La logique du sparadrap

Ce n'est pas l'obsession d'éliminer rapidement le déficit... (Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne)

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Ce n'est pas l'obsession d'éliminer rapidement le déficit qui explique le gros des mesures d'austérité. Celles-ci serviront surtout à empêcher le déficit de bondir.

Photo Jacques Boissinot, La Presse Canadienne

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Alain Dubuc
La Presse

Dans la mise à jour économique et financière qu'il a rendue publique hier après-midi, le ministre québécois des Finances, Carlos Leitao, estime que son gouvernement sera en mesure de respecter son plan de match et de revenir à l'équilibre budgétaire l'an prochain.

Ce succès, s'il se vérifie dans les faits, constituera une bonne nouvelle, même pour ceux qui ne sont pas heureux des politiques d'austérité du gouvernement Couillard. Il montre qu'il y aura une fin à la crise budgétaire et que les efforts exigés des citoyens n'ont pas été vains. Il donne aussi une partie de réponse à ceux qui suggèrent au gouvernement Couillard de prendre plus de temps pour en arriver au déficit zéro.

On évoque deux raisons pour mettre la pédale douce. La première, c'est que les compressions faites dans l'urgence sont souvent aveugles et que des restructurations plus fines, qui exigent plus de temps, ont des effets à la fois moins brutaux et plus durables.

La deuxième raison, c'est le risque que les mesures d'austérité ralentissent la croissance et puissent même faire basculer le Québec dans la récession. C'est la thèse de l'économiste respecté Pierre Fortin qui, dans un texte publié dans L'actualité, fait un «plaidoyer pour la prudence». Selon lui, on pourrait respecter les objectifs de réduction de la dette, mais en étalant l'effort dans le temps et en faisant preuve de moins de «fixation» sur l'élimination rapide du déficit.

Selon moi, il y a plusieurs raisons pour lesquels il ne s'agirait pas, malgré les apparences, de la voie de la sagesse.

Premièrement, la meilleure façon d'enlever un sparadrap - ou de la cire à épiler -, c'est de l'arracher d'un coup. Une période d'austérité, où l'énergie est consacrée à couper plutôt qu'à développer, crée un climat négatif et débilitant dont on a intérêt à sortir rapidement. Il est vrai que l'empressement gouvernemental s'explique en partie par son désir de concentrer les mesures impopulaires en début de mandat. Mais on ne pourra pas restaurer la santé des finances publiques en faisant abstraction de ces considérations politiques.

Deuxièmement, on a la mémoire courte. Ça fait déjà deux fois que le gouvernement du Québec met la pédale douce. Le premier budget du ministre péquiste Nicolas Marceau, en novembre 2012, reprenait l'objectif de son prédécesseur libéral, Raymond Bachand, soit l'élimination du déficit en 2013-2014. Un an plus tard, il repoussait cette cible de deux ans. Au lieu d'être ramené à zéro, il annonçait que le déficit grimperait plutôt à 2,5 milliards en 2013-2014, et à 1,75 milliard en 2014-2015. En juin dernier, son successeur libéral, Carlos Leitao, corrigeait lui aussi le tir vers le haut et prévoyait des déficits de 3,1 et 2,35 milliards. Autrement dit, les déficits pour ces deux années dépassent de 5,5 milliards les prévisions initiales. Un troisième coup de frein donnerait un très mauvais message: celui que la norme, c'est de reculer.

Troisièmement, ce n'est pas l'obsession d'éliminer rapidement le déficit qui explique le gros des mesures d'austérité. Celles-ci serviront surtout à empêcher le déficit de bondir. Sans ces efforts, le déficit aurait atteint 5,9 milliards cette année et 7,6 milliards l'an prochain. Cela nous rappelle que le principal problème est moins le déficit que la dynamique explosive des dépenses, un problème auquel il faut s'attaquer sans attendre.

Quatrièmement, quand sera le moment idéal pour éliminer le déficit? La crise a frappé en 2008. Nous sommes en 2014. On a d'abord laissé le déficit exploser pour combattre la récession. On s'y est ensuite attaqué prudemment pour ne pas compromettre la reprise. Il faudrait maintenant attendre encore parce que la croissance est trop faible... D'une bonne raison à l'autre, le moment idéal risque de ne jamais arriver.

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