Le passage du rêve à la réalité

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Le choix de Bill Morneau comme ministre des Finances, un dirigeant d'entreprise respecté dans le monde des affaires, indique que le premier ministre Trudeau n'est pas insensible aux demandes des milieux financiers et économiques, estime notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Maintenant que Justin Trudeau a formé son cabinet, le principal test qu'il aura à passer dans la course à obstacles qui attend un nouveau gouvernement, ce sera le dépôt d'un premier budget. C'est le budget qui permet de mesurer le sérieux et la compétence d'un gouvernement et c'est à travers le budget que se réalisent les engagements électoraux.

La tâche qui attend le nouveau ministre des Finances, Bill Morneau, ne ressemble toutefois pas à celle qui attend habituellement les titulaires de sa fonction parce que l'engagement le plus spectaculaire du Parti libéral, qui sera au coeur de son budget, c'est le retour aux déficits pour trois ans. On ne doute pas une seconde de la capacité d'un gouvernement de tenir ce genre de promesse.

Les problèmes de M. Morneau seront d'un tout autre ordre. C'est lui qui sera responsable du changement de vitesse que devra opérer l'équipe de Justin Trudeau, le passage du rêve à la réalité.

La décision de ne pas respecter le déficit zéro a largement contribué à la victoire libérale parce qu'elle incarnait l'esprit de changement dont Justin Trudeau voulait être porteur et qu'elle lui permettait de se démarquer de ses adversaires. Une mesure qui a été dictée par des impératifs politiques bien plus que par des considérations économiques.

Mais ça, c'était la campagne électorale. On est maintenant dans un autre mode, celui du fonctionnement d'un gouvernement.

Il faudra maintenant concilier le rêve que portait cette décision avec les contraintes budgétaires et administratives.

Si la promesse séduit un grand nombre d'électeurs, elle n'a pas que des partisans, notamment dans les milieux financiers et économiques, qui n'ont pas manifesté d'enthousiasme envers cette idée d'abandonner le plan de retour à l'équilibre budgétaire pour cette année. Le budget devra aussi s'adresser à eux. Le choix de Bill Morneau, un dirigeant d'entreprise respecté dans le monde des affaires, indique que le premier ministre n'était pas insensible à cette considération.

Sa tâche, c'était de démontrer hors de tout doute raisonnable que le gouvernement Trudeau sera capable de respecter son engagement jusqu'au bout. Jusqu'au bout, cela veut dire qu'après trois années de déficit - 9,9 milliards en 2016-2017, 9,5 en 2017-2018 et 5,7 en 2018-2019 -, on reviendra vraiment en situation de surplus la quatrième année.

En soi, il n'y a pas de loi économique et financière pour nous dire que le retour au déficit zéro cette année, comme le promettaient les conservateurs, était une nécessité. Les déficits constituent un outil reconnu pour soutenir la croissance, à condition que l'on revienne en situation de surplus lorsque les conditions économiques n'exigent plus de stimuli, pour éviter l'endettement. Le rythme de ce retour à l'équilibre dépend du contexte et est une question de jugement.

Si le respect du déficit zéro est devenu une norme au Canada ou au Québec, où il est inscrit dans une loi, c'est pour des raisons politiques, une façon d'imposer une discipline budgétaire aux gouvernements, pour les forcer à résister à la tentation de créer des déficits. Un peu comme un AA qui sait qu'il ne doit pas prendre une goutte d'alcool ou un ex-fumeur qui doit éviter de toucher à une cigarette. Les déficits aussi peuvent créer une dépendance.

Cette discipline artificielle est un peu moins nécessaire au niveau fédéral, notamment parce que les déficits prévus par les libéraux sont relativement faibles par rapport à la taille du budget et, surtout, parce que la dynamique des finances publiques fédérales réduit considérablement le risque de dérapages. Avec le régime minceur mis en place par les conservateurs et grâce aux effets de ce que les provinces appellent le déséquilibre fiscal, l'évolution naturelle des finances publiques mène vers la disparition des déficits et la création de surplus, parce que les revenus augmentent plus vite que les dépenses. Exactement le contraire de ce qu'on voit au Québec.

Cela n'élimine pas tous les problèmes. La croissance plus lente, le coût peut-être plus élevé que prévu des engagements libéraux - ça arrive souvent -, le prévisible rituel voulant que le nouveau gouvernement découvre des horreurs en ouvrant les livres feront en sorte que la tâche du nouveau ministre ne sera pas facile.

Raison de plus pour que, dans la mise à jour et financière que M. Morneau devra sans doute présenter avant la fin de l'année, entre autres pour enclencher les mesures de nature fiscale qui doivent prendre effet le 1er janvier, et ensuite dans son premier budget, la priorité du ministre soit une feuille de route claire et détaillée sur le retour à l'équilibre.

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