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Un succès qui aura un prix élevé

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Alain Dubuc
La Presse

Le Sommet sur l'enseignement supérieur a-t-il été un succès? Tout dépend de ce qu'on entend. L'objectif très clairement exprimé par le gouvernement Marois, son obsession même, c'était de mettre un point final à la mobilisation étudiante et à la crise qui a éclaté le printemps dernier.

Sur ce plan, le Sommet a certainement été un succès. La rencontre de lundi et d'hier, très encadrée, bien animée par Mme Pauline Marois et son ministre Pierre Duchesne, a permis des débats civilisés et a accouché, entre autres, d'une formule d'indexation des droits de scolarité qui, même si elle n'a pas obtenu l'appui formel des associations étudiantes, clôt tout ce débat.

Cette victoire pour le gouvernement en est-elle une pour l'avenir de notre réseau universitaire? C'est beaucoup moins évident. Car, pour atteindre un objectif de court terme, le gouvernement Marois a hypothéqué l'avenir. Il y aura un prix à payer.

Le gouvernement Marois, dans ses déclarations publiques, dans les travaux préparatoires au Sommet, dans l'agenda même du Sommet et dans le choix des cinq chantiers qui en découlent, a largement repris à son compte les principales thèses des étudiants et leur vision de la problématique universitaire. Et ce n'est pas un progrès, parce que les associations étudiantes n'ont pas le recul, le désintéressement, l'expérience pour proposer la vision stratégique dont la société a besoin.

C'est évident dans le cas des droits de scolarité. Même s'ils bougonnent, les étudiants ont remporté une victoire considérable avec l'abandon des hausses libérales. Et ce n'est pas la petite indexation de 3% décidée par le gouvernement Marois qui ternit cette victoire. Mais surtout, le fait que le sommet ait plus ou moins approuvé cette indexation ferme la porte, pour des années et des années, à toute nouvelle formule, à toute idée de demander davantage aux étudiants.

Les étudiants ont également imposé leur approche consistant à associer très étroitement les droits de scolarité et l'accessibilité aux études. Tellement que, lors du sommet, ces deux questions étaient traitées dans le même atelier. Et pourtant, nous savons que ces facteurs financiers jouent un rôle très mineur dans l'accès à l'université. Il s'agit d'un enjeu plus complexe, qui aurait dû être fouillé, et qui ne l'a pas été, ce qui est typique de toute une démarche qui reposait plus sur la confrontation des points de vue que sur la recherche des faits.

La troisième victoire étudiante, c'est le glissement qui a fait des recteurs des têtes de turcs du processus. Ça s'inscrit dans la logique syndicale d'une association étudiante pour qui le recteur est l'équivalent du patron. Mais le gouvernement, dans son désir absurde de neutralité entre les «parties», a carrément abandonné les directions universitaires, pourtant un rouage essentiel de nos services publics. Les principaux consensus de ce sommet, et deux de ses cinq chantiers, portent sur l'encadrement, la surveillance, la reddition de comptes des universités. Quand rien ne permet de croire qu'elles sont moins bien gérées que le reste du secteur public.

La quatrième grande victoire, c'est le progrès de leur thèse voulant qu'il n'y ait pas de sous-financement universitaire. C'est ce que croient maintenant 59% des Québécois, selon le sondage CROP-La Presse de lundi. Encore hier, en point de presse, Mme Marois en remettait: «Je ne dirais pas qu'elle est sous-financée. Mais c'est sûr qu'elle pourrait être mieux financée. Parce que c'est le sous-financement par rapport à quoi?»

Il y a, dans ces propos, une étrange contradiction, qui est à l'image de ce sommet. Comment le gouvernement Marois pourra-t-il convaincre les Québécois d'investir collectivement dans ses universités s'il n'est pas convaincu qu'elles manquent d'argent?




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