La paresse des Québécois

Alain Dubuc
La Presse

Lorsque l'ex-premier ministre Lucien Bouchard a affirmé que les Québécois ne travaillaient pas assez, ce fut le tollé, essentiellement parce que bien des gens ont interprété ses propos comme une attaque personnelle, plutôt que comme un constat économique, et qu'ils se sont sentis accusés d'être paresseux.

Mais il faut continuer d'en parler, parce que l'insuffisance de l'effort de travail des Québécois est un phénomène mesurable. Et cela viendra nous hanter, si nous ne changeons pas nos habitudes.

L'écart de revenu des Québécois avec ses voisins et partenaires est significatif: 15% de moins que le Canada, au 20e rang des pays de l'OCDE, et sous la moyenne des pays membres. Cet écart est en partie compensé par un niveau de bien-être enviable, mais ça ne change rien au fond des choses. Si le Québec ne produit pas assez de richesse, il ne sera pas capable de préserver sa qualité de vie.

La principale cause de cet écart de richesse, après une productivité plus faible, c'est un effort de travail plus faible. Les Québécois travaillent moins d'heures par année que les autres Canadiens, ils sont moins nombreux à travailler, et ils prennent leur retraite plus tôt.

Commençons par les heures. En gros, les Québécois travaillent une heure de moins par semaine que les Ontariens. L'écart avec les États-Unis est beaucoup plus considérable. La différence avec l'Ontario, en apparence anodine, équivaut à presque deux semaines de travail de moins par année, l'équivalent de 100 000 travailleurs.

Par ailleurs, les Québécois ne travaillent pas en assez grand nombre, une réalité qui, dans bien des cas, ne dépend pas de leur bonne volonté, mais de la capacité de l'économie de les embaucher. Le taux d'emploi, la proportion des gens en âge de travailler qui détiennent un poste, était de 57,5% au Québec en janvier, 2,8 points de pourcentage de moins qu'en Ontario. Cela représenterait 185 000 travailleurs de moins.

Mais quand on creuse un peu, on voit que la différence entre les taux d'emploi des deux provinces est très inégale selon les catégories d'âge. Pour les travailleurs dans la force de l'âge, les 25-54 ans, ils sont à peu près équivalents en 2011, ce qui est une bonne nouvelle.

Le taux d'emploi est beaucoup plus élevé au Québec chez les jeunes, les 15-24 ans, un écart de 5,5 points de pourcentage. Cela reflète indirectement le décrochage et la plus faible fréquentation scolaire au Québec. On préférerait que les jeunes restent à l'école.

À l'autre extrémité, le taux d'emploi des plus de 55 ans est beaucoup plus bas au Québec qu'en Ontario, 5,2 points de moins, un écart qui s'explique clairement par le poids des retraites anticipées.

Cela est très préoccupant. Parce que cette sous-représentation des travailleurs plus âgés affecte négativement la croissance. Parce qu'elle soulève un problème d'équité intergénérationnelle - car ceux qui suivent les baby-boomers et les soutiendront dans leurs vieux jours n'auront pas droit à ces retraites précoces. Parce qu'il est aberrant que le Québec, qui manquera rapidement de main-d'oeuvre, se prive de gens qui pourraient encore contribuer à l'effort économique.

Ces différences ne sont pas un symptôme de paresse collective, mais plutôt les conséquences de phénomènes systémiques, comme un taux de syndicalisation élevé, l'importance de notre secteur public, qui ont un impact sur les heures travaillées et les conditions de retraite.

Les jovialistes diront que c'est l'expression d'un choix de société, d'une préférence pour les loisirs et la qualité de vie familiale. Je suis loin d'être certain que c'est un choix conscient. Et même si c'était le cas, ce n'est pas parce qu'un choix est collectif qu'il est rationnel. Les Grecs sont là pour nous le rappeler.




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