La culture du non

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Simulation du projet Royalmount

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Alain Dubuc
La Presse

Des investisseurs proposent un projet de centre commercial de 1,7 milliard. Ce serait le seul projet de plus d'un milliard au Québec qui serait purement privé, c'est-à-dire ni financé par l'État, ni lourdement subventionné. Mais si on se fie aux commentaires négatifs qui se sont multipliés depuis le dévoilement des détails du projet Royalmount, la réponse des Québécois serait non.

C'est quand même fantastique. Une ville qui stagne économiquement dirait non à un investissement massif, aux emplois et aux taxes qui viennent avec ? Cette réaction négative reflète l'existence d'une culture du non bien enracinée.

Il ne faut évidemment pas accepter n'importe quoi en se bouchant le nez seulement parce qu'on fait miroiter des milliards. On ne lance pas un projet d'une telle ampleur sans consultation et sans débat. Ce débat doit toutefois porter sur les véritables enjeux publics, surtout son impact sur la vie commerciale du centre-ville. Mais, dans le méli-mélo de réactions, on trouvait bien d'autres choses.

D'abord, un cri du coeur culturel. Le projet, avec ses restaurants, ses places de stationnement, son aquaparc, ses cinémas, correspond à une conception de l'activité commerciale et du loisir qui n'est pas celle de la plupart des commentateurs qui dominent le débat public. Mais nous ne sommes pas dans une dictature du bon goût où une caste définirait la façon dont les citoyens doivent consommer ou se divertir.

Beaucoup de réactions reposent aussi sur une conception idyllique de ce qu'est Montréal, avec son centre, ses quartiers urbains, ses rues commerciales, soit le modèle de développement des plus vieux quartiers - Outremont, Villeray, NDG ou Hochelaga-Maisonneuve. Mais une énorme partie de l'île est une banlieue, avec ses autoroutes et ses centres d'achat. Le projet de Royalmount, qui bouche un trou là où le tissu urbain cède la place à la banlieue, à proximité d'une station de métro, constitue, en termes urbanistiques, un progrès.

Enfin, on a eu tendance à discuter de ce projet comme si c'était un investissement public où chacun peut se transformer en gérant d'estrade : « ce modèle dépassé ne fonctionnera pas », « pas de place pour une autre salle de spectacles », « il y a déjà assez de cinémas », etc. On oublie que c'est un projet privé, dont les partenaires sont mieux placés pour mesurer la demande potentielle que les fonctionnaires d'un ministère. Si les promoteurs se trompent, ils perdront leur argent. Ils ont donc tout intérêt à ne pas se tromper.

Ce qui est du domaine du débat public, ce sont les menaces possibles au centre-ville fort dont une ville a besoin. Mais il faut s'affranchir de la vision statique voulant qu'il y ait une quantité de dollars fixes et que l'arrivée d'un nouveau joueur mène à un déplacement de la consommation qu'il faut empêcher à tout prix. D'abord, il y a une croissance des revenus et de la population. Ensuite, c'est la nature du commerce de s'ajuster aux besoins.

Reste à savoir qui se déplacera vers quoi. L'idée qu'un tel centre puisse menacer les petites rues commerciales, comme l'affirme le maire du plateau Luc Ferrandez, ne tient pas la route, parce que Royalmount incarne ce que ce genre de clientèle a en horreur.

Ce sont plutôt les centres qui proposent une offre commerciale similaire qui seront affectés, Rockland et plus encore le Carrefour Laval ou le Dix30. Et si ce projet réussit à convaincre des Montréalais de ne pas traverser les ponts pour magasiner, ce sera un gain net pour Montréal.

Est-ce que cela affectera aussi la rue Sainte-Catherine ? Sans doute. Mais cette rue peut compter sur une clientèle stable, le tourisme et les employés du centre-ville, et que sa rénovation la rendra encore plus attrayante. Assez pour croire que l'effet sera beaucoup plus limité qu'on le dit. Il faudrait des études beaucoup plus fines pour vraiment pouvoir mesurer cet impact. Du moins, si on veut discuter à partir de faits plutôt que d'impressions.

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