Emplois et politique partisane

Il est normal que la création d'emplois soit au coeur des débats politiques.... (Infographie La Presse)

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Alain Dubuc
La Presse

Il est normal que la création d'emplois soit au coeur des débats politiques. C'est l'un des enjeux qui préoccupent le plus les citoyens. C'est aussi la mesure la plus fidèle de la santé et du succès d'une économie.

La politique étant ce qu'elle est, cet enjeu majeur donne invariablement lieu à un traitement partisan. En campagne électorale, les politiciens promettent encore des emplois. Quand la création d'emplois est forte, les gouvernements s'en attribuent invariablement la paternité, et si elle n'est pas au rendez-vous, l'opposition les accusera d'en être responsables.

Et pourtant, nous savons bien que ce ne sont pas les gouvernements qui créent les emplois. Ils peuvent avoir un impact à long terme avec leurs politiques économiques, ils peuvent y contribuer indirectement par le climat qu'ils créent, ils peuvent en créer temporairement en injectant des fonds publics. Mais dans l'ensemble, l'emploi dépend de facteurs sur lesquels l'État a peu de contrôle.

Mais comme les débats partisans sur l'emploi restent toujours bien présent dans notre vie publique, je propose de regarder la performance des derniers gouvernements avec les nouvelles données que vient de publier Statistique Canada, après une révision majeure des estimations de l'Enquête sur la population active qui, incidemment a fait augmenter de 31 400 le nombre d'emplois au Québec.

Le graphique qui suit montre l'évolution de l'emploi depuis 2012, en distinguant trois périodes politiques, celles des gouvernements Charest, Marois et Couillard. Dans chacun des cas, j'ai attribué les données de l'emploi du mois où ont eu lieu les élections au gouvernement sortant, pour des raisons évidentes.

- On observe d'abord une remontée spectaculaire de 143 900 emplois entre janvier 2012 et janvier 2013. Une partie de ces emplois, 42 500, constitue du rattrapage après des pertes en 2011. Mais il y a eu un gain net de plus de 100 000 emplois, amorcé à la fin du règne de Jean Charest et qui s'est poursuivi avec le gouvernement Marois à l'automne 2012. Cette lancée s'explique sans doute par l'impact de l'injection massive de fonds publics.

- Mais ensuite, pendant le court règne du gouvernement Marois, l'emploi a évolué en dents de scie, avec une chute très importante dans la première moitié de 2013, suivie d'une remontée qui a permis de récupérer le terrain perdu en fin d'année, suivie d'une autre chute au début de 2014. Au final, on dénombrait 4 042 200 emplois en avril 2014, au départ du gouvernement péquiste, soit un peu moins que les 4 044 600 enregistrés à son arrivée au pouvoir, en octobre 2012.

- Sous le gouvernement Couillard, il y a eu trois mois de baisse de l'emploi et six de hausse, tant et si bien qu'en janvier 2015, avec un total 4 077 100, il y avait 34 900 emplois de plus qu'à son arrivée au pouvoir. Les accusations péquistes, qui dénoncent le bilan libéral en matière d'emploi, reposent sur un artifice qui consiste à attribuer aux libéraux les 25 000 emplois perdus durant le mois d'avril 2014, même si le gouvernement libéral n'a été assermenté que le 23.

- On doit cependant ajouter que cette hausse de l'emploi est très modeste. On n'a pas assisté, comme l'a noté le chef caquiste François Legault, à un quelconque «effet libéral». Il y a toujours 3000 emplois de moins en janvier 2015 qu'en janvier 2014, et à peine 3000 de plus qu'en janvier 2013. Cela nous dit que l'emploi stagne au Québec depuis deux ans. On doit aussi ajouter que la promesse irresponsable des libéraux de créer 25 0000 emplois en cinq ans est déjà compromise avec ce départ aussi timide.

- Le graphique montre qu'il y a, depuis quelques mois, une tendance claire à la hausse des emplois. Ce qu'il faudra surveiller, dans les mois qui viennent, c'est si ce n'est qu'une phase positive avant un autre mouvement en yoyo comme on en connaît depuis quatre ans, ou si c'est l'amorce d'une remontée durable qui nous fera sortir de la stagnation, grâce à des facteurs favorables, comme la reprise américaine ou l'amélioration du taux de change.

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