Vingt ans après

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Jacques Parizeau, lors de son discours devant les partisans du OUI le soir du référendum de 1995

PHOTO RYAN REMIORZ, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

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Alain Dubuc
La Presse

Dans toutes les réflexions sur le référendum de 1995, sur les causes de l'échec, sur les perspectives de l'indépendance, il y a une chose que l'on n'a pas dite assez clairement.

C'est une chose très simple. Elle est au coeur des tribulations du mouvement souverainiste. Et c'est qu'il n'y a pas, qu'il n'y a jamais eu et qu'il n'y aura probablement jamais une majorité de Québécois en faveur de l'indépendance du Québec.

Dans la plupart des processus d'accession des peuples à l'indépendance, on trouve une volonté populaire forte et claire, où le rôle des forces politiques consiste à incarner ce désir collectif et à vaincre les obstacles qui se dressent sur le chemin de la création du nouveau pays.

Dans le cas du Québec, il n'y a jamais eu de véritable vague populaire. Les efforts du mouvement souverainiste ont donc surtout consisté à convaincre les Québécois du bien-fondé d'un projet auquel ils n'étaient pas majoritairement acquis. Cinquante ans plus tard, on est toujours au même point, où les forces souverainistes cherchent encore de nouvelles façons d'expliquer le projet et d'en démontrer la pertinence.

Les stratégies ont souvent consisté à trouver des chemins détournés pour assurer la victoire de la souveraineté, parce qu'on savait que l'approche claire et directe mènerait à l'échec. Nous avons eu deux référendums sur l'avenir du Québec déclenchés par des gouvernements du Parti québécois. Dans les deux cas, la question, alambiquée, ne portait pas directement sur l'indépendance, et dans les deux cas, le projet proposé n'était pas vraiment l'indépendance, mais plutôt une formule hybride, la souveraineté-association et la souveraineté-partenariat.

Cette même absence d'appui populaire au projet explique les stratégies qui consistaient à amener les Québécois là où ils ne voulaient pas aller, la « cage à homard » de Jacques Parizeau, les projets de référendums sectoriel ou l'attente d'une crise qui serait la seule façon d'obtenir une majorité. Elle explique aussi les tactiques électorales pour mettre le projet en sourdine en campagne électorale, ce que le PQ a fait depuis maintenant vingt ans parce que la seule évocation d'un référendum pouvait mener à la défaite.

Bien sûr, il y a eu des sursauts d'appuis à la souveraineté, par exemple après l'échec de l'entente du lac Meech, mais trop faibles et trop temporaires pour constituer une base solide pour la création d'un pays. Les forces du OUI ont également frôlé la victoire en 1995. Mais on sait qu'elles se dirigeaient vers un échec cuisant avant l'intervention en catastrophe de Lucien Bouchard. Et si celui-ci a réussi à faire monter les appuis, c'est grâce à sa personnalité mais aussi parce qu'un grand nombre de Québécois l'associaient à une version édulcorée du projet indépendantiste. L'effondrement des appuis à la souveraineté après le référendum illustre d'ailleurs à quel point ce succès de l'option était fragile.

Cet échec s'explique à mon avis par un grand malentendu. Il a toujours existé, au Québec, un sentiment national fort et un grand désir d'autonomie politique. Le pari des penseurs souverainistes, c'était de pouvoir transformer ce sentiment en désir de créer un pays. Il reposait sur une erreur, celle que ce sentiment autonomiste était une forme édulcorée de désir d'indépendance. À mon avis, ce n'est pas le cas.

Il y a une différence fondamentale entre le nationalisme qu'expriment une majorité de Québécois et le projet indépendantiste, et c'est le refus de la rupture.

En fait, depuis 1976, sauf pour quelques rares moments, le projet souverainiste n'a pas fait de progrès, ce qui aurait dû envoyer quelques signaux d'alarme. J'ai d'ailleurs écrit un essai sur la question, À mes amis souverainistes, en 2008, où j'affirmais qu'une victoire du OUI n'était plus possible et que le mouvement souverainiste était dans une impasse. Je ne m'étais pas trompé. Les sondages et les échecs électoraux cuisants, tant ceux du PQ que ceux du Bloc québécois, illustrent ce déclin. Les tendances lourdes, comme l'immigration, la mondialisation, l'absence de mobilisation des jeunes qui n'ont pas connu l'oppression vécue par leurs aînés.

Dans mon livre, j'évoquais aussi les effets pervers sur le mouvement souverainiste d'une bataille qui ne peut pas être couronnée de succès et les dangers d'un repli identitaire. C'est ce qui est arrivé avec la charte des valeurs.

Le mouvement souverainiste et surtout le Parti québécois auraient pu choisir de faire un bilan lucide, après presque un demi-siècle d'efforts infructueux. C'est ce qu'ont fait plusieurs de leurs leaders qui ont choisi d'autres façons de construire le Québec, comme François Legault qui a fondé la CAQ, ou encore Lucien Bouchard avec le manifeste des lucides. Le PQ semble plutôt avoir choisi la fuite en avant en pariant, encore une fois, sur un sauveur.

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