Des points au lieu des poings

Les chefs du Parti conservateur, Stephen Harper, et... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Les chefs du Parti conservateur, Stephen Harper, et du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, lors du premier débat des chefs de la campagne fédérale.

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Alain Dubuc
La Presse

Un débat des chefs, ce n'est pas comme une partie de hockey ou un match de tennis, où le gagnant est celui qui marque le plus de points sur son adversaire. Un débat des chefs ressemble davantage à un marathon, où les participants mesurent en général leur succès en fonction des objectifs personnels qu'ils s'étaient fixés.

Dans un grand débat électoral, comme ce premier débat en français d'hier soir, il ne s'agit pas nécessairement pour les chefs de marquer des points contre leurs adversaires, mais plutôt de marquer des points auprès des clientèles qu'ils visent.

Pour avoir une idée du succès relatif des chefs, il faut d'abord se demander ce que chacun d'entre eux recherchait. Le chef bloquiste Gilles Duceppe, qui se battait pour sa survie, devait démontrer que son parti a encore une pertinence. Le leader néo-démocrate Thomas Mulcair devait à la fois s'imposer pour maintenir les très forts appuis dont il jouit au Québec et démontrer sa capacité à exercer le pouvoir. Le premier ministre Stephen Harper avait sans doute des attentes plus modestes, gagner quelques points auprès de portions ciblées de l'électorat pour remporter quelques sièges qui pourront faire la différence. Quant à Justin Trudeau, il ne pouvait pas non plus avoir de grandes attentes, quoiqu'il soit au deuxième rang au Québec selon les sondages, sinon de bâtir sa crédibilité et poursuivre la lente reconquête de l'électorat québécois qui a tourné le dos aux libéraux. Les objectifs d'Elizabeth May étaient moins évidents.

Par rapport à ses propres objectifs, Thomas Mulcair a certainement atteint ses attentes. Excellent « debater », il a été très efficace dans les échanges avec ses adversaires, même s'il a tendance à abuser des lignes écrites à l'avance. Très solide, il a certainement été le chef qui a eu la présence la plus forte, il a bien résisté dans les dossiers plus délicats pour lui, comme le port du niqab. Dans l'ensemble, une performance qui devrait l'aider à freiner l'érosion et à consolider ses appuis au Québec.

Il faut dire que, dans un débat en français entre politiciens majoritairement anglophones, la maîtrise de la langue de Molière joue un rôle important.

Thomas Mulcair, malgré un léger accent, parle parfaitement le français, ce qui n'est pas le cas de Justin Trudeau qui, malgré son absence d'accent, est hésitant et n'est pas capable de déployer les mêmes talents oratoires qu'en anglais. Cette verve, dans le débat en anglais sur l'économie, avait permis à M. Trudeau de masquer ses lacunes. Elle n'était pas au rendez-vous hier soir. Résultat, le chef libéral a eu le plus grand mal à s'imposer en étant terne, hésitant, souvent hors d'ordre dans ses réponses, et n'a pas manifesté la présence et l'autorité dont il aurait eu besoin pour marquer des points.

Stephen Harper n'a pas non plus une grande souplesse en français, mais son plan de match n'était pas le même. La plupart du temps, avec un calme remarquable, il a évité de débattre avec ses adversaires et a concentré ses efforts à exposer son plan et à faire valoir son expérience. Ses objectifs, plus limités, consistaient manifestement à s'adresser plus spécifiquement aux clientèles qu'il peut rejoindre en misant sur la stabilité qu'il veut incarner.

Et Gilles Duceppe ? Il était égal à lui-même. C'était le même Gilles Duceppe qu'il y a dix ans ou qu'en 2011, les mêmes thèmes - l'assurance chômage, le référendum de 1995, etc. - auxquels il a hélas ajouté le port du niqab, avec le même ton, la même connaissance des dossiers. Mais l'important, dans son cas, ce n'est pas ce qu'il disait dans ce débat, mais de savoir si les gens écouteraient ce qu'il disait, s'il réussirait à briser le mur de l'indifférence. Ce n'avait pas été le cas en 2011, et rien ne permet de croire que cela sera le cas en 2015, surtout que celui qui l'a remplacé dans le coeur des Québécois s'est imposé dans le débat.

PRÉCISION

Dans ma chronique de mercredi, j'ai écrit par inadvertance que Jacques Proulx, ancien président de l'Union des producteurs agricoles, était le fondateur de l'Union paysanne. M. Proulx a plutôt été le fondateur de Solidarité rurale. Toutes mes excuses.

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