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Pour quoi a-t-on voté ?

Aucun des trois grands partis n'aurait dirigé le... (Photo Graham Hughes, archives La Presse Canadienne)

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Aucun des trois grands partis n'aurait dirigé le Québec de la façon dont il l'avait laissé entendre en campagne électorale, soutient notre chroniqueur.

Photo Graham Hughes, archives La Presse Canadienne

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Alain Dubuc
La Presse

Depuis que le gouvernement libéral a lancé ses mesures de redressement budgétaire, bien des gens lui rappellent qu'ils n'ont pas voté pour ça. Des critiques renforcées par le fait que certaines des mesures annoncées, entre autres la hausse de tarifs pour les services de garde, vont dans le sens contraire de ses engagements électoraux.

Il est tout à fait exact que les Québécois qui ont choisi le PLQ en avril dernier ne pouvaient pas s'attendre à un tel degré d'austérité. Mais ce qui est tout aussi vrai, c'est que les deux autres grands partis, s'ils avaient pris le pouvoir, auraient eux aussi été forcés de trahir l'esprit et la lettre de leurs engagements électoraux. Peu importe qui l'emportait, les électeurs n'auraient pas voté pour ça.

Comme nous avons la mémoire courte, voici un rappel de ce qui s'est dit en campagne électorale au printemps dernier.

Péquistes, libéraux et caquistes ont fait reposer leur cadre financier sur les chiffres du budget du gouvernement Marois déposé en février 2014. Ce budget prévoyait réduire le déficit à 1,75 milliard pour cette année et le ramener à zéro l'an prochain. Ce retour à l'équilibre reposait sur un contrôle très serré des dépenses, dont la croissance annuelle serait maintenue à 2 % pour deux ans, un effort considérable quand on sait que leur croissance naturelle est plutôt de 4 % ou 5 %. Cela impliquait des réductions et des efforts du côté des dépenses de 2,5 milliards par année dont la nature n'était pas précisée dans le budget.

Le problème, c'est que ce cadre budgétaire ne reflétait pas la réalité. Il y avait du théâtre politique dans la façon dont les libéraux ont « ouvert les livres », au lendemain des élections. Mais il est clair que la situation était pire que prévu. Aux 2,5 milliards qu'il fallait trouver s'ajoutait une autre somme de 1,6 milliard qui s'expliquait par les mauvais résultats des sociétés d'État, la conjoncture économique, les dépassements de dépenses. Peu importe qui l'emportait, le nouveau gouvernement devait trouver 4,1 milliards pour respecter le cadre budgétaire.

Le PQ avait-il, en campagne, préparé l'électorat à cette nouvelle réalité ? Non. D'une part, il n'a pas levé le voile sur la façon dont il réduirait les dépenses. D'autre part, il a caché des choses, car il ne pouvait pas ne pas savoir que la situation serait pire que celle que décrivait le budget. S'il avait été victorieux, les électeurs auraient eu un choc.

Le PLQ a-t-il préparé les électeurs ? Pas plus. Il a fait preuve d'imprudence en se fiant aux projections d'un gouvernement sortant. En plus, il a supposé, à tort, que son arrivée améliorerait l'économie et atténuerait les problèmes budgétaires. Les libéraux ont certainement été surpris en découvrant la gravité de la situation, mais le choc aurait été moindre s'ils avaient fait preuve de transparence et de lucidité.

La CAQ a-t-elle fait mieux ? Pas davantage. Il est vrai que c'est le seul parti qui tenait le discours d'austérité que la situation exigeait. La CAQ visait même le déficit zéro dès cette année. Mais sa stratégie reposait sur des mesures administratives - lutte à la corruption, gel de l'embauche, nouvelle politique d'achat - qui n'auraient pas donné les résultats rapides promis. Et surtout, qui perpétuaient le mythe que la rigueur peut être sans douleur. Au pouvoir, la CAQ aussi aurait été dans de beaux draps.

Personne n'aurait dirigé le Québec de la façon dont il l'avait laissé entendre en campagne électorale. Et comme le PLQ a gagné, c'est lui qui supporte l'odieux d'avoir trahi ses engagements.

Il y a quelques leçons à tirer de cette histoire. Nous avons besoin d'un changement de culture institutionnelle pour que les partis disposent, en campagne électorale, de données budgétaires objectives et non-partisanes. Mais, aussi, d'un changement de culture politique pour que les partis fassent le pari de la franchise et que les citoyens acceptent celle-ci.

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