La FTQ n'a pas passé le test

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Michel Arsenault

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Alain Dubuc
La Presse

Une question flotte depuis des mois, à la suite des révélations sur la FTQ, la FTQ-Construction et le Fonds de solidarité. Le temps est-il venu de mieux encadrer le Fonds et de repenser les règles voulant que le conseil d'administration de l'institution soit automatiquement présidé par un dirigeant de la centrale et que les représentants de la FTQ y détiennent la majorité des sièges?

Le témoignage de Michel Arsenault a suffi à dissiper les doutes qui pouvaient subsister. Celui qui, il y a deux mois à peine, était encore président de la FTQ et du Fonds de solidarité, a clairement révélé, dans ses réponses à la commission Charbonneau, qu'il n'avait toujours pas compris les principes fondamentaux d'une gouvernance éthique. Cela montre à quel point le Fonds a besoin d'un coup de barre, et que celui-ci ne viendra pas de l'interne.

Il ne s'agit pas d'affaiblir le Fonds de solidarité, mais de le préserver. M. Arsenault a déclaré que cet organisme était un joyau. Il a raison. J'ai salué, à l'époque, le courage de la FTQ de se lancer dans une aventure qui représentait pour elle un virage audacieux. Depuis, le Fonds a joué un rôle extrêmement utile dans le développement du Québec. Mais l'institution aura du mal à retrouver son aura sans un coup de barre significatif.

Il est vrai qu'en 2009, le Fonds s'est donné de nouvelles règles, notamment pour que l'analyse des dossiers soit faite de façon indépendante. Mais le témoignage de M. Arsenault a bien montré que ces changements n'ont pas été spontanés, qu'ils ont été faits à reculons pour étouffer les scandales qui faisaient surface dans les médias. Appelons cela de l'éthique réactive.

Le processus est loin d'être complet. Le simple fait que le Fonds de solidarité ait contesté le droit de la commission Charbonneau d'utiliser les écoutes électroniques est révélateur. Cette bataille juridique vigoureuse montrait à quel point la confusion des rôles est grande, car elle semblait bien davantage avoir pour but de protéger la réputation du président de la FTQ que de défendre les intérêts de l'institution financière, de ses partenaires et des épargnants qui lui ont confié leurs avoirs.

L'étonnante déclaration de M. Arsenault, indigné du fait qu'on lui ait reproché un voyage sur le Touch, le bateau de Tony Accurso, mais pas à Michael Sabia, le PDG de la Caisse, d'être allé à Sagard, le manoir de feu Paul Desmarais, était également révélatrice. Il y a une grosse différence entre un événement social de réseautage et un voyage-cadeau dans les Caraïbes. Il y a une énorme différence entre Paul Desmarais et Tony Accurso, arrêté trois fois. Il y a aussi les relations de proximité, presque incestueuse, entre M. Accurso, le Fonds et son président.

Cela montre que le Fonds a besoin d'aide pour bien être protégé contre les dérives éthiques. La FTQ, évidemment, résiste. Entre autres pour protéger la mission du Fonds - ses objectifs sociaux, son approche de capital patient - qui pourrait être compromise si le conseil était dominé par des membres extérieurs à la FTQ.

L'écoute électronique dégonfle l'argument, en montrant que M. Arsenault était prêt à considérer des projets nauséabonds avec des partenaires toxiques parce qu'ils promettaient un fort rendement. Il y a d'autres façons de protéger la mission du Fonds que de paqueter son conseil avec des gens de la FTQ, avec leur esprit de corps et leur culture de clan.

Il est vrai qu'en perdant le contrôle absolu du Fonds, les dirigeants de la FTQ perdraient de leur influence au Québec. Avec tout ce qu'on a appris, on ne peut pas dire que ce serait une mauvaise chose.




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