Ne pas oublier le pourquoi

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Alain Dubuc
La Presse

Le Centre sur la productivité et la prospérité (CPP) de HEC Montréal a publié la semaine dernière une étude sur la dette du gouvernement du Québec.

Mon premier réflexe, ç'a été de ne pas écrire là-dessus, même si ce document du CPP est très intéressant, pour éviter de produire une énième chronique sur le sujet, qui dirait foncièrement la même chose que les précédentes. 

À bien y penser, je me suis dit qu'il fallait revenir sur la dette, quitte à me répéter. Nous sommes littéralement bombardés par des articles, des topos, des bulletins de nouvelles sur l'austérité. Je comprends que le thème puisse être au coeur de l'actualité parce que les mesures de rigueur budgétaire du gouvernement Couillard suscitent de vives réactions.

Mais pourquoi les gouvernement Charest, Marois et Couillard ont tous voulu ramener rapidement le déficit à zéro? Pour mettre fin à l'augmentation du poids de la dette publique. Le lien entre l'austérité et la dette est donc direct. Et si l'on parle d'austérité des dizaines de fois par jour, il n'y a rien de redondant à parler de dette une ou deux fois par mois! Pour nous rappeler que derrière le comment, il y a un pourquoi.

Le poids de la dette s'est remis à augmenter depuis la crise, à cause du retour des déficits et de l'accélération des travaux d'infrastructures pour relancer l'économie. Cela pose trois problèmes. Sur le plan financier, un gouvernement trop endetté inquiète les prêteurs et nuit à sa cote de crédit. Sur le plan éthique, ces déficits qui gonflent la dette soulèvent un enjeu d'équité intergénérationnelle, car ils seront remboursés par nos enfants. Sur le plan politique, plus on est endettés, plus le frais de la dette pèsent lourd dans le budget au détriment des autres missions de l'État.

Ce sont ces conséquences qu'analyse l'étude du CPP, un centre de recherche que, selon les catégories habituelles, on peut classer à droite. Mais la même semaine, une autre réflexion provenant d'un tout autre horizon arrivait à des conclusions similaires. Le magazine L'Actualité proposait le «Budget des jeunes», réalisé par cinq jeunes professionnels, membres de l'Institut des générations, provenant de divers courants politiques. Ce budget, au nom de l'équité intergénérationnelle, ne prônait pas le déficit zéro, mais bien un objectif plus ambitieux, un surplus moyen de 1% du PIB sur un cycle économique de sept ans, pour réduire la dette, ce qui implique des mesures budgétaires plus exigeantes que celles du gouvernement libéral.

Les comparaisons internationales faites par le CPP peuvent illustrer la gravité de la situation. À partir des définitions de l'OCDE, le Québec, avec une dette équivalant à 105% de son PIB, se trouve au 10e rang d'un classement de 31 pays. Il est derrière six pays en crise - Japon, Grèce Italie, Portugal, Irlande et Espagne -, deux pays qui vont mal - France, Belgique - et un pays très endetté qui pourrait facilement régler son problème, les États-Unis. Le Québec est toutefois nettement plus endetté que tous les pays auxquels il voudrait se comparer: Allemagne, 81%, Pays-Bas, 77%, Finlande 65%, Danemark, 57%, Suède 45%. 

Voici un petit calcul qui illustre les conséquences de cet endettement. La dette brute du Québec équivaut à 54% de son PIB. Celle des huit autres provinces (en excluant l'Alberta, peu endettée), est de 35,9% du PIB. Selon le dernier budget, le Québec consacre cette année 10,8 milliards au service de la dette sur des dépenses totales de 97,4 milliards, soit 11,1% du total. Si son niveau d'endettement était similaire à celui des autres provinces, son service de la dette ne serait que de 7,2 milliards ; 3,6 milliards de moins! Cela aurait été assez pour éliminer le déficit et mettre fin d'un coup à l'austérité. Mais il aurait fallu y penser avant.

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