L'éolien, une industrie qui repose sur du vent

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Notre chroniqueur rappelle que si la Régie de l'énergie a permis à Hydro-Québec d'augmenter les tarifs d'électricité, c'est en grande partie pour compenser le coût de l'énergie éolienne.

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Alain Dubuc
La Presse

La Régie de l'énergie a consenti, en partie, aux demandes de hausses tarifaires d'Hydro-Québec. À partir du 1er avril, les tarifs d'électricité augmenteront de 2,9%, ce qui équivaut en moyenne à un déboursé additionnel de 45$ par année pour chaque famille. Je suis un partisan d'une hausse des tarifs d'électricité. Mais pas comme ça, et pas pour ça.

Car si la Régie a donné le feu vert à cette hausse, c'est en grande partie pour permettre à Hydro-Québec de compenser le coût de l'énergie éolienne que le gouvernement l'a obligé à acheter. Sur les 2,9% de hausse, 2,1% s'expliquent par l'éolien.

Voilà le résultat de la stratégie économique la plus absurde que le Québec ait connue, à laquelle les deux partis qui se partagent le pouvoir ont allègrement collaboré.

Le Québec s'est lancé dans l'éolien en 2005. Les gouvernements ont été séduits par cette énergie verte. Elle a des vertus: pas de GES, moins d'impacts que les barrages. Mais elle a aussi d'indéniables avantages politiques. C'est une énergie cool, utilisée par des pays cool, comme le Danemark, qui a permis aux politiciens de se refaire une vertu environnementale.

Le premier hic, c'est que nous disposons déjà d'une énergie verte, l'hydroélectricité, pour laquelle nous avons un savoir-faire remarquable, assez abondante pour que nous n'ayons pas à nous lancer dans une autre filière. Le deuxième hic, c'est que l'éolien coûte plus cher que l'hydroélectricité, un peu plus que 10 cents le kilowattheure en moyenne, contre 6,4 cents pour un projet comme La Romaine. Le troisième hic, c'est que nous n'avons pas besoin de cette énergie éolienne parce que nous sommes en situation de surplus.

Ça fait beaucoup de hics, assez pour donner le hoquet. Résumons: avec l'éolien, le Québec, déjà un paradis de l'électricité verte, a choisi de produire une autre énergie verte qui coûte plus cher et dont il n'a pas besoin.

Et pourquoi? Au-delà des questions d'image, il pouvait y avoir une logique, du moins au départ. Le prix pour les premiers appels d'offres de cette énergie était relativement bas. Cette énergie pouvait s'intégrer de façon complémentaire à un réseau hydroélectrique. On croyait aussi pouvoir créer une industrie florissante, notamment en misant sur les conditions de vent supérieures du Québec pour exporter cette énergie aux États-Unis et profiter des avantages que nos voisins du sud accordent à l'éolien, grâce à son statut vert qu'ils ne reconnaissent pas à l'hydroélectricité.

Cette stratégie reposait sur du vent. C'était rêver en couleur de croire que les Américains achèteraient notre électricité éolienne quand ils peuvent en produire chez eux et créer des emplois chez eux. Mais surtout, la crise, et ensuite l'arrivée du gaz de schiste ont provoqué un effondrement des prix de l'électricité aux États-Unis.

En toute logique, cela aurait dû mettre fin à l'aventure éolienne. Mais au Québec, on a continué pour éviter l'effondrement de l'industrie naissante, pour maintenir les emplois qu'on avait créés en région, notamment en Gaspésie. L'engrenage. Le cercle vicieux. Encore cet automne, on a lancé un appel d'offres pour 450 mégawatts. Il y a 2400 mégawatts installés actuellement, il y en aura 4000 dans cinq ans.

Et qu'est-ce qu'on fait avec? Quand elle l'exporte, Hydro la vend deux fois moins cher qu'elle coûte. Quand elle la vend ici, elle doit gonfler la facture. Sur les 45$ de plus que les Québécois paieront bientôt, 32$ équivalent à une sorte de taxe spéciale pour le développement de la Gaspésie.

On peut illustrer la chose autrement. La portion des revenus additionnels qu'Hydro obtiendra, grâce à la hausse de tarifs, pour compenser le coût de l'éolien, s'élèvera à environ 218 millions en 2015-2016. Cela représente 43 600$ pour chacun des 5000 emplois de l'industrie. Juste pour cette année. Et ce sera la même chose l'an prochain, l'année suivante, l'année d'après...

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