Daniel Breton: une erreur dès le départ

Partager

Alain Dubuc
La Presse

Il y a très exactement deux semaines, j'écrivais que le ministre de l'Environnement, Daniel Breton, n'était pas un simple loose cannon, comme on en trouve parfois en politique, mais plutôt une bombe à retardement. Eh bien la bombe vient d'exploser, et le ministre a dû démissionner à cause de révélations embarrassantes sur son passé.

Son départ constitue vraiment une bonne nouvelle, mais pas pour les raisons qui ont fait l'objet du débat à l'Assemblée nationale. M. Breton n'avait tout simplement pas sa place dans le cabinet ministériel d'un gouvernement en principe modéré.

Mais Daniel Breton, dans cette histoire, est aussi une victime. Les choses qu'on lui reproche ne font pas de lui un bandit. Il n'est pas corrompu, il n'a pas fait preuve d'un manque de probité. À ma connaissance, il n'a même jamais été invité au 357c, ce qui semble être, ces jours-ci, pour certains médias, une faute impardonnable!

Ses problèmes de loyers impayés, ses démêlés avec le fisc, ses amendes pour excès de vitesse payées sur le tard tracent plutôt le portrait d'un homme impulsif, brouillon et désorganisé. Et même si la première ministre ignorait certains détails de la vie privée de Daniel Breton qui ont forcé sa démission, elle disposait d'une masse considérable d'informations sur ses traits de caractère qui auraient dû allumer des voyants rouges. Pas besoin de la SQ, Google suffisait!

La personne fautive, c'est moins Daniel Breton lui-même que Pauline Marois qui a fait preuve de manque de jugement quand elle lui a confié le dossier de l'environnement, en cédant sans doute aux diktats de l'image. Ça paraissait bien de nommer, pour la première fois, un vrai vert comme ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs.

Le problème n'était pas que M. Breton soit vert, mais qu'il défende ses idées sur le mode de l'affrontement et de l'excès. Le summum, à mon avis, fut sa visite à la Sûreté du Québec pour déposer une plainte contre le gouvernement Charest, qu'il accusait d'avoir perpétré le «vol du siècle»: il s'agissait du fait qu'Hydro ait cédé ses droits pétroliers sur l'île d'Anticosti. C'était du grand guignol. On ne confie pas un gros ministère à un clown.

Depuis, comme ministre, il n'a pas été si différent, avec les pressions indues qu'on l'accuse d'avoir exercées sur le Bureau d'audiences publiques en environnement, un organisme qui doit rester indépendant, avec la purge qu'il a imposée à l'organisme, ou encore avec sa sortie explosive sur le renversement de direction de l'oléoduc est-ouest qui a ensuite forcé ses collègues et la première ministre à réparer les pots cassés.

Mme Marois dit regretter le départ de Daniel Breton. Mais j'ai bien l'impression que c'est surtout parce que cette décision forcée la fait mal paraître. Parce que sur le fond, elle doit être assez soulagée de se débarrasser de ce collègue enragé et intempestif.

Pour l'instant, Mme Marois a l'intention de s'occuper du ministère de l'Environnement en attendant de trouver un remplaçant. J'ai quelques suggestions à lui faire pour la suite des choses.

Ce départ pourrait lui permettre de corriger l'erreur qu'elle a commise en nommant deux militants en tandem, Daniel Breton à l'Environnement et Martine Ouellet aux Ressources naturelles, deux ministres qui penchaient du même bord, ce qui privait le gouvernement de la tension et de l'équilibre que permet la présence d'un ministre davantage voué aux questions environnementales et d'un autre sensible aux questions de développement économique.

Elle pourrait y parvenir en envoyant Mme Ouellet à l'Environnement et en confiant les Ressources naturelles à quelqu'un qui est capable d'assumer pleinement son rôle de ministre économique.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer