Le mal français

Partager

Alain Dubuc
La Presse

La France va mal. Le chômage est élevé et il continuera à grimper pour atteindre 11,25%, selon l'OCDE. L'économie sera encore au bord de la récession l'an prochain. Les citoyens ne peuvent pas compter sur la classe politique pour améliorer les choses, avec une droite en crise et une gauche, au pouvoir, qui ne sait pas où aller.

J'étais en France la semaine dernière pour participer à un des colloques des Entretiens Jacques Cartier à Lyon. Dans la rue, dans les médias, dans les échanges avec des Français, la déprime est palpable. Une crise de confiance dont le Québec est un bénéficiaire avec l'afflux de jeunes Français fuyant un taux de chômage qui, dans leur cas, atteint 25,2%.

Et pour en ajouter, les étrangers s'en mêlent, surtout parce que la France est un acteur incontournable de la zone euro. L'hebdomadaire britannique The Economist a publié un dossier dévastateur sur la France, qu'il qualifie, avec une pointe de francophobie, de «bombe à retardement». L'agence de notation Moody's, suivant en cela Standard&Poor's, a retiré à la France sa cote triple A.

La décote, même si elle a peu d'effets sur le coût des emprunts, a quelque chose d'humiliant. Elle envoie le message que la France s'éloigne progressivement du club des économies performantes et dynamiques du nord du continent pour basculer dans le camp méditerranéen.

Ni l'Allemagne, ni le Royaume-Uni, ni les pays scandinaves n'ont été décotés. Parce que ces pays se sont lancés dans de profondes réformes, comme le Canada, pour assainir leurs finances publiques et redynamiser leur économie. La France en est toujours incapable, prisonnière du culte des acquis. Et elle se retrouve aujourd'hui quelque part entre le déni et le sentiment d'impuissance.

Et c'est ainsi que le président socialiste François Hollande, qui a promis aux électeurs de dire non à l'austérité, compte surtout réduire le déficit avec des hausses d'impôt, même si le niveau extrêmement élevé des dépenses publiques, à 57% du PIB, nourrit un système de privilèges et de gaspillage.

Mais surtout, les gouvernements français semblent incapables de venir à bout de ce qu'on appelle les rigidités du marché du travail. Des charges sociales élevées pour les employeurs, des règles complexes et des mécanismes de sécurité d'emploi font en sorte que les entreprises s'arrangent pour créer le moins d'emplois possible.

Cette lourdeur institutionnelle, on la retrouve encore dans les efforts du gouvernement socialiste pour relancer la création d'emplois avec son «Pacte national pour la croissance, la compétitivité et l'emploi», essentiellement un crédit d'impôt de 20 milliards d'euros pour réduire les coûts de main-d'oeuvre. Mais le premier ministre Jean-Marc Ayrault veut l'assortir de contreparties - participation des employés aux conseils d'administration des entreprises, ou garanties de maintien des emplois - qui renforceraient les lourdeurs structurelles à l'origine du problème.

Bien des Français ont tendance à réagir à cette impasse avec une espèce de fuite en avant. Je l'ai vu lors de la table ronde à laquelle je participais à Lyon. Le biologiste et intellectuel Axel Khan, typique du monde intellectuel français, multipliait les remarques élégantes sur le capitalisme qui ne sert plus le bien commun, ou sur la menace d'une Chine qui, sans filet de sécurité sociale, ne joue pas les mêmes règles du jeu.

Je n'ai pas pu m'empêcher de noter que ces grandes réflexions semblaient masquer les inquiétudes bien hexagonales, dans un réflexe inconscient qui consiste à expliquer l'impasse française par des causes extérieures. Car de nombreux pays, comme l'Allemagne ou le Canada, semblent parfaitement capables de développer leur économie et de maintenir leurs acquis sociaux, malgré la Chine.

La vérité, c'est que la France ne pourra pas se remettre sur pied tant qu'elle n'aura pas découvert que son véritable ennemi est intérieur.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer