'y a pas de crise à Ottawa

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« C'est, pour le ministre des Finances Bill Morneau, une situation qui se gère », juge notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Au premier abord, le nouveau ministre canadien des Finances, Bill Morneau, semble être dans l'eau chaude. La Mise à jour des projections économiques et financières qu'il a rendue publique hier révèle que le solde budgétaire s'est creusé d'environ 6 milliards en moyenne par année depuis le dépôt du dernier budget conservateur d'avril dernier.

Un trou de 6 milliards, ce n'est pas rien. Assez pour que se multiplient les spéculations sur ce que fera le gouvernement Trudeau pour tenir ses promesses électorales. En campagne, les libéraux ont annoncé des déficits pour quatre ans, et surtout 9,9 milliards l'an prochain et 9,5 milliards dans deux ans. Que feront-ils maintenant ? Les gonfler à 15 milliards ? Abandonner leurs promesses ?

Ce n'est pas dans ces termes que se pose la question. La situation est sérieuse à cause de la baisse du prix du pétrole et du ralentissement de l'économie canadienne que cela a provoqué.

Mais les données de cette mise à jour montrent que ces problèmes sont moins dramatiques qu'il n'y paraît et qu'ils seront gérables.

Mais avant, petit rappel sur les chiffres. Pour 2015-2016, l'année qui s'achève, on se dirige, selon cette mise à jour, vers un déficit de 3,0 milliards plutôt qu'un surplus de 2,4 milliards. Un écart de 5,4 milliards. Pour 2016-2017, un déficit de 3,9 milliards plutôt qu'un surplus de 2,7, soit un écart de 6,6 milliards. Pour 2017-2018, un déficit de 2,4 milliards au lieu d'un surplus de 3,6 milliards, donc un écart de 6 milliards. Enfin, pour 2018-2019, un déficit de 1,4 milliard plutôt qu'un surplus de 4,6 milliards, un écart de 5 milliards. Voilà.

Notons que cette mise à jour est un document économique et financier rédigé par le ministère des Finances plutôt qu'un texte politique écrit par le ministre des Finances. On n'y trouve pas les exagérations typiques des nouveaux gouvernements stupéfiés par ce qu'ils découvrent en « ouvrant les livres ». Il s'agit plutôt d'un exercice technique où l'on chiffre avec plus de précision, et avec l'avantage du recul, l'impact sur les équilibres budgétaires de la détérioration de l'économie.

Pourquoi dire que la situation ne semble pas dramatique ? D'abord, parce que même avec ces nouveaux chiffres, le gouvernement fédéral n'est vraiment pas en crise. Les déficits dont on parle, 3,0 milliards cette année, 3,9 l'an prochain, encore moins les années suivantes, sont modestes à l'échelle canadienne.

Ensuite, parce qu'on compare des pommes et des oranges. Le ministre Morneau a introduit un élément de prudence dans ses projections. Reprenant la tradition instaurée par Paul Martin et suivie par Jim Flaherty, il a réduit de 20 milliards les projections du PIB des organismes privés, ce qui a une incidence de 3 milliards sur les équilibres budgétaires. Ces nouvelles projections comportent donc un coussin de 3 milliards par année. Sans cette mesure de prudence, le déficit serait plutôt autour de zéro.

En plus, rappelons-nous que le plan financier libéral présenté en campagne électorale ne reposait pas sur les projections rose bonbon du gouvernement Harper, mais sur une révision faite en juillet par le Directeur parlementaire du budget pour tenir compte du contexte économique. Les libéraux avaient ainsi réduit d'un à deux milliards, selon les années, les projections conservatrices. Le trou avec lequel ils doivent composer maintenant n'est donc pas de 6 milliards, mais plutôt de 4 ou 5.

C'est ainsi que si le gouvernement Trudeau respectait entièrement ses promesses, le déficit de l'an prochain serait de 14,4 milliards au lieu des 9,9 prévus en campagne électorale, et celui de l'année 2017-2018 serait de 14,1 milliards au lieu de 9,5. Quand on tient compte du coussin de 3 milliards que, traditionnellement, le gouvernement fédéral n'a pas à utiliser, on n'est pas très loin de la barre de 10 milliards.

À cela s'ajoute un dernier facteur qui devrait désamorcer les inquiétudes : ces nouvelles projections, comme les anciennes, montrent qu'il existe, au niveau fédéral, une tendance lourde à la réduction automatique du déficit, parce que les revenus augmentent plus vite que les dépenses. Dans cette mise à jour, Ottawa revient en situation de surplus en 2019-2020 sans avoir à faire quoi que ce soit.

C'est donc, pour le ministre Morneau, une situation qui se gère. Soit en contrôlant davantage les dépenses dans des secteurs moins stratégiques, soit en modulant légèrement dans le temps certains engagements, soit en acceptant, au nom de la relance économique, un déficit en fait à peine plus élevé que celui que les libéraux avaient évoqué en campagne électorale.

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