Ce n'est pas si simple

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L'étude de Kelly Foley et David Green montre qu'il ne suffit pas de pomper de l'argent dans le système d'éducation pour réduire les inégalités, explique Alain Dubuc.

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Alain Dubuc
La Presse

Depuis des années et des années, plein de gens affirment que l'éducation doit être la grande priorité d'une société parce qu'elle est à la fois un puissant outil de développement social et de développement économique, et qu'elle peut à la fois favoriser la croissance et réduire la pauvreté. C'est un thème que j'ai repris je ne sais combien de fois.

Une étude très sérieuse, dont le titre est révélateur, nous dit pourtant que ce n'est pas vraiment le cas : « Why more education will not solve rising inequality (and may make it worse) », que je traduirais par « Pourquoi plus d'éducation ne réduira pas les inégalités (et pourrait les empirer) ». Cette étude, signée par deux économistes canadiens, Kelly Foley et David Green, est l'un des chapitres d'un ouvrage collectif à paraître sur les inégalités de revenus, et publié par l'Institut de recherches en politiques publiques.

Malgré son titre, l'étude ne permet pas de remettre en cause le bien-fondé des investissements en éducation. Mais elle montre que les choses sont beaucoup plus compliquées qu'on l'imagine et qu'il ne suffit pas de pomper de l'argent dans le système d'éducation pour réduire les inégalités.

Les conclusions des auteurs reposent d'abord sur un constat : le fait que, malgré une importante augmentation du niveau d'éducation depuis plusieurs décennies, les écarts de revenus ne se sont pas résorbés, bien au contraire. Ils ont augmenté de façon significative, surtout depuis les années 2000.

Elles reposent ensuite sur la découverte d'un phénomène plus étonnant, le fait que le rendement de l'éducation n'est plus aussi évident qu'il ne l'était dans le passé. Longtemps, un diplôme universitaire a garanti un revenu plus élevé à son détenteur. Mais depuis le tournant du siècle, on assiste à une réduction des écarts de revenus entre les diplômés des universités et ceux du secondaire. Cela s'explique largement par le boom pétrolier, qui provoque une espèce de maladie hollandaise éducative en assurant de hauts salaires à des travailleurs sans grande formation académique. Cela affecte les données canadiennes, mais ne s'applique pas vraiment au Québec ou à l'Ontario.

L'autre piste de réflexion des auteurs ouvre la porte à un débat que nous aurions dû avoir au Québec lors de la crise des carrés rouges, mais que nous n'avons pas eu. L'accès à l'éducation supérieure augmente avec le niveau de revenu, tant et si bien que l'investissement collectif dans les universités favorise davantage les jeunes issus des classes moyennes et supérieures et ne contribue donc pas vraiment à réduire les inégalités de revenus entre riches et pauvres. Il existe une abondante littérature scientifique pour étayer cette thèse.

Ce n'est pas une raison pour réduire le financement universitaire, parce que les universités comblent d'autres besoins fondamentaux. Mais pour lutter contre la pauvreté et réduire les écarts de revenus, il faut travailler ailleurs.

Ce qui ressort des nombreuses recherches sur la question, c'est que les investissements en éducation les plus prometteurs pour réduire les inégalités sont ceux qui s'adressent aux jeunes enfants et qui ciblent ceux des milieux défavorisés - garderies avec projets éducatifs, projets spéciaux, maternelles - pour combler leurs lacunes de connaissances et les aider à développer des aptitudes sociales qui, entre autres, augmenteront leurs chances d'accéder à une éducation postsecondaire. L'autre piste, c'est le soutien à l'école secondaire.

Cette logique mène les auteurs, études internationales à l'appui, à noter que l'approche québécoise des services de garde universels n'est pas la voie à suivre si l'objectif est de réduire les inégalités. C'est en milieu défavorisé que les services de garde permettent des progrès significatifs du développement des enfants. Bref, si on veut se servir du système d'éducation pour promouvoir le progrès social, il faut des mesures ciblées, et des interventions en amont, très tôt dans la vie des enfants.

C'est d'ailleurs le message d'une publicité télévisée que j'adore de la Fondation Lucie et André Chagnon, dont la mission est de travailler au développement des enfants et la prévention de la pauvreté par la réussite éducative. Dans ce message, on dit aux parents qu'ils doivent lire des livres à leurs enfants, même quand ils sont encore des tout petits bébés. Ça va droit au coeur du problème.

Sur ces sages réflexions, cette chronique fait relâche jusqu'au mois d'août.

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