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La stratégie de la dilapidation

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Alain Dubuc
La Presse

Le gouvernement Couillard a annoncé il y a quelques jours son intention d'offrir une réduction de 20% des tarifs d'électricité pour des entreprises qui investiraient et créeraient des emplois. Cette politique est similaire à celle qu'avait prévue le gouvernement Marois.

Cela a amené le critique caquiste en matière de ressources naturelles, Gérard Deltell, à poser une question qui semble logique à première vue. «Pourquoi seulement pour les industries et pas pour les contribuables?»

En fait, c'est une question assez idiote. Voici pourquoi.

Tout d'abord, parce que la comparaison entre les entreprises et les citoyens est boiteuse. Ce n'est pas un cadeau aux entreprises, mais un échange: on vous offre des rabais tarifaires, mais vous devez investir et créer des emplois. La mesure peut engendrer des avantages économiques importants. Le gouvernement parle de 800millions de retombées fiscales en deux ans, à condition évidemment que la mesure incitative fonctionne et que les investisseurs soient au rendez-vous.

Une réduction des tarifs à la consommation n'aurait pas un tel effet. Elle donnerait une petite marge de manoeuvre aux citoyens, mais au plan économique, cela ne ferait que déplacer la consommation: un peu moins pour la facture d'Hydro, un peu plus d'achats ailleurs.

Ensuite, le rabais industriel ne coûterait à peu près rien, en ce sens qu'on utilisera des surplus d'électricité qui, à l'heure actuelle, ne sont pas vendus, ou encore sont vendus à prix bas, par exemple pour les exportations.

Le rabais aux citoyens, par contre, aurait un impact financier. Par exemple, un abandon de la hausse de 3,9% qu'Hydro-Québec réclame pour 2015 réduirait la facture de 60$ à 100$ par année pour les clients, dépendant de la taille de leur maison, et provoquerait une perte de revenus d'un peu moins de 200 millions pour la société d'État.

Il y a une troisième raison, beaucoup plus fondamentale, pour rejeter la logique de M. Deltell. «Les contribuables, a-t-il dit, ont grandement besoin d'une bouffée d'oxygène et ce sont eux qui devraient profiter d'un allègement de leur facture d'électricité». Il y a un intrus dans cette phrase, un mot qui n'y a pas sa place et qui trahit une confusion mentale. Ce mot, c'est contribuable.

Une personne qui reçoit une facture d'Hydro-Québec n'est pas un contribuable, c'est un client. C'est un consommateur qui, à travers sa facture, paie pour un service. Comme il le fait pour Bell, Vidéotron ou Gaz Métro. Il est vrai qu'Hydro est une société d'État, mais cela ne change au rien au fait que chauffer sa maison, c'est la même chose, que ce soit à l'électricité, au gaz ou au mazout.

Et donc, une augmentation des tarifs d'électricité n'est pas une hausse de taxe, même si l'actionnaire qu'est le gouvernement en profite, c'est une augmentation des prix, acceptable, si ces prix sont raisonnables et reflètent la réalité des marchés. Au Québec, c'est plutôt le contraire qui se produit, parce que l'électricité est beaucoup moins chère qu'ailleurs, la moins chère du continent, deux fois moins qu'à Calgary, trois fois moins qu'à New York. Assez pour que l'on puisse dire qu'elle est carrément subventionnée.

Comment défendre cela? Parce que l'électricité de nos vieux barrages est peu coûteuse? C'est un argument qu'aucun pays avancé n'utilise. Il n'y a pas de rabais sur le pétrole en Norvège. Parce qu'une richesse collective dont dispose un pays doit se traduire en bénéfice collectif. Par exemple un fonds souverain, des provisions pour la dette, un fonds de développement.

La politique de rabais à la consommation, que la CAQ voudrait renforcer par des baisses artificielles de tarifs, nous prive collectivement de revenus de presque cinq milliards par année. C'est en fait une stratégie de dilapidation.

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