La stratégie du désespoir

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François Legault a été victime des événements, croit Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Comme l'ont bien montré les résultats des élections partielles de lundi, la Coalition avenir Québec est dans une impasse, coincée entre les libéraux et les péquistes, et manifestement incapable de trouver sa place. Une impasse symbolisée par la victoire de Dominique Anglade, l'ancienne présidente de la CAQ, qui vient d'être élue députée libérale.

La vie politique est certainement injuste. François Legault ne méritait pas ce qui lui arrive. Sa contribution à la vie politique a été significative. Il a fait preuve de courage en proposant une voie qui permettrait de nous extraire du débat stérile entre fédéralistes et souverainistes. Il a contribué de façon très positive à notre réflexion sur le développement économique et joué un rôle de générateur d'idées dont s'est largement inspiré le gouvernement Couillard. Ses efforts ont d'ailleurs failli porter ses fruits, comme on l'a vu avec ses succès vers la fin de la dernière campagne électorale.

Mais le chef caquiste a été victime des événements. L'arrivée de Pierre Karl Péladeau, sans donner des ailes au Parti québécois, a polarisé le débat politique d'une façon qui favorise les libéraux et marginalise la CAQ. En outre, avec ses politiques d'austérité, le gouvernement Couillard occupe maintenant le terrain qui était celui de la CAQ, la droite du centre.

Bref, François Legault est pris en sandwich entre les libéraux et les péquistes. On le comprend donc d'avoir voulu donner un coup de barre pour s'extraire de cette situation inconfortable et pour devenir l'une des deux tranches de pain plutôt que la tranche de jambon.

C'est dans cet esprit qu'il a proposé, lors du conseil général de son parti ce week-end, un virage résolument nationaliste, avec nouveau logo bleu en prime. Un virage qui repose sur un calcul politique que le chef caquiste a expliqué avec franchise. Cette position très nationaliste permettrait à la CAQ de se distinguer des libéraux qui professent un fédéralisme classique, et des péquistes dont le projet d'indépendance mène à une rupture rejeté par une solide majorité de Québécois.

Théoriquement, la CAQ se positionnerait là où sont les Québécois.

Mais en pratique, ce virage soulève de nombreuses questions. Premièrement, cette stratégie nationaliste repose sur une panoplie d'initiatives, rapatriements de pouvoirs, transfert de points d'impôt, modifications constitutionnelles, comme la nomination des juges de la Cour suprême, gestes d'affirmation, comme l'application de la loi 101 aux secteurs de juridiction fédérale. Difficile de ne pas ressentir un sentiment de déjà vu, de ne pas penser au rapport Allaire qui a donné naissance à l'ADQ, ou au virage autonomiste que Mario Dumont a déjà proposé pour relancer son parti. On y retrouve la même conception du fédéralisme, qu'on peut qualifier de fédéralisme de liste d'épicerie, avec des demandes conçues en vase clos sans tenir compte des dispositions de l'interlocuteur canadien, et qui, pour cela, risque de se terminer en queue de poisson.

Deuxièmement, j'arrive mal à voir là-dedans un projet qui puisse être mobilisateur. Un catalogue ne constitue pas un projet de société. Les Québécois sont majoritairement favorables à un fédéralisme renouvelé, ce qui, dans leur esprit, implique plus de pouvoirs pour le Québec. Mais ce n'est pas une question qui les préoccupe et les intéresse. On voit mal comment d'interminables discussions avec Ottawa et les autres provinces pourraient créer un élan et une cohésion.

Troisièmement, même si la CAQ affirme que sa démarche s'est faite sous le sceau du pragmatisme, la plupart de ses propositions semblent davantage chercher à réveiller des élans identitaires qu'à donner des outils qui permettraient concrètement au Québec de progresser davantage. Par exemple rapatrier les fonds fédéraux destinés à la culture quand le Québec est largement gagnant, qu'il reçoit le tiers des fonds fédéraux destinés à la culture et que le monde culturel est très satisfait du fonctionnement des institutions culturelles canadiennes. Ou encore le contrôle sur les quelque 30 % de l'immigration qui ne sont pas déjà sous juridiction québécoise, essentiellement les réfugiés et la réunification des familles, des catégories où un gouvernement, peu importe lequel, à peu de contrôle.

Quatrièmement, on a du mal à trouver un lien logique entre cette énorme offensive et les autres objectifs que se fixe la CAQ. « Le niveau de richesse collective du Québec est inférieur à celui de l'Ontario et à celui du reste du Canada. Il est urgent d'éliminer ces écarts. Cet objectif doit devenir LA priorité du gouvernement du Québec », affirme le document.

On cherche en vain en quoi ce vaste chantier, cet interminable catalogue de demandes, avec l'énergie considérable que cela exigerait, pourra aider à la création de richesse à laquelle croit tant M. Legault. La démonstration n'a pas été faite.

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