Les Québécois et l'énergie

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Alain Dubuc
La Presse

Depuis quelque temps, on parle beaucoup des lacunes des Canadiens et des Québécois en littératie financière, de leurs connaissances économiques insuffisantes pour faire des choix éclairés.

On parle moins - même si on devrait en parler beaucoup plus - des problèmes de littératie tout court. Une proportion beaucoup trop élevée de Québécois, 54%, ne possède pas une maîtrise suffisante de la lecture et de l'écriture pour fonctionner adéquatement dans une société complexe comme la nôtre. C'est le niveau le plus élevé au Canada et l'un des plus élevés du monde industrialisé, avec l'Italie et l'Espagne.

Faut-il donc s'étonner du fait que le niveau de connaissance scientifique soit lui aussi assez bas? C'est ce que révèle un vaste sondage réalisé par le Cirano, le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations, et l'IET, l'Institut de recherche Trottier de Polytechnique Montréal, qui cherchait à mesurer les perceptions des Québécois sur l'énergie et les changements climatiques.

Ce sondage, dont les résultats ont été rendus publics la semaine dernière, révèle des lacunes troublantes, comme le fait que seulement 69% des répondants savaient que l'hydraulique - l'hydro-électricité - était une forme d'énergie renouvelable ou que 17% croyaient que c'est le pétrole qui était renouvelable. Seulement 28% des Québécois savaient que le Québec ne produit pas de pétrole.

Même si le Québec est d'abord et avant tout un producteur d'hydroélectricité, c'est le pétrole qui est la source d'énergie pour laquelle les répondants disent avoir le plus de connaissances, sans doute à cause de la vie quotidienne et des pèlerinages à la pompe à essence. Curieusement, la deuxième forme d'énergie qu'ils disent connaître est l'éolienne, même si elle est marginale, sans doute à cause des médias.

Ce faible niveau de connaissances pose problème sur le plan démocratique. L'énergie et le réchauffement climatique sont l'un des grands enjeux auxquels nous sommes confrontés. Les solutions doivent passer par un débat public et une participation des citoyens, que ceux-ci réclament d'ailleurs. Comment cette participation peut-elle être fructueuse si les gens ne possèdent pas les éléments d'information nécessaires?

Combler ces lacunes sera un travail de longue haleine, qui interpelle les scientifiques, les institutions gouvernementales, les producteurs, comme Hydro-Québec, les médias, les organisations non gouvernementales, mais aussi le système d'éducation.

Les résultats de cette enquête permettent toutefois de dégager un élément positif: 69% des répondants estiment que le réchauffement climatique est une réalité causée par les activités humaines. La proportion des climatosceptiques est relativement basse, à 25%, dont 19% croient que le réchauffement a été scientifiquement prouvé, mais que rien ne prouve que les activités humaines en soient la cause, et 6% qui affirment qu'il n'est pas prouvé scientifiquement. Détail sociologique intéressant, la proportion de climatosceptiques est de 21% dans la métropole, mais de 44% dans la grande région de Québec!

Les réponses à l'enquête illustrent aussi l'existence du syndrome «pas dans ma cour». Les répondants sont beaucoup moins pour le développement de diverses sources d'énergie quand c'est près de chez eux; 75% sont pour le développement des éoliennes, mais seulement 66% quand c'est dans leur voisinage, 53% pour les lignes à haute tension, mais 33% près de chez eux, 46% pour les gazoducs, mais 27% dans leur voisinage. Ces écarts ne me paraissent pas choquants. Il n'est pas déraisonnable d'être pour un projet s'il se développe là où il ne dérange personne.

Le véritable «pas dans ma cour» se trouve ailleurs. Il est plus subtil, mais ses conséquences sont plus profondes. Quand on leur demande quelles avenues le gouvernement devrait privilégier pour réduire les impacts sur l'environnement, ils choisissent très majoritairement l'investissement dans le développement de filières énergétiques renouvelables - éolienne, biomasse, etc. Mais quand on leur demande combien ils seraient prêts à payer de plus par mois pour soutenir ces mesures, 61% des répondants disent zéro. Pas un sou.

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