Anatomie d'une grande victoire

« Ce qui a fait la différence, c'est d'abord... (Photo Paul Chiasson, La Presse Canadienne)

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« Ce qui a fait la différence, c'est d'abord la capacité de Trudeau d'incarner le changement », constate notre chroniqueur.

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Alain Dubuc
La Presse

Au début de cette trop longue campagne électorale, même si les trois principaux partis étaient techniquement côte à côte, c'était certainement Justin Trudeau qui semblait avoir le moins de chances de l'emporter. Qu'est-ce qui peut expliquer un revirement aussi spectaculaire, qui lui permettra de diriger un gouvernement majoritaire ?

Il est vrai qu'en politique, les victoires tiennent en partie aux faiblesses des vaincus plutôt qu'aux talents des vainqueurs. Cela se vérifie certainement encore une fois. Les libéraux ont profité de l'usure du pouvoir du gouvernement conservateur et du profond désir de changement de l'électorat. Il a aussi profité du fait que les tactiques qui avaient fait le succès de Stephen Harper se sont finalement retournées contre lui. Le calcul cynique derrière le déclenchement d'une campagne interminable, les attaques personnelles, l'insistance sur des thèmes qui divisent, comme la sécurité ou le port du niqab, ont finalement dépassé le seuil de tolérance des électeurs.

Mais le désir de changement aurait pu tout autant profiter à Thomas Mulcair, dont le parti semblait bien placé pour accéder au pouvoir pour la première fois. On peut expliquer son lent déclin au cours de la campagne par le débat sur le niqab qui lui a fait perdre des appuis au Québec. Mais cet événement assassin pour le NPD est un résultat plutôt qu'une cause.

Rétrospectivement, on peut dire qu'on n'a pas vu à quel point le NPD était un géant aux pieds d'argile. La lutte à trois du début de la campagne n'a jamais existé. Les bons résultats nationaux du NPD n'étaient qu'une illusion qui tenait à son énorme succès au Québec. Un succès très fragile, on l'a vu, qui dépendait de l'appui contre nature de la droite nationaliste non urbaine. Dans les autres provinces, particulièrement en Ontario, Thomas Mulcair n'a manifestement pas été capable de convaincre de la sincérité et de la cohérence du recentrage qu'il avait imposé à son parti.

Plus le temps avançait, plus le vote stratégique que l'on avait évoqué au tout début de la campagne s'est déployé. Une partie de ceux qui souhaitaient le changement ont progressivement délaissé le NPD pour le parti qui avait le plus de chances de défaire les conservateurs.

Mais un déplacement aussi spectaculaire n'aurait pas pu avoir lieu si, dans les yeux de l'électorat, Justin Trudeau ne méritait pas cette confiance.

On pourra dire que les attentes étaient faibles à son égard et que sa principale réussite a été de ne pas se mettre le pied dans les plats.

Cela me semble un peu court. Le chef libéral a fait bien plus que ne pas gaffer, il a réussi à marquer des points contre des adversaires aguerris. Il a étonné bien des électeurs, moi y compris. On pourra dire qu'en cela, il a été avantagé par son style, par sa maîtrise des outils de communication qui définissent maintenant des campagnes électorales faites d'images, de clips, d'impressions. Ça aussi, c'est un peu court. Les électeurs savent quand même que leur vote sert à choisir un premier ministre plutôt qu'un animateur d'émission de variétés.

Ce qui a fait la différence, c'est d'abord la capacité de Trudeau d'incarner le changement. Cela tient en partie son image - sa jeunesse et son style moderne. Aussi à des choix programmatiques, comme l'idée de rompre avec le consensus en promettant des déficits. Cela est dû enfin à une façon différente de faire de la politique : refus de l'agressivité, grande capacité d'écoute, comportements non autoritaires qui tranchent avec nos traditions politiques.

Mais derrière le style, il y a quelque chose de plus profond, la capacité de Justin Trudeau de bien occuper le centre, là où une majorité d'électeurs se reconnaissent. En ce sens, il a su redonner du lustre à la tradition libérale, qui consiste à maintenir un équilibre entre les politiques de gauche et de droite, entre le réalisme et un certain idéalisme.

Il a surtout réussi à incarner ce qu'une majorité de Canadiens et de Québécois définissent comme leurs valeurs, ces grandes valeurs dont le gouvernement Harper s'éloignait dangereusement. C'est sans doute cela qui lui a permis de réussir le véritable tour de force de reconquérir le Québec dans ce qui constitue un véritable balayage.

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